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En vous vendant des cellules souches, ces deux sites Internet visent huit maladies graves : l'ANSM vient d'interdire leur publicité en France
L'Agence nationale de sécurité du médicament vient d'interdire la publicité en France de deux sites turcs qui commercialisent des thérapies à base de cellules souches contre huit maladies graves. Une décision qui dit autant sur la puissance de ces arnaques que sur ses propres limites.
MARDI 11 AOÛT 2026·Par Fabrice Crozier
Taper le nom d'une maladie grave suivi des mots "cellules souches" dans un moteur de recherche. Trois clics suffisent pour atterrir sur une promesse de guérison, un formulaire de contact, un tarif. L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a signé, le 28 juillet dernier, deux décisions de suspension de publicité visant des sites opérés depuis la Turquie. Ces plateformes proposaient des traitements censés agir contre huit pathologies : sclérose en plaques, maladie de Charcot, autisme, accident vasculaire cérébral, maladie de Parkinson, insuffisance rénale chronique, diabète de type 1 et BPCO. Aucune de ces offres ne dispose d'une quelconque autorisation en France.
Ce que les cellules souches peuvent — et ne peuvent pas — faire
La médecine régénérative n'est pas une chimère. Les cellules souches ont une réalité scientifique sérieuse : elles sont au cœur de thérapies validées, notamment dans certaines leucémies et lymphomes, où la greffe de cellules souches hématopoïétiques est un traitement établi depuis des décennies. Des essais cliniques rigoureux explorent leur potentiel dans d'autres domaines — maladies neurodégénératives, réparation cardiaque, diabète. Ces recherches avancent, lentement, avec les précautions que la complexité biologique impose.
Ce que ces sites vendent n'a rien à voir avec cela. Ils s'approprient le vocabulaire de la recherche de pointe pour commercialiser des injections dont ni la composition exacte, ni l'origine cellulaire, ni les conditions de production ne sont vérifiables par le patient. Les maladies ciblées — Charcot, Parkinson, autisme — sont précisément celles pour lesquelles les familles et les patients sont les plus vulnérables à ce type de promesse, parce que la médecine conventionnelle ne propose souvent que des traitements symptomatiques, jamais curatifs.
Le choix de ces huit indications n'est pas anodin. C'est un catalogue construit sur le désespoir.
Une suspension de publicité : outil réel, portée limitée
L'ANSM dispose d'un pouvoir de police sanitaire qui lui permet d'ordonner la cessation de publicité pour des produits de santé non autorisés diffusés vers le public français. C'est ce mécanisme qu'elle a activé. Les deux décisions du 28 juillet sont juridiquement contraignantes pour les régies publicitaires et les plateformes opérant sous droit français ou européen — Google, Meta et leurs équivalents peuvent être mis en demeure de retirer les annonces sponsorisées.
Mais les sites eux-mêmes restent accessibles. Hébergés hors de l'Union européenne, ils échappent à la compétence directe de l'agence. Un internaute qui connaît déjà l'adresse peut continuer à s'y rendre, à y lire les promesses, à y laisser ses coordonnées. La suspension de publicité coupe l'acquisition payante de nouveaux visiteurs — elle ne ferme pas la boutique.
C'est une limite structurelle de la régulation française face aux acteurs extra-territoriaux. L'ANSM le sait. Ses décisions de suspension s'accompagnent généralement d'alertes publiques précisément parce que la transparence sur l'existence de ces sites constitue, paradoxalement, le meilleur complément à une interdiction qui ne peut pas tout.
Un marché mondial qui prospère sur la même mécanique
La Turquie n'est pas le seul pays où ce type de cliniques s'est développé. Le Mexique, l'Ukraine avant 2022, certains pays d'Asie du Sud-Est ont également accueilli des établissements proposant des "thérapies cellulaires" à une clientèle internationale. Le modèle économique est identique partout : capter des patients occidentaux disposant de ressources suffisantes, leur facturer des séjours incluant consultations, injections et hébergement, et miser sur l'absence de recours juridique une fois rentrés chez eux.
Les sommes en jeu sont rarement anodines. Ces "cures" se négocient fréquemment entre plusieurs milliers et plusieurs dizaines de milliers d'euros. Pour une famille confrontée à un diagnostic de SLA ou à un enfant autiste sévère, la dépense peut représenter une part significative d'une épargne constituée sur des années.
Les risques ne sont pas seulement financiers. Des effets indésirables graves — infections, réactions immunitaires, complications neurologiques — ont été documentés dans la littérature médicale à la suite d'injections de cellules souches réalisées hors protocole. L'absence de traçabilité des produits injectés rend tout suivi médical ultérieur particulièrement difficile.
Reconnaître les signaux d'alerte
Ces sites partagent des caractéristiques récurrentes. Ils citent des "études" sans références vérifiables. Ils affichent des témoignages de patients, jamais de données cliniques publiées dans des revues à comité de lecture. Ils proposent un traitement unique pour des maladies biologiquement très différentes — ce qui est, en soi, un signal d'impossibilité scientifique. Ils orientent vers un contact direct, souvent WhatsApp ou un formulaire sans adresse physique claire.
La règle la plus simple reste celle-ci : aucune thérapie cellulaire curative pour la maladie de Charcot, la sclérose en plaques ou la maladie de Parkinson n'existe à ce jour. Si elle existait, elle serait connue. Elle ferait l'objet d'une autorisation de mise sur le marché, d'une couverture dans la presse médicale internationale, d'un accès via les systèmes de soins. Elle ne se vendrait pas sur un site web accessible en trois clics.
Source : Senioractu.com.
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