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Fièvre typhoïde : les cas progressent fortement en Île-de-France, et les autorités sanitaires alertent si vous partez au Sénégal cet hiver
Une recrudescence de fièvre typhoïde en Île-de-France, liée aux retours du Sénégal, repose une question que beaucoup croyaient réglée : la vaccination recommandée hier est-elle encore suffisante aujourd'hui ?
VENDREDI 16 OCTOBRE 2026·Par Fabrice Crozier
La fièvre typhoïde n'est pas une maladie du passé. Elle tue encore chaque année entre cent mille et deux cent mille personnes dans le monde, principalement en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne. En France métropolitaine, elle avait presque disparu du paysage clinique — quelques dizaines de cas déclarés par an, presque tous importés. Mais depuis plusieurs semaines, Santé publique France observe une concentration inhabituelle de cas en Île-de-France, avec un point commun : un séjour récent au Sénégal.
Ce qui a changé
La fièvre typhoïde est causée par la bactérie Salmonella enterica sérotype Typhi, transmise par voie féco-orale — eau ou aliments contaminés, mains insuffisamment lavées. Pendant des décennies, l'amoxicilline, le cotrimoxazole ou les fluoroquinolones en venaient à bout sans difficulté. Ce temps est révolu pour une part croissante des souches circulantes.
Ce que les épidémiologistes appellent la typhoïde "extensively drug-resistant" — résistante à la quasi-totalité des antibiotiques de première ligne — s'est d'abord signalée au Pakistan à partir de 2016, avant de se diffuser. Des souches présentant des profils de résistance élevés circulent désormais en Afrique de l'Ouest. Les cas franciliens récents semblent correspondre à ce tableau : des patients pour lesquels les traitements habituels se sont révélés inopérants ou insuffisants, obligeant les médecins à recourir à des molécules de recours.
C'est ce glissement bactériologique qui change la donne pour le voyageur. Non pas que la destination soit nouvelle — le Sénégal attire chaque hiver des centaines de milliers de Français, pour des séjours familiaux, touristiques ou professionnels. Mais le niveau de risque, lui, s'est modifié.
Le vaccin : une recommandation qui évolue
Il existe un vaccin contre la typhoïde, disponible en France depuis longtemps. Pendant des années, il était "conseillé" aux voyageurs se rendant dans les zones endémiques — une recommandation molle, souvent négligée, d'autant que la maladie restait traitable. Face à la progression des résistances, les autorités sanitaires ont durci le message : la vaccination devient une priorité réelle, pas une précaution facultative.
Le vaccin disponible en France est un vaccin polysaccharidique injectable, efficace à environ 70 % et dont la protection dure trois ans. Il ne protège pas contre Salmonella Paratyphi, responsable de fièvres paratyphoïdes cliniquement proches, mais il couvre la souche la plus dangereuse. Une dose unique suffit, administrée au moins deux semaines avant le départ pour laisser le temps à l'immunité de s'installer.
Ce délai est crucial : qui part dans la précipitation rejoindre de la famille à Dakar ou à Ziguinchor pour les fêtes de fin d'année doit s'organiser maintenant. Les centres de vaccination internationale et de nombreux médecins généralistes peuvent le prescrire. Il est remboursé dans certaines situations — il vaut la peine de vérifier.
Reconnaître les symptômes au retour
La typhoïde s'installe lentement, contrairement au paludisme qui peut frapper en quelques heures. La fièvre monte progressivement sur plusieurs jours, accompagnée de maux de tête, d'une fatigue marquée, de douleurs abdominales et parfois d'une constipation paradoxale — avant que la diarrhée ne s'installe. Une bradycardie relative (pouls lent malgré la fièvre) est un signe classique que les médecins recherchent.
L'incubation dure en général entre une et trois semaines après l'exposition. Un voyageur rentré du Sénégal qui développe une fièvre dans ce délai doit consulter sans attendre et signaler son séjour au médecin. Le diagnostic repose sur une hémoculture — prélèvement sanguin mis en culture — qui permet d'identifier la bactérie et de tester sa sensibilité aux antibiotiques disponibles.
Sans traitement, la typhoïde peut se compliquer gravement : perforation intestinale, hémorragie, atteinte neurologique. Avec un traitement adapté et précoce, le pronostic est bon. Le mot-clé est "adapté" : dans un contexte de résistances croissantes, le choix de l'antibiotique ne peut plus être automatique.
Un signal à ne pas minimiser
L'alerte francilienne s'inscrit dans un mouvement plus large. La résistance aux antimicrobiens est l'un des défis sanitaires majeurs de la décennie — l'Organisation mondiale de la santé la classe parmi les dix menaces prioritaires pour la santé mondiale. La typhoïde résistante en est une illustration concrète et proche : elle ne touche plus seulement des populations lointaines, elle arrive dans les services d'infectiologie parisiens.
Pour qui voyage régulièrement vers l'Afrique de l'Ouest — et ils sont nombreux, pour des raisons familiales, affectives, professionnelles —, la mise à jour du carnet vaccinal mérite d'être traitée avec le même sérieux qu'un bilan de santé. Non par anxiété, mais par lucidité.
Source : Senioractu.Article original : Lire la suite sur senioractu.com ↗