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Fête de la musique : quand les Ehpad participent à la fête
Le 21 juin, les Ehpad ouvrent leurs portes et leurs fenêtres. Ce que cela dit de la musique, du soin, et du reste du monde.
SAMEDI 20 JUIN 2026·Par agevillage
Chaque année, le 21 juin, la France joue dehors. Dans les cours d'école, sur les places, dans les bars et les jardins publics, la Fête de la musique transforme l'espace commun en scène ouverte. Depuis quelques années, ce mouvement gagne aussi les Ehpad — et ce n'est pas anecdotique. Ce que ces établissements font de cette journée en dit long sur ce que la musique fait aux gens, à tous les âges, dans toutes les conditions.
Une fête qui déborde les murs
Les initiatives varient d'un établissement à l'autre. Certains invitent des musiciens amateurs ou professionnels à se produire dans les jardins ou les salles communes. D'autres organisent des ateliers de chant, des concerts participatifs, ou ouvrent simplement leurs portes aux familles et aux voisins du quartier. L'idée n'est pas de recréer une salle de concert en miniature, mais de laisser entrer quelque chose de vivant — du bruit joyeux, de l'imprévu, du collectif.
Ce mouvement d'ouverture n'est pas anodin dans des lieux qui restent, malgré les efforts de nombreuses équipes, perçus de l'extérieur comme des espaces fermés. Le 21 juin fonctionne alors comme un prétexte utile : il légitime la fête, il donne une date, il crée une occasion que personne n'a à justifier.
Ce que la musique fait au cerveau — et à la mémoire
La musicothérapie n'est pas une nouveauté. Dès les années 1950, des chercheurs américains ont commencé à documenter les effets du son sur les patients atteints de troubles neurologiques. Ce qui a depuis été confirmé par de nombreux travaux : la musique emprunte des voies cérébrales distinctes de celles du langage ou de la mémoire déclarative. Elle peut rester accessible là où d'autres fonctions cognitives ont décliné.
C'est pourquoi une personne atteinte de la maladie d'Alzheimer peut ne plus reconnaître un visage familier et fredonner pourtant, avec une précision troublante, une chanson entendue dans sa jeunesse. Le neurologue Oliver Sacks, dans Musicophilia, a longuement exploré ce paradoxe : la musique semble gravée ailleurs, plus profondément, dans des zones que la maladie atteint plus tard ou différemment.
Cette réalité neurologique a des conséquences pratiques. Dans les Ehpad qui ont intégré la musique à leur quotidien — pas seulement lors d'événements ponctuels —, les équipes soignantes observent des effets sur l'agitation, sur la communication, sur ce qu'on appelle pudiquement la "qualité de vie". Ce sont des observations cliniques difficiles à quantifier, mais suffisamment constantes pour que la musicothérapie soit aujourd'hui reconnue comme une approche complémentaire dans la prise en charge des démences.
Le 21 juin, et après ?
La Fête de la musique a ceci de précieux qu'elle est populaire au sens premier du terme : elle ne demande ni billet ni compétence particulière. N'importe qui peut jouer, n'importe qui peut écouter. Cette horizontalité convient bien aux Ehpad qui cherchent à dépasser le modèle du "spectacle offert aux résidents" — posture bienveillante mais asymétrique — pour aller vers quelque chose de plus partagé.
Certains établissements ont d'ailleurs pris le parti de faire jouer les résidents eux-mêmes, avec ou sans formation musicale préalable. Des ateliers de percussions, des chorales internes, des séances d'improvisation vocale : l'important n'est pas la performance, c'est l'acte de produire du son ensemble. La distinction entre musicien et auditeur s'efface, et avec elle une partie de la hiérarchie ordinaire entre soignant et soigné.
Reste une question que la fête du 21 juin pose sans y répondre : qu'est-ce qui se passe les autres 364 jours ? Les initiatives ponctuelles ont leur valeur — elles créent des souvenirs, elles signalent une intention. Mais la musique comme outil de soin suppose une présence régulière, des professionnels formés, des budgets dédiés. En France, la musicothérapie reste inégalement déployée selon les établissements, les régions, les moyens disponibles. La Fête de la musique peut servir de révélateur : là où elle donne lieu à quelque chose de vivant et d'inventif, c'est souvent le signe que la musique n'y est pas traitée comme un ornement.
La musique semble gravée ailleurs, plus profondément — dans des zones que la maladie atteint plus tard ou différemment.
Ce que ces journées du 21 juin dans les Ehpad montrent, au fond, c'est moins une exception qu'un rappel. La musique n'est pas un luxe réservé aux bien-portants. Elle n'est pas non plus une thérapie miracle. Elle est une langue que le corps garde longtemps, parfois plus longtemps que les mots.
Source : Agevillage.
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