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La désindexation ne visait que les grosses pensions : Lecornu a remis l'abattement de 10 % sur la table, et il vaut 383 euros d'impôt par an sur vos retraites
Deux mesures fiscales visant les retraites circulent dans le même projet de budget, mais l'une éclipse l'autre. Celle qu'on n'entend pas est peut-être la plus large.
JEUDI 3 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier
Le bruit médiatique s'est concentré sur la désindexation des pensions. C'est compréhensible : toucher à la revalorisation annuelle des retraites, c'est toucher à un symbole. Mais pendant que ce débat occupait l'espace, une seconde mesure avançait dans l'ombre — la suppression de l'abattement fiscal de 10 % sur les revenus de remplacement. Elle est moins spectaculaire, moins racontable en une phrase. Elle concerne pourtant un nombre beaucoup plus grand de retraités.
Deux mesures, deux logiques
Sébastien Lecornu a présenté les grandes lignes du budget 2027 dans un entretien au Parisien. Deux pistes y coexistent. La première : une désindexation partielle des pensions, qui ne s'appliquerait qu'aux retraites les plus élevées. Le seuil exact n'est pas encore fixé par écrit — ce flou entretient l'inquiétude, mais circonscrit aussi le périmètre réel de la mesure. Si l'on se fie aux arbitrages évoqués, les petites et moyennes pensions ne seraient pas concernées.
La seconde mesure est d'une autre nature. L'abattement de 10 % sur les pensions de retraite — un avantage fiscal hérité du traitement des salaires, maintenu par analogie depuis des décennies — serait supprimé. Contrairement à la désindexation, cette suppression ne demande pas combien vous touchez. Elle s'applique dès que vous êtes imposable, c'est-à-dire dès que votre revenu fiscal de référence dépasse le seuil d'entrée dans l'impôt sur le revenu.
Ce que vaut concrètement cet abattement
L'abattement de 10 % fonctionne ainsi : vos pensions brutes sont réduites de 10 % avant d'entrer dans le calcul de l'impôt, dans la limite d'un plafond annuel. Cet avantage a été conçu à l'origine pour les salariés, afin de tenir compte des frais professionnels réels ou forfaitaires. Les retraités en ont bénéficié par extension, au motif qu'ils supportaient eux aussi certains frais liés à leur ancienne activité — une justification qui s'est étiolée avec le temps.
Selon les chiffres avancés dans le débat public, la suppression de cet abattement représenterait en moyenne 383 euros d'impôt supplémentaire par an pour un foyer fiscal concerné. Ce chiffre est une moyenne : l'impact réel dépend du montant de la pension, de la composition du foyer et de la tranche marginale d'imposition. Pour un retraité seul avec une pension moyenne, l'addition peut être sensiblement inférieure. Pour un couple dont les deux membres sont retraités et imposables, elle peut dépasser cette estimation.
Ce qui change la nature de la mesure, c'est son universalité relative. Elle ne cible pas les "grosses pensions" — expression commode mais vague. Elle touche tous ceux qui paient l'impôt sur le revenu, y compris ceux qui le paient peu, ceux qui sont juste au-dessus du seuil, ceux pour qui 383 euros représentent un mois de courses.
Pourquoi l'une efface l'autre dans le débat
La désindexation est plus facile à dramatiser. Elle touche à la revalorisation des pensions, donc à leur valeur dans le temps. Elle évoque la retraite comme promesse, comme contrat social. Les syndicats de retraités savent s'en emparer, les éditorialistes aussi.
L'abattement fiscal est plus technique, moins narratif. Il faut expliquer ce qu'est un abattement, pourquoi il existe, à qui il s'applique. Ce n'est pas une histoire de justice ou de contrat — c'est une ligne dans le code général des impôts. Pourtant, son impact budgétaire sur les ménages concernés est direct, immédiat et certain, là où la désindexation dépend encore d'un seuil non défini.
Il y a aussi une asymétrie politique. Annoncer qu'on ne touchera qu'aux "grosses pensions" permet de présenter la désindexation comme une mesure de justice redistributive. La suppression de l'abattement ne se prête pas à ce cadrage : elle frappe les classes moyennes retraitées, celles qui paient l'impôt sans être riches, celles qui ont peu de marges d'ajustement.
Ce qui reste à écrire
Aucune de ces deux mesures n'est encore votée. Le budget 2027 doit suivre son parcours parlementaire, avec tout ce que cela implique d'amendements, de compromis et de renoncements. Le contexte politique — un gouvernement minoritaire, une Assemblée fragmentée — rend l'exercice particulièrement incertain.
Mais l'arbitrage de communication, lui, est déjà lisible. Mettre en avant la désindexation ciblée sur les hautes pensions, c'est occuper le terrain avec une mesure qui semble équitable. Laisser dans l'ombre la suppression de l'abattement, c'est éviter d'expliquer qu'on augmente l'impôt d'une large fraction des retraités imposables — sans condition de revenus élevés.
Les deux mesures ne sont pas équivalentes en portée, ni en symbolique, ni en nombre de foyers touchés. Les traiter ensemble, c'est le minimum pour comprendre ce que le budget 2027 propose réellement à ceux qui ont cessé de travailler.
Source : senioractu.com.
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