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Comment meurt-on de la maladie à corps de Lewy ?
La maladie à corps de Lewy reste l'une des démences les moins connues, souvent diagnostiquée trop tard, toujours redoutée. Comprendre comment elle progresse, c'est aussi comprendre comment s'y préparer — et comment accompagner ceux qu'elle atteint.
MARDI 23 JUIN 2026·Par Retraite Plus
Elle n'a pas la notoriété d'Alzheimer, ni la clarté clinique de Parkinson. La maladie à corps de Lewy occupe pourtant la deuxième place parmi les démences dégénératives en France, après Alzheimer. On estime qu'elle représente entre 15 et 20 % des cas de démence diagnostiqués — soit plusieurs centaines de milliers de personnes concernées. Son nom vient de Friederich Lewy, neurologue allemand qui, au début du XXe siècle, décrivit ces agrégats anormaux de protéine alpha-synucléine qui s'accumulent dans les neurones. Ce détail biochimique a des conséquences concrètes, massives, et souvent dévastatrices.
Une maladie qui se joue sur plusieurs tableaux à la fois
Ce qui rend la maladie à corps de Lewy particulièrement difficile à appréhender — pour les familles comme pour les soignants — c'est sa nature composite. Elle n'est ni tout à fait une démence, ni tout à fait un trouble moteur. Elle est les deux, simultanément, avec en prime des hallucinations visuelles souvent très précoces, des fluctuations cognitives brutales d'un jour à l'autre, et des troubles du sommeil paradoxal qui précèdent parfois le diagnostic de plusieurs années.
Le patient peut sembler lucide le matin, confus l'après-midi. Il peut voir des personnages ou des animaux avec une précision déconcertante, sans que cela relève d'une psychose. Il peut tomber fréquemment, non par inattention, mais parce que le système nerveux autonome — celui qui régule la tension artérielle, le rythme cardiaque, la déglutition — se dérègle progressivement. C'est cette atteinte du système nerveux autonome qui, en grande partie, détermine la trajectoire fatale de la maladie.
Comment la maladie progresse vers la fin de vie
La durée moyenne entre le diagnostic et le décès varie selon les études entre cinq et huit ans, parfois moins. Certains patients vivent plus longtemps, d'autres déclinent rapidement. L'âge au diagnostic — souvent autour de 75 ans — joue un rôle, mais pas seulement. La présence précoce de troubles moteurs sévères, d'une hypotension orthostatique marquée ou de chutes répétées assombrit le pronostic.
Dans les stades avancés, la maladie envahit progressivement toutes les fonctions vitales. La déglutition se détériore : avaler devient un effort, puis un risque. Les fausses routes — aliments ou liquides qui partent dans les voies respiratoires plutôt que dans l'œsophage — deviennent fréquentes. C'est l'une des causes de décès les plus documentées dans cette pathologie : la pneumonie par aspiration. Le poumon s'infecte, l'organisme affaibli ne peut plus lutter.
D'autres causes de décès reviennent régulièrement dans la littérature médicale : les infections urinaires récurrentes liées à l'immobilisation, les complications cardiovasculaires dues aux dysrégulations du système nerveux autonome, les chutes graves entraînant fractures et complications chirurgicales. La déshydratation et la dénutrition, souvent silencieuses, accélèrent aussi le déclin dans les dernières semaines.
Il faut dire aussi ce que la médecine observe mais dit peu : dans les stades terminaux, la conscience elle-même semble se retirer progressivement. Les fluctuations cognitives s'estompent non parce que l'état s'améliore, mais parce que la vigilance s'efface. Le patient dort de plus en plus, répond de moins en moins. Ce n'est pas une agonie spectaculaire — c'est souvent un effacement lent.
La question des traitements et de leurs limites
Il n'existe pas de traitement curatif. Les médicaments disponibles visent à atténuer certains symptômes — les inhibiteurs de la cholinestérase peuvent améliorer temporairement les fonctions cognitives, comme dans Alzheimer. Mais la maladie à corps de Lewy impose une contrainte supplémentaire, redoutable : les neuroleptiques classiques, souvent prescrits pour calmer les hallucinations ou l'agitation, peuvent provoquer chez ces patients des réactions de sensibilité sévère — rigidité extrême, chutes, accélération du déclin. Cette contre-indication est connue des spécialistes, mais pas toujours des équipes non formées. Un diagnostic tardif ou erroné peut conduire à des prescriptions qui aggravent l'état au lieu de le stabiliser.
C'est pourquoi le diagnostic précoce et précis reste un enjeu central. Les critères diagnostiques ont été révisés en 2017 par un consortium international — ils intègrent désormais des biomarqueurs, notamment la scintigraphie dopaminergique, qui permet de distinguer la maladie à corps de Lewy d'Alzheimer dans un certain nombre de cas.
Accompagner sans esquiver
Pour les proches, la maladie à corps de Lewy est une épreuve d'endurance. Les fluctuations cognitives créent une instabilité émotionnelle permanente : on ne sait jamais à quel patient on va avoir affaire le matin. Les hallucinations, même bénignes, désarçonnent. La charge physique de l'accompagnement — les chutes à relever, les repas à adapter, les nuits perturbées — s'accumule.
Les équipes spécialisées en soins palliatifs, les unités cognitivo-comportementales et les équipes mobiles de gériatrie peuvent apporter un soutien structuré, à domicile comme en établissement. L'enjeu n'est pas seulement médical : il est aussi relationnel. Maintenir une présence, adapter la communication, ne pas chercher à corriger les hallucinations mais à rassurer — ces gestes simples ont une valeur réelle dans les stades avancés.
Accompagner quelqu'un qui meurt de la maladie à corps de Lewy, c'est apprendre à habiter l'incertitude — celle du diagnostic, celle des jours bons et des jours mauvais, celle de la fin elle-même.
La maladie à corps de Lewy ne tue pas d'un seul coup. Elle défait, par couches successives, ce qui constituait une personne — ses repères, ses gestes, sa voix. Ce que la médecine peut offrir aujourd'hui, c'est moins un arrêt de cette progression qu'un accompagnement digne de ce qu'elle emporte.
Source : retraiteplus.fr.
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