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Santé·Article 1 sur 4

Marcia Baïla pleurait une femme emportée par le cancer en 1983 : Catherine Ringer en est morte à 68 ans

Catherine Ringer est morte cette nuit. Elle avait 68 ans, et derrière elle une chanson qui porte le deuil depuis 1983 — sans que la plupart de ceux qui l'ont dansée aient jamais su pourquoi.

MARDI 15 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier

Une paire d'escarpins rouges posée sur le parquet d'une salle de bal déserte, la lumière du soir entrant en biais par une fenêtre à volets mi-clos.
Illustration générée par notre rédaction.

Le communiqué a été transmis à l'AFP par ses enfants ce mardi matin. Catherine Ringer s'est éteinte dans la nuit. Elle avait 68 ans. La nouvelle a circulé vite, avec cette étrange résonance que prennent certaines disparitions : celle d'une femme dont l'œuvre la plus connue était déjà une chanson de mort.

Une chanson écrite pour une morte

Marcia Baïla est sortie en 1984, sur l'album Marcia Baïla des Rita Mitsouko. Le titre est devenu l'un des tubes les plus reconnaissables de la décennie — rythme afro-cubain, voix de Catherine Ringer tendue comme un cri, clip en noir et blanc qui tournait en boucle sur les premières chaînes musicales françaises. Beaucoup ont dansé dessus. Peu savaient pour qui.

Marcia Moretto était une danseuse et chorégraphe brésilienne, amie de Catherine Ringer et de Fred Chichin. Elle est morte d'un cancer en 1983, à trente-cinq ans. La chanson est son tombeau. Le titre reprend son prénom, l'impératif — baïla, danse — est une injonction à continuer de bouger même depuis l'autre côté. Ce n'est pas une métaphore : c'est une adresse directe à une femme qui n'était plus là pour entendre.

Cette dimension funèbre n'a jamais été cachée. Catherine Ringer en parlait volontiers, avec une franchise qui tranchait sur les pudeurs habituelles du show-business. Mais la chanson était si physique, si dansante, que le deuil qu'elle portait passait souvent inaperçu. C'est peut-être ce qui en fait un chef-d'œuvre discret : on peut l'écouter cent fois sans mesurer ce qu'elle contient.

Les Rita Mitsouko, une anomalie dans le paysage français

Catherine Ringer et Fred Chichin formaient un duo à part. Ils se sont rencontrés à la fin des années 1970, dans les marges du rock parisien, et ont construit ensemble une œuvre qui n'entrait dans aucune case commode. Ni new wave pure, ni variété, ni rock au sens strict — les Rita Mitsouko empruntaient partout et ne ressemblaient à personne.

Catherine Ringer apportait une voix capable de passer du murmure au hurlement en quelques mesures, une présence scénique hors norme, et une écriture qui mêlait l'absurde au tragique sans jamais forcer le trait. Fred Chichin construisait les architectures sonores, jouait de la guitare avec une économie de moyens qui rendait chaque note nécessaire. Ensemble, ils ont signé des albums qui tiennent encore — The No Comprendo, Re, System & Romance.

Fred Chichin est mort en 2007, d'un cancer lui aussi. Catherine Ringer avait alors cinquante ans. Elle a continué seule, en solo, avec une discographie moins exposée mais une présence scénique intacte. Elle chantait encore ces dernières années.

Ce que la coïncidence dit

Il y a quelque chose de vertigineux dans la symétrie. Une chanson écrite pour pleurer une amie morte d'un cancer. Un compagnon emporté par la même maladie vingt-quatre ans plus tard. Et maintenant Catherine Ringer elle-même, à 68 ans, rejoignant cette liste qu'elle avait elle-même commencé à écrire.

Ce n'est pas un destin littéraire — c'est la vie, avec sa brutalité ordinaire. Mais cela donne à Marcia Baïla une profondeur supplémentaire, rétrospective, que l'on n'avait pas demandée. La chanson ne parlait pas seulement de Marcia Moretto. Elle parlait, sans le savoir encore, de tout ce qui allait suivre.

« Marcia dansait, Marcia se baladait, Marcia aimait, Marcia est partie. »

Ces quatre verbes au passé composé, alignés comme des coups, résument une vie en une phrase. Ils pourraient aujourd'hui s'appliquer à celle qui les a écrits.

Une voix qui ne cherchait pas à plaire

Ce qui distinguait Catherine Ringer dans le paysage musical français, c'était une absence totale de calcul aimable. Sa voix pouvait être belle, mais elle pouvait aussi être dérangeante, excessive, volontairement inconfortable. Elle ne cherchait pas l'adhésion immédiate. Elle cherchait quelque chose de plus difficile à nommer — une vérité de l'instant, une intensité qui ne triche pas.

Cette exigence lui a valu une reconnaissance durable, différente de la célébrité ordinaire. Les Rita Mitsouko n'ont jamais été un phénomène de masse au sens contemporain du terme, mais ils ont construit un public fidèle, composé de gens qui reconnaissent la différence quand ils l'entendent.

Catherine Ringer avait 68 ans. C'est jeune, pour quelqu'un qui avait encore autant à dire.

Source : Senioractu.com.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

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