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LUNDI 19 OCTOBRE 2026N° 145
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Bien-vivre·Article 3 sur 4

Le Mondial de l'Auto a attiré 518 372 visiteurs à Paris, et ceux qui voulaient changer de voiture ont vu Renault et BYD s'y disputer les commandes

Plus de 518 000 visiteurs en six jours à la porte de Versailles — et pourtant, les ventes de voitures neuves en France stagnent. Le Mondial de l'Auto 2025 dit quelque chose de précis sur l'état du marché, et sur ce qui attend quiconque envisage de changer de véhicule.

LUNDI 19 OCTOBRE 2026·Par Fabrice Crozier

Une main gantée de blanc effleure le capot laqué d'un coupé rouge vif sous les néons froids d'un hall d'exposition désert, un badge « RÉSERVÉ » posé sur le pare-brise.
Illustration générée par notre rédaction.

Un salon automobile qui fait le plein alors que les ventes de voitures neuves peinent à redémarrer : le paradoxe mérite qu'on s'y arrête. Le Mondial de l'Auto 2025 a fermé ses portes dimanche sur 518 372 entrées, soit plus de 86 000 visiteurs par jour en moyenne. C'est un succès de fréquentation indiscutable — et un révélateur assez fidèle des tensions qui traversent aujourd'hui le marché automobile français.

Un public nombreux, un marché hésitant

La France achète peu de voitures neuves. Le marché hexagonal n'a pas retrouvé ses niveaux d'avant-Covid, et les immatriculations restent en retrait par rapport aux années 2017-2019, qui constituaient déjà une période de croissance modérée. Les raisons sont connues : pouvoir d'achat sous pression, incertitude sur les motorisations, réseau de recharge électrique jugé insuffisant hors des grandes agglomérations, et, pour une partie des acheteurs potentiels, attentisme face à des prix qui ont fortement progressé.

Le prix moyen d'une voiture neuve en France dépasse désormais les 30 000 euros, toutes motorisations confondues. C'est une hausse structurelle, portée à la fois par l'électrification des gammes, par la sophistication croissante des équipements de série, et par la disparition progressive des entrées de gamme accessibles. Résultat : on regarde, on compare, on diffère. La porte de Versailles se remplit, les carnets de commandes, moins.

Ce décalage entre l'intérêt pour l'automobile et l'acte d'achat n'est pas propre à la France, mais il y est particulièrement marqué. Il traduit aussi une transformation profonde du rapport à la voiture : pour beaucoup, elle reste un objet de désir et de nécessité pratique, mais l'acquisition est devenue une décision lourde, mûrement réfléchie, souvent repoussée.

Renault et BYD : deux logiques face à face

Dans ce contexte, le duel qui s'est joué dans les allées du Mondial est instructif. D'un côté, Renault — constructeur historique, symbole industriel français, qui mise sur une gamme électrique et hybride renouvelée, avec la R5 électrique en figure de proue. De l'autre, BYD — le géant chinois, premier constructeur mondial de véhicules électrifiés devant Tesla en volume, qui s'installe durablement sur le marché européen avec des prix agressifs et une montée en gamme rapide.

La confrontation résume assez bien les enjeux de la décennie pour l'industrie automobile européenne. Renault joue sur l'attachement à la marque, sur la proximité du réseau, sur la lisibilité de l'offre pour un acheteur français. BYD joue sur le rapport prix-équipement, sur une technologie de batterie maîtrisée en interne — ce qui lui confère un avantage de coût structurel — et sur une image de modernité qui séduit les acheteurs les moins attachés aux marques historiques.

Pour qui envisage de changer de voiture, ce face-à-face a des conséquences concrètes. La concurrence chinoise tire les prix vers le bas sur certains segments, notamment les SUV compacts électriques. Elle contraint les constructeurs européens à accélérer leurs propres cycles de développement. Et elle élargit l'éventail des choix disponibles — ce qui complique la décision autant qu'elle l'enrichit.

Ce que le salon dit à l'acheteur qui réfléchit

Le Mondial de l'Auto n'est plus tout à fait ce qu'il était dans les années 1980 ou 1990, quand les grandes premières mondiales se succédaient et que les constructeurs rivalisaient de concepts extravagants. Il a perdu plusieurs exposants majeurs au fil des éditions — Volkswagen, BMW, Mercedes ont déserté les grands salons généralistes européens pour privilégier leurs propres événements ou les salons asiatiques. Ce qui reste est néanmoins significatif : un instantané du marché tel qu'il se présente aujourd'hui, avec ses arbitrages, ses absences et ses nouveaux entrants.

Pour un acheteur qui réfléchit à son prochain véhicule, quelques repères s'imposent. L'offre hybride rechargeable s'est considérablement étoffée et représente souvent un compromis pertinent pour qui roule beaucoup sur route mais dispose d'une prise à domicile. L'électrique pur progresse en autonomie réelle — les 400 à 500 kilomètres sont désormais atteignables sur plusieurs modèles grand public — mais la question de l'infrastructure de recharge en déplacement reste entière selon les régions. Le bonus écologique, recentré sur les véhicules produits en Europe, exclut désormais la plupart des modèles chinois, ce qui modifie sensiblement le calcul financier.

Quant au marché de l'occasion, il absorbe une partie de la demande qui se détourne du neuf. Les voitures électriques de première génération, dont les batteries ont vieilli de façon inégale, y circulent à des prix parfois très bas — ce qui peut constituer une opportunité ou un risque selon l'état du pack et les garanties proposées.

Le Mondial de l'Auto 2025 a refermé ses portes sur 518 372 visiteurs en six jours — un chiffre qui dit moins l'enthousiasme pour l'achat que la curiosité persistante pour un objet en pleine mutation.

Ce que le salon illustre, au fond, c'est que l'automobile reste un sujet qui mobilise — même quand on n'achète pas. La décision d'acquisition, elle, se prend ailleurs, plus lentement, avec davantage d'informations qu'aucune génération d'acheteurs n'en avait avant. C'est peut-être la meilleure nouvelle du Mondial.

Source : senioractu.com.

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