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Santé·Article 1 sur 4

Alzheimer : le traitement suisse qui ralentit la maladie révèle pourquoi vos neurones meurent de faim

Dans un laboratoire zurichois, une pharmacologue vient de publier des résultats qui déplacent le centre de gravité de la recherche sur Alzheimer : non plus les plaques amyloïdes seules, mais la famine énergétique des neurones.

JEUDI 11 JUIN 2026·Par Fabrice Crozier

Une paillasse de laboratoire en fin d'après-midi, éclairée par une fenêtre haute : un petit flacon de verre ambré posé sur un cahier de notes manuscrites couvert d'équations, entouré de quelques cristaux de sucre épars sur la surface blanche.
Illustration générée par notre rédaction.

Pendant trente ans, la recherche sur la maladie d'Alzheimer a poursuivi le même gibier : les plaques amyloïdes, ces agrégats de protéines qui s'accumulent entre les neurones et que l'on soupçonnait d'être la cause première de la dégénérescence. Des milliards de dollars ont été engloutis dans cette chasse. Les résultats cliniques, eux, ont été décevants — au point que plusieurs grands laboratoires pharmaceutiques ont abandonné leurs programmes en cours de route. C'est dans ce contexte d'essoufflement qu'une équipe de l'École polytechnique fédérale de Zurich (ETH) vient de publier des résultats qui méritent qu'on s'y arrête.

Une piste venue du Caire

La chercheuse à l'origine de ces travaux n'a pas commencé par des modèles informatiques ni par des molécules de synthèse. Elle a commencé par des cerveaux humains — des échantillons prélevés au Caire et rapportés à Zurich, sur lesquels elle travaille depuis près de vingt ans. Cette continuité dans la méthode est déjà remarquable : la recherche sur Alzheimer souffre souvent d'une fragmentation qui empêche les équipes d'accumuler une connaissance fine et longitudinale d'un même matériau biologique.

Ce que ces observations prolongées ont révélé touche au métabolisme cérébral. Les neurones sont des cellules extraordinairement gourmandes en énergie. Pour fonctionner, ils dépendent presque exclusivement du glucose — et d'un mécanisme de transport précis pour l'acheminer depuis le sang jusqu'à l'intérieur de la cellule. Dans les cerveaux atteints d'Alzheimer, ce mécanisme de transport serait défaillant bien avant que les plaques amyloïdes ne deviennent visibles à l'imagerie. Les neurones, autrement dit, meurent de faim.

Ce que le traitement fait — et ce qu'il ne fait pas

Le composé développé à Zurich ne s'attaque pas directement aux plaques. Il cherche à restaurer la capacité des neurones à capter et à utiliser le glucose. Dans les expériences menées sur des souris génétiquement modifiées pour développer une pathologie proche d'Alzheimer, les animaux traités ont vécu significativement plus longtemps que le groupe témoin. Leurs performances cognitives se sont également mieux maintenues dans le temps.

Il faut ici peser les mots avec soin. "Ralentir" n'est pas "guérir". Les souris malades traitées restent malades — elles déclinent simplement moins vite. Et le passage du modèle animal à l'être humain est, dans le domaine des maladies neurodégénératives, un obstacle que la recherche a maintes fois buté contre. Des dizaines de molécules prometteuses chez la souris se sont révélées inefficaces ou toxiques en essai clinique. Ce n'est pas une raison de minimiser la découverte ; c'est une raison de la situer correctement.

Ce qui change ici, c'est le paradigme : on ne cherche plus seulement à nettoyer le cerveau, on cherche à le nourrir.

Pourquoi cette piste mérite d'être suivie

L'hypothèse métabolique d'Alzheimer n'est pas nouvelle. Des chercheurs américains et européens l'ont formulée dès les années 1990, en observant que la tomographie par émission de positons (TEP) montrait une hypométabolisme cérébral — une consommation réduite de glucose — dans certaines régions du cerveau des patients, parfois des années avant l'apparition des premiers symptômes cliniques. Ce signal précoce a longtemps été considéré comme une conséquence de la maladie, pas comme une cause. Les travaux zurichois suggèrent que la relation de causalité pourrait être inversée, ou du moins circulaire.

Cette réévaluation a des implications pratiques. Si le déficit énergétique précède la neurodégénérescence, il devient une cible thérapeutique à part entière — et, potentiellement, un marqueur de risque détectable avant que les dommages ne soient irréversibles. C'est là que réside l'enjeu véritable : non pas traiter une maladie déclarée, mais intervenir dans une fenêtre où l'intervention a encore du sens.

On notera aussi que cette approche s'inscrit dans un mouvement plus large. Depuis quelques années, la recherche sur Alzheimer se diversifie. L'inflammation chronique du cerveau, le rôle du microbiome intestinal, les liens avec le sommeil profond, les perturbations vasculaires — autant de pistes qui coexistent désormais avec l'hypothèse amyloïde sans la remplacer entièrement. La maladie d'Alzheimer est probablement plusieurs maladies sous un même nom, avec des mécanismes qui s'enchevêtrent différemment selon les individus. C'est précisément pourquoi une molécule unique, ciblant un seul mécanisme, n'a jamais suffi.

Ce qu'on attend maintenant

Les prochaines étapes sont celles de tout candidat-médicament sérieux : des études de toxicologie, puis des essais de phase I sur des volontaires humains pour évaluer la tolérance, avant d'envisager des essais d'efficacité à plus grande échelle. Ce calendrier se compte en années — souvent en décennies. La prudence n'est pas du pessimisme ; c'est la condition de la rigueur.

Ce qui reste acquis, en attendant, c'est le déplacement du regard. Pendant longtemps, soigner Alzheimer voulait dire éliminer ce qui encombre le cerveau. L'équipe de Zurich propose une autre question : et si on commençait par lui redonner de quoi fonctionner ?

Source : SeniorActu.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

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