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LUNDI 28 SEPTEMBRE 2026N° 142
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Bien-vivre·Article 4 sur 4

Flambée des prix du gaz : la TVA sur votre chauffage pourrait rapporter 200 millions à l'État, et la règle d'or de Lecornu ne vise que les carburants

Quand le prix du gaz monte, la TVA monte avec lui — et l'État encaisse. Pour les carburants, le gouvernement a promis de restituer ce surplus. Pour le chauffage, silence.

LUNDI 28 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier

Une main posée sur un thermostat en laiton vieilli, cadran flou en arrière-plan, lumière rasante d'après-midi filtrant par un rideau de lin écru.
Illustration générée par notre rédaction.

Il y a une mécanique fiscale que l'on ne voit jamais sur sa facture, mais qui joue à chaque flambée des prix de l'énergie : la TVA est calculée en pourcentage du prix hors taxe. Quand ce prix monte, la taxe monte avec lui — automatiquement, sans vote, sans débat. Pour le gaz naturel, le taux réduit est de 5,5 % sur l'abonnement et de 20 % sur la consommation elle-même. Chaque euro supplémentaire au mètre cube en ajoute donc vingt centimes dans les caisses de l'État. Le consommateur paie plus, le fisc perçoit plus : le mécanisme est parfaitement indolore pour le budget public.

Deux énergies, deux traitements

C'est là que le contraste devient difficile à ignorer. Face à la hausse des prix des carburants, le Premier ministre Sébastien Lecornu a mis en avant ce qu'il présente comme une "règle d'or" : restituer aux automobilistes le surplus de TVA engrangé par l'État quand l'essence et le gazole s'envolent. Le principe est simple — si la recette fiscale dépasse un niveau de référence, l'excédent est rendu sous forme de ristourne à la pompe ou de mécanisme équivalent.

Pour le gaz qui chauffe les logements, aucune disposition de ce type n'a été annoncée. Or la hausse attendue au 1er octobre n'est pas anecdotique. Selon les estimations relayées par BFM TV, le surplus de TVA collecté sur la seule saison de chauffe pourrait atteindre deux cents millions d'euros. Une somme qui ne sera pas redistribuée.

On peut comprendre la logique politique qui a conduit à cibler les carburants en priorité : la douleur à la pompe est immédiate, visible, et elle touche des actifs qui votent. Le gaz, lui, se règle par prélèvement automatique, souvent lissé sur l'année. La facture de régularisation arrive en mars, quand l'hiver est oublié.

Ce que la hausse d'octobre représente concrètement

Le prix de référence du gaz en France est indexé sur les marchés européens de gros, eux-mêmes sensibles aux tensions géopolitiques, aux niveaux de stockage et aux arbitrages entre GNL américain et gazoduc. Depuis la fin du bouclier tarifaire — supprimé en juillet 2023 — les ménages sont exposés aux variations du marché via les offres à prix indexé, ou protégés partiellement par des offres à prix fixe dont les contrats arrivent progressivement à échéance.

Pour un foyer qui se chauffe exclusivement au gaz dans un appartement de taille moyenne, la hausse d'octobre se traduit par quelques dizaines d'euros supplémentaires sur la saison. Ce n'est pas une catastrophe isolée — c'est une pression qui s'ajoute à d'autres, dans un contexte où les dépenses contraintes ont déjà fortement progressé depuis 2021.

La TVA à 20 % sur la consommation de gaz est souvent présentée comme un taux "normal", mais elle s'applique à un bien de première nécessité pour des millions de foyers. La question de son abaissement a été posée à plusieurs reprises au Parlement européen — la directive TVA laisse aux États membres une marge de manœuvre pour appliquer des taux réduits sur l'énergie de chauffage. La France ne l'a pas utilisée sur la part consommation.

Une asymétrie qui mérite d'être nommée

Ce que révèle cet épisode dépasse la question du gaz. Il met en lumière la façon dont la fiscalité sur l'énergie fonctionne comme un stabilisateur automatique… pour les finances publiques, pas pour les ménages. Quand les prix baissent, la recette fiscale baisse et l'État s'en plaint. Quand ils montent, la recette augmente et l'État se tait — sauf si la pression politique est suffisamment forte pour imposer un geste, comme ce fut le cas avec la ristourne carburant en 2022 ou la "règle d'or" de Lecornu aujourd'hui.

Le chauffage au gaz concerne encore environ douze millions de logements en France. Ce n'est pas une énergie marginale, même si la transition vers les pompes à chaleur s'accélère. Pour ceux dont la chaudière est encore le cœur du foyer en hiver, la saison qui commence mérite qu'on lise sa facture autrement — et qu'on pose la question de ce que l'État fait du supplément qu'il perçoit.

La TVA n'est pas une taxe sur le luxe quand elle frappe le chauffage d'un appartement en janvier.

Aucune annonce gouvernementale ne prévoit, à ce stade, de mécanisme de restitution ou de plafonnement de la TVA sur le gaz domestique pour l'hiver à venir. Le dossier reste ouvert — politiquement, et budgétairement.

Source : Senioractu.com.

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