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SAMEDI 24 OCTOBRE 2026N° 146
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Santé·Article 4 sur 4

Le vaccin à ARN messager de Merck et Moderna réduit les récidives du mélanome, le cancer de la peau le plus mortel, chez les malades opérés

La cicatrice se referme en quelques semaines, mais la crainte de la récidive s'installe pour des années. Un vaccin à ARN messager, développé par Merck et Moderna, vient de montrer qu'il pouvait changer cette équation.

SAMEDI 24 OCTOBRE 2026·Par Fabrice Crozier

Une cicatrice rosée sur une épaule nue, à contre-jour dans la lumière oblique d'une fenêtre d'hôpital, le tissu de la blouse chirurgicale froissé en arrière-plan.
Illustration générée par notre rédaction.

Le mélanome n'est pas le cancer de la peau le plus fréquent, mais c'est le plus meurtrier. Quand il est détecté tôt et opéré, les chances de guérison sont réelles. Quand il récidive — et il récidive dans une proportion significative des cas à stade avancé —, le pronostic se détériore brutalement. C'est dans cet intervalle, entre la chirurgie et l'éventuelle rechute, que le vaccin développé conjointement par Merck et Moderna cherche à s'installer. Les résultats présentés ce samedi à Madrid, devant un congrès international d'oncologues, donnent des raisons sérieuses d'y croire.

Un vaccin qui ne prévient pas, qui traite

La confusion est fréquente, et elle mérite d'être dissipée d'emblée. Ce vaccin n'est pas préventif au sens où l'entend le grand public — il ne protège pas une personne saine contre un mélanome futur. Il s'adresse à des patients déjà opérés, dont la tumeur a été retirée, mais qui présentent un risque élevé de récidive. Son rôle est d'apprendre au système immunitaire à reconnaître et à détruire les cellules cancéreuses résiduelles avant qu'elles ne reforment une tumeur.

Le mécanisme repose sur la même technologie que les vaccins contre le Covid-19 développés par Moderna et BioNTech : l'ARN messager. Mais avec une différence fondamentale. Ici, le vaccin est personnalisé. À partir de l'analyse génomique de la tumeur retirée à chaque patient, les laboratoires fabriquent un ARN messager sur mesure, codant pour des antigènes spécifiques à ce mélanome particulier. Le système immunitaire apprend à cibler précisément ce que la tumeur exprimait — et ce qu'elle pourrait réexprimer si elle revenait.

Cette personnalisation est à la fois la force et la contrainte du dispositif. Fabriquer un vaccin différent pour chaque malade prend du temps, mobilise des ressources considérables, et suppose une chaîne logistique que peu de systèmes de santé sont aujourd'hui en mesure d'absorber à grande échelle.

Ce que disent les chiffres, et ce qu'ils ne disent pas encore

Les données présentées à Madrid s'inscrivent dans la continuité d'un essai clinique de phase 2 dont les premiers résultats avaient déjà suscité l'attention en 2023. Le vaccin est administré en combinaison avec le pembrolizumab — un immunothérapeutique de référence commercialisé sous le nom Keytruda, produit par Merck — déjà utilisé dans la prise en charge du mélanome à haut risque. La comparaison se fait donc entre pembrolizumab seul et pembrolizumab associé au vaccin personnalisé.

La réduction du risque de récidive ou de décès observée dans le groupe combiné est substantielle. Ce qui retient également l'attention des oncologues, c'est la courbe de survie dans le temps : l'écart entre les deux groupes ne se creuse pas immédiatement après le traitement, il continue de s'élargir avec les années. Le vaccin semble agir sur la durée, comme si l'immunité qu'il génère se consolidait plutôt qu'elle ne s'érodait. C'est inhabituel, et c'est précisément ce que les chercheurs vont devoir confirmer dans les essais de phase 3 en cours.

Car nous n'en sommes pas encore à l'homologation. Les essais de phase 3 — plus larges, plus longs, conçus pour établir l'efficacité et la sécurité à l'échelle nécessaire à une autorisation de mise sur le marché — sont en cours. Les résultats de Madrid sont encourageants, pas conclusifs. La distinction importe.

Une technologie qui redessine le rapport entre cancer et immunité

Ce qui se joue ici dépasse le mélanome. La plateforme ARN messager appliquée à l'oncologie personnalisée est l'un des chantiers les plus actifs de la recherche contre le cancer. Moderna et BioNTech travaillent toutes deux sur des vaccins thérapeutiques ciblant d'autres tumeurs solides — cancer du poumon, cancer colorectal, cancer du pancréas. Le mélanome sert de terrain d'expérimentation privilégié parce qu'il est l'un des cancers les mieux caractérisés sur le plan génomique, et parce que son immunogénicité — sa capacité à déclencher une réponse immunitaire — est connue de longue date.

L'idée n'est pas nouvelle. Les chercheurs tentent depuis des décennies d'entraîner le système immunitaire à combattre les cellules tumorales. Ce qui change avec l'ARN messager, c'est la vitesse de fabrication et la précision du ciblage. Là où les vaccins anticancéreux antérieurs étaient souvent génériques et décevants, celui-ci est taillé sur mesure, produit en quelques semaines à partir de la biopsie du patient.

Le mélanome touche en France plusieurs milliers de personnes chaque année, avec une incidence en hausse régulière depuis plusieurs décennies — phénomène attribué en grande partie à l'exposition solaire et aux habitudes héliophiles des générations nées dans les années 1950 et 1960. Les formes à haut risque, celles que ce vaccin cible, concernent des patients dont la tumeur a déjà atteint les ganglions ou présenté des caractéristiques histologiques défavorables. Ce sont eux qui, aujourd'hui, attendent le plus de ces résultats.

Le vaccin prend son temps — et c'est peut-être là son enseignement le plus inattendu : une immunité qui s'installe, qui dure, qui ne faiblit pas avec les mois.

Avant toute disponibilité clinique large, il faudra attendre la fin des essais de phase 3, l'évaluation par les agences réglementaires — EMA en Europe, FDA aux États-Unis — et, inévitablement, les négociations sur le prix d'un traitement dont la fabrication individualisée ne sera pas bon marché. Le chemin est encore long. Mais la direction, elle, est claire.

Source : Senioractu.com.

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