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Déménager à la retraite au bord de la mer ? Pour habiter en 2050, Guillaume Faburel a retenu sept territoires résilients, tous en retrait des côtes
Un géographe a cartographié la France de 2050 en sept territoires résilients. Aucun ne longe la mer. C'est une invitation à repenser, avant qu'il ne soit trop tard, ce que "bien choisir" veut dire.
LUNDI 26 OCTOBRE 2026·Par Fabrice Crozier
Le projet est classique : quitter la ville à la retraite, trouver une maison avec vue sur l'eau, finir ses jours face à l'horizon. Des millions de Français ont construit ce rêve. Guillaume Faburel, géographe et professeur à l'université Lyon 2, leur oppose une carte différente — et quelques vérités que l'immobilier côtier préfère taire.
Une carte qui ne ressemble pas aux brochures
Faburel a travaillé à l'échelle du pays entier, croisant données climatiques, ressources en eau, vulnérabilité des sols, tissu social et capacités agricoles locales. Il en a tiré sept territoires qu'il juge résilients à l'horizon 2050. Aucun ne se trouve en bord de mer. Tous sont en retrait des côtes, souvent en altitude modérée ou dans des bassins intérieurs bien arrosés.
Ce n'est pas un caprice de géographe. C'est la conséquence logique de plusieurs phénomènes qui s'accélèrent simultanément : la montée du niveau des océans, l'érosion côtière, les submersions marines de plus en plus fréquentes, et la raréfaction de l'eau douce dans les zones méridionales et littorales. La France métropolitaine a déjà perdu plusieurs mètres de trait de côte par endroits. Le recul stratégique — le déplacement planifié de populations et d'infrastructures loin du rivage — est désormais inscrit dans la loi Climat et Résilience de 2021, sous le terme pudique de "recomposition spatiale du littoral".
Autrement dit : l'État lui-même anticipe que certains territoires côtiers ne seront plus habitables, ou plus assurables, dans les décennies qui viennent.
Ce que le marché immobilier ne dit pas encore
Les prix de l'immobilier littoral restent élevés. La Bretagne sud, la Côte d'Azur, le littoral atlantique : les transactions y sont soutenues, les vendeurs confiants. Mais quelques signaux discrets commencent à apparaître. Certaines communes du littoral atlantique peinent à trouver des assureurs pour les biens en zone inondable. Des banques étrangères ont commencé à intégrer le risque climatique dans leurs modèles de valorisation immobilière. En France, ce mouvement est encore embryonnaire — mais il est amorcé.
Acheter aujourd'hui une maison en première ligne de mer, c'est parier que la valeur tiendra vingt ou trente ans. C'est un pari qui mérite d'être conscient. Le Plan de Prévention des Risques Littoraux (PPRL) classe déjà des milliers de parcelles en zone rouge ou orange dans les communes les plus exposées. Ces classements limitent les travaux, pèsent sur la revente, et peuvent, à terme, conditionner l'obtention d'un prêt ou d'une assurance.
Les territoires que Faburel retient — et pourquoi
Sans reproduire ici une liste exhaustive que seule la lecture directe de ses travaux permettrait de détailler fidèlement, on peut dégager la logique commune à ses sept territoires : ils disposent de ressources en eau pérennes, d'une agriculture diversifiée, d'une densité humaine suffisante pour maintenir des services sans atteindre la surchauffe urbaine, et d'un tissu social encore ancré dans des pratiques locales.
On pense aux piémonts pyrénéens ou alpins, à certaines vallées du Massif central, à des bassins du Grand Est moins exposés aux sécheresses que le Sud. Des territoires que les agents immobiliers qualifient encore parfois de "profonde campagne" — ce qui, traduit en termes climatiques, pourrait bien devenir un avantage compétitif.
Ce n'est pas une invitation au repli. C'est une invitation à la lucidité géographique.
Choisir un lieu de vie : une décision patrimoniale autant qu'existentielle
Pour qui envisage de vendre un bien en ville pour s'installer ailleurs, la question du territoire résilient croise directement celle du patrimoine. Un bien acheté dans une zone à risque croissant peut se déprécier plus vite qu'anticipé. À l'inverse, certains territoires de l'intérieur, longtemps boudés, commencent à attirer une demande nouvelle — des actifs en télétravail, des familles, et oui, des retraités qui ont fait leurs calculs.
La résilience d'un territoire, c'est aussi sa capacité à maintenir des services publics : hôpital, médecins, transports. Sur ce point, la géographie de Faburel rejoint une préoccupation très concrète : à quoi bon un cadre de vie préservé si le désert médical y est total ? Les territoires qu'il identifie ne sont pas des zones vides — ils ont une masse critique humaine et institutionnelle.
Habiter, ce n'est pas seulement se loger. C'est s'inscrire dans un territoire qui durera.
Cette formule pourrait résumer la démarche de Faburel. Elle oblige à poser la question autrement : non pas "où est-ce que je veux vivre ?" mais "où est-ce que je pourrai encore vivre dans vingt ans, et dans quelles conditions ?"
La mer restera belle. Elle sera simplement, pour certains rivages, de plus en plus difficile à habiter.
Source : SeniorActu.
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