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LUNDI 15 JUIN 2026127
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Bien-vivre

Fin de l'âge légal : 13 % de retraités pauvres en Suède, le COR alerte

Le Conseil d'orientation des retraites vient de publier ses projections pour 2070. Pendant ce temps, deux candidats à la présidentielle promettent de supprimer l'âge légal de départ — sans regarder ce qui s'est passé en Suède.

LUNDI 15 JUIN 2026·Par Fabrice Crozier

Une liasse de feuilles de calcul annotées au stylo rouge posée sur une table en bois sombre, éclairée par la lumière rasante d'une fenêtre, une tasse de café refroidie à côté.
Illustration générée par notre rédaction.

Le rapport annuel du Conseil d'orientation des retraites, adopté le 11 juin 2026, ne laisse guère de place à l'optimisme : âge moyen de départ projeté à 67,6 ans en 2070, déficit qui enfle de 1,4 % à 2,4 % du PIB selon les scénarios retenus. Ce document de référence paraît dans un contexte de campagne présidentielle où au moins deux candidats — le leader de Renaissance et le président du Rassemblement national — ont fait de la suppression de l'âge légal de départ à la retraite l'un de leurs arguments de séduction électorale. La Suède a tenté l'expérience. Depuis un quart de siècle. Le bilan est lisible.

Ce que projette le COR — et ce qu'on en fait

Le COR n'est pas un organe politique. C'est une instance de surveillance, composée de parlementaires, de partenaires sociaux et d'experts indépendants, dont la mission est de produire des projections financières sur le long terme. Ses chiffres ne sont pas des verdicts, mais des trajectoires : ils disent ce qui arrive si les paramètres ne changent pas, ou s'ils changent dans telle direction.

La projection à 67,6 ans n'est pas une prescription. Elle découle mécaniquement de la réforme de 2023 — qui a repoussé l'âge légal à 64 ans — combinée aux effets démographiques attendus : allongement de la durée de cotisation requise, vieillissement de la population active, moindre croissance de la productivité. En clair : si rien d'autre ne change, les Français partiront en moyenne plus tard, et le système restera déficitaire.

C'est précisément dans ce contexte que la promesse de supprimer l'âge légal trouve un écho. L'idée est séduisante dans sa formulation : chacun partirait quand il le souhaite, selon ses trimestres cotisés, sans plancher imposé par l'État. La liberté contre la contrainte. Sauf que cette liberté a un prix, et la Suède l'a payé.

Le modèle suédois, sans les omissions

La Suède a réformé son système de retraite à la fin des années 1990. Elle a alors adopté un modèle dit à cotisations notionnelles — chaque assuré accumule des droits sur un compte virtuel, et peut liquider sa pension à partir de 63 ans, sans âge légal fixe au sens français du terme. Le montant versé dépend de ce qui a été cotisé et de l'espérance de vie au moment du départ : partir tôt, c'est recevoir moins longtemps mais aussi moins chaque mois.

Ce système est souvent cité en exemple par ceux qui veulent flexibiliser le départ en France. Il est vrai qu'il présente des qualités réelles : il est transparent, il s'ajuste automatiquement aux évolutions démographiques, il évite les crises politiques récurrentes sur l'âge légal. Mais il produit aussi une conséquence que ses admirateurs mentionnent rarement.

Environ 13 % des retraités suédois vivent sous le seuil de pauvreté. C'est l'un des taux les plus élevés d'Europe occidentale pour cette tranche de population — nettement au-dessus de la moyenne européenne, et très au-dessus du taux français, qui oscille autour de 7 à 8 % selon les années et les définitions retenues. La raison est structurelle : ceux qui ont eu des carrières hachées, des emplois précaires, des périodes de chômage ou de maladie partent avec des pensions faibles. Le système ne corrige pas les inégalités du marché du travail — il les enregistre et les amplifie.

La Suède a répondu à ce problème par une pension minimale garantie, la garantipension, financée par l'impôt. Mais ce filet de sécurité n'a pas suffi à ramener le taux de pauvreté des retraités à des niveaux comparables à ceux des pays voisins. Le Danemark, qui a conservé des mécanismes de solidarité plus redistributifs, affiche des chiffres bien meilleurs.

La question que la campagne évite

Supprimer l'âge légal sans modifier la structure du système revient à transférer le risque de l'État vers l'individu. Celui qui a eu une belle carrière linéaire s'en sort bien — il peut même partir plus tôt si ses droits le permettent. Celui qui a alterné CDD, temps partiel subi et périodes non cotisées se retrouve face à un choix brutal : partir tôt avec une pension insuffisante, ou travailler plus longtemps pour compenser.

Ce n'est pas une hypothèse théorique. C'est ce que documente le cas suédois depuis vingt-cinq ans. Et c'est ce que le rapport du COR, dans sa rigueur technocratique, permet de lire en filigrane : un système qui déplace l'âge de départ vers le haut en moyenne cache des réalités très inégales selon les trajectoires professionnelles.

La question n'est donc pas de savoir si l'on est pour ou contre la liberté de choix — personne n'est contre. Elle est de savoir qui paie quand ce choix est contraint par une vie de travail fragmentée. Et si la réponse est "l'individu seul", alors le taux de pauvreté des retraités n'est pas un accident de parcours suédois. C'est une conséquence logique du modèle.

Un système qui s'ajuste automatiquement aux évolutions démographiques ne corrige pas les inégalités du marché du travail — il les enregistre.

Le COR a posé les chiffres sur la table. Il appartient aux candidats d'expliquer comment ils comptent éviter que la flexibilité promise ne devienne, pour les plus exposés, une nouvelle forme de contrainte.

Source : Senioractu.com.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

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