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Médicaments à l'unité : les députés ont voté en commission la fin de la boîte de 20 pour 3 comprimés prescrits, et l'hémicycle en rediscutera mardi
Votre médecin prescrit trois comprimés, la pharmacie vous en remet vingt : un écart banal, un gaspillage massif. Les députés viennent de voter en commission pour y mettre fin — mais le chemin vers la pharmacie reste long.
DIMANCHE 18 OCTOBRE 2026·Par Fabrice Crozier
Il y a dans presque chaque armoire à pharmacie française une boîte entamée à trois comprimés, puis oubliée. Multipliez ce tiroir par les millions de foyers, et vous obtenez l'un des gaspillages les plus documentés du système de santé : des médicaments achetés, remboursés, jamais avalés, et finalement jetés. Le vote en commission de l'Assemblée nationale, jeudi 15 octobre, pour instaurer la dispensation à l'unité, s'attaque frontalement à cette logique.
Un principe simple, une mise en œuvre qui ne l'est pas
L'idée est ancienne. Elle consiste à ne délivrer que le nombre exact d'unités prescrites — trois comprimés si l'ordonnance dit trois, et non la boîte standardisée de vingt. En France, des expérimentations ont été conduites depuis le milieu des années 2010, notamment dans des officines volontaires, avec des résultats encourageants sur la réduction des restes inutilisés. Mais passer d'une expérimentation encadrée à une obligation nationale est une autre affaire.
Le vote en commission n'est qu'une étape. Le texte doit encore passer devant l'hémicycle — la séance est prévue pour le mardi suivant — et traverser les deux chambres avant d'acquérir force de loi. Rien n'est encore gravé dans le marbre réglementaire, et les contours précis du dispositif restent à définir : quels médicaments seraient concernés ? Tous les conditionnements ? Uniquement certaines classes thérapeutiques ? Ces questions ne sont pas anodines.
Les pharmaciens, premiers concernés, premiers opposants
Les syndicats de pharmaciens ont exprimé leur opposition sans détour. Leurs arguments sont à la fois techniques et économiques. Techniquement, la dispensation à l'unité suppose de rompre les conditionnements industriels, de reconstituer des doses, de gérer une traçabilité lot par lot — une exigence de pharmacovigilance qui n'est pas négligeable. Chaque comprimé sorti de son blister d'origine doit pouvoir être identifié, daté, rattaché à un fabricant.
Économiquement, le modèle de rémunération des officines repose en grande partie sur les marges à la boîte. Vendre à l'unité, sans refonte du système de rémunération, revient à demander plus de travail pour moins de recettes. Les pharmaciens ne s'opposent pas au principe de réduire le gaspillage — ils contestent qu'on leur en transfère le coût opérationnel sans compensation.
Ce point est central. En Belgique, où la dispensation à l'unité existe pour certains médicaments hospitaliers, le modèle a nécessité une révision complète de la chaîne logistique et de la tarification. En Allemagne, des discussions similaires ont achoppé sur la question du conditionnement industriel : les fabricants produisent des boîtes, pas des comprimés isolés, et adapter les lignes de production a un coût que personne ne veut assumer seul.
Le gaspillage, chiffré et réel
Les estimations varient selon les méthodologies, mais l'ordre de grandeur est constant : en France, plusieurs centaines de millions d'euros de médicaments seraient gaspillés chaque année, entre les boîtes entamées abandonnées, les traitements interrompus et les stocks périmés. Cyclamed, le dispositif de collecte des médicaments non utilisés en officine, ramasse chaque année des dizaines de milliers de tonnes de produits — dont une part significative n'a jamais été ouverte.
Ce gaspillage a une double dimension. Financière d'abord : une partie de ces médicaments est remboursée par l'Assurance maladie, donc par la collectivité. Environnementale ensuite : les résidus médicamenteux dans les eaux, les emballages plastiques et carton, la chaîne froide maintenue pour des produits qui ne seront jamais consommés — tout cela a un coût écologique documenté.
Ce que le vote change, et ce qu'il ne change pas encore
Un vote en commission est un signal politique, pas une transformation immédiate du quotidien. Si le texte devait être adopté en séance puis promulgué, il faudrait encore des décrets d'application, une liste précise des médicaments concernés, et vraisemblablement une négociation avec les représentants des pharmaciens sur la rémunération à l'acte de dispensation.
La question des conditionnements industriels est également ouverte. Les laboratoires pharmaceutiques calibrent leurs boîtes selon des logiques de stabilité, de conservation et de rentabilité. Rompre un blister de vingt comprimés pour en extraire trois suppose soit que l'officine reconstitue un conditionnement adapté — avec les contraintes réglementaires que cela implique —, soit que les industriels proposent à terme des formats plus petits. Ni l'un ni l'autre ne se décrète du jour au lendemain.
Ce qui est certain, c'est que le débat est désormais posé dans l'enceinte législative avec une netteté nouvelle. Depuis des années, il circulait dans les rapports d'experts et les colloques de santé publique. Le voir franchir le seuil d'un vote en commission, même préliminaire, marque une inflexion. La séance en hémicycle dira si cette inflexion tient face aux lobbies et aux contraintes budgétaires — ou si elle rejoint, elle aussi, le tiroir des bonnes intentions.
Source : Senioractu.Article original : Lire la suite sur senioractu.com ↗