La France va organiser un exercice de black-out électrique : l'État a déjà dressé la liste de ce que votre foyer doit avoir pour tenir 72 heures
La France prépare une simulation de black-out électrique à l'échelle interministérielle. L'occasion de regarder en face ce que tiendrait — ou ne tiendrait pas — un foyer ordinaire face à plusieurs jours sans courant.
SAMEDI 10 OCTOBRE 2026·Par Fabrice Crozier
Un exercice interministériel de simulation de black-out électrique se prépare en France. Aucune lumière ne s'éteindra chez vous : il s'agit d'un test de coordination entre administrations, pas d'une coupure réelle. Mais la démarche a le mérite de poser une question que l'on reporte volontiers : si le réseau tombait pendant soixante-douze heures, que resterait-il de fonctionnel dans un foyer ordinaire ?
Pourquoi cet exercice, pourquoi maintenant
La résilience des infrastructures critiques est devenue un sujet de gouvernance sérieux en Europe depuis plusieurs années. Les tensions sur les réseaux électriques — accélération des usages numériques, vagues de chaleur prolongées, dépendance accrue aux énergies intermittentes — ont conduit plusieurs pays à tester leur capacité de réponse en cas de défaillance majeure. La Suède, la Finlande ou l'Allemagne ont déjà mené des exercices comparables, parfois accompagnés de campagnes publiques d'information sur les gestes de préparation individuelle.
En France, la doctrine de la résilience nationale s'est structurée autour du concept des "72 heures" : le délai minimal pendant lequel chaque foyer devrait pouvoir se débrouiller sans secours extérieur ni approvisionnement. Ce seuil n'est pas arbitraire. Il correspond au temps estimé pour qu'une organisation de crise nationale commence à déployer des ressources sur le terrain. Passé ce cap, les secours peuvent intervenir. En deçà, chacun est, en principe, son propre premier répondant.
Ce que l'État recommande d'avoir chez soi
Le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) publie depuis plusieurs années un guide de préparation aux situations d'urgence. Sa liste n'a rien d'exotique, mais elle mérite d'être relue sans ironie.
Les fondamentaux sont les suivants : eau potable en quantité suffisante pour plusieurs jours, nourriture non périssable ne nécessitant pas de cuisson électrique, lampe torche avec piles de rechange, radio à piles ou à manivelle — seul outil capable de recevoir des informations officielles sans réseau —, médicaments en stock suffisant pour couvrir la période, documents d'identité et copies accessibles, et argent liquide en petites coupures. Ce dernier point surprend souvent : en cas de panne généralisée, les terminaux de paiement sont hors service. Le billet de banque redevient la seule monnaie d'échange immédiate.
À cette liste s'ajoutent des éléments de communication : un chargeur externe (powerbank) pour téléphone mobile, les numéros utiles notés sur papier — car un téléphone déchargé ne sert à rien —, et si possible un moyen de chauffage indépendant du réseau électrique.
Les points de vigilance particuliers
Certains postes de cette liste concernent davantage ceux dont le quotidien dépend de dispositifs médicaux ou de traitements réguliers. Un appareil d'assistance respiratoire, un lecteur de glycémie, une pompe à perfusion : tous fonctionnent à l'électricité. Les fabricants et les associations de patients recommandent depuis longtemps d'identifier en amont les solutions de secours — batterie de relais, groupe électrogène de faible puissance, signalement préalable au gestionnaire de réseau. RTE, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité, dispose d'un registre permettant aux foyers hébergeant des personnes sous assistance électrique vitale de se signaler pour bénéficier d'une priorité de rétablissement.
Les médicaments posent une question différente : celle du stock. Les règles de remboursement limitent souvent les réserves à quelques semaines. Mais rien n'interdit d'anticiper un renouvellement d'ordonnance avant une période à risque — grand froid, canicule, tensions annoncées sur le réseau — ni de conserver un stock tampon raisonnable pour les traitements chroniques. C'est une conversation à avoir avec son médecin, pas une démarche administrative compliquée.
La radio, objet anachronique devenu stratégique
Il y a quelque chose d'un peu vertigineux dans le fait que la radio à ondes moyennes ou FM reste, en 2025, le média le plus robuste en cas de crise majeure. Elle ne dépend ni d'internet, ni d'un réseau mobile saturé, ni d'une application. Une radio à piles ou à manivelle capte France Inter, France Info ou les stations locales tant que les émetteurs sont alimentés — et ceux-ci bénéficient de systèmes de secours prioritaires. C'est par ce canal que les autorités diffusent les consignes en cas d'événement grave.
Posséder une telle radio chez soi n'est pas un geste de survivaliste. C'est simplement disposer d'une fenêtre sur l'information quand toutes les autres sont fermées.
La préparation individuelle n'est pas une défiance envers l'État : c'est ce qui permet à l'État de concentrer ses ressources là où elles sont le plus nécessaires.
Simuler pour ne pas improviser
L'exercice interministériel français s'inscrit dans une logique plus large : tester les chaînes de décision, identifier les maillons faibles, coordonner les réponses entre ministères, opérateurs d'infrastructures et collectivités. Ce type de simulation existe depuis longtemps pour les risques nucléaires ou les crises sanitaires. L'étendre au scénario d'une panne électrique prolongée reflète une prise de conscience réelle sur la fragilité des sociétés hyperconnectées.
Pour un foyer, la leçon est simple : la préparation ne demande ni budget considérable ni logistique complexe. Elle demande surtout d'y penser avant que la situation l'impose. Vérifier les piles de la lampe torche, noter les numéros utiles sur papier, faire le point sur les médicaments en cours — ce sont des gestes de dix minutes qui peuvent changer la nature d'une nuit sans courant.
Source : SeniorActu.
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