Bien-vivre·Article 1 sur 4
Ménopause : avant de payer un test hormonal ou de la testostérone pour vos bouffées de chaleur, vérifiez ce qu'en disent les gynécologues
Le marché de la ménopause prospère sur l'inquiétude et le vide médical. Des gynécologues tirent la sonnette d'alarme : entre produits inutiles et promesses non tenues, les femmes méritent mieux qu'un dentifrice "dédié".
DIMANCHE 18 OCTOBRE 2026·Par Régis Mayer
Il y a quelque chose de révélateur dans l'existence d'un dentifrice "spécial ménopause". Non pas qu'il soit dangereux — il est simplement inutile. Mais sa présence en rayon dit quelque chose d'essentiel sur l'époque : dès lors qu'un sujet sort de l'ombre, le marché s'y engouffre avant la médecine. La ménopause, longtemps reléguée au silence des consultations expéditives, est devenue une catégorie commerciale. Et les femmes qui traversent cette période — souvent entre quarante-cinq et cinquante-cinq ans, parfois plus tôt — se retrouvent face à une offre pléthorique, peu régulée, rarement fondée.
Un vide médical comblé par le commerce
La ménopause concerne, en France, plusieurs millions de femmes. Les symptômes les plus fréquents — bouffées de chaleur, troubles du sommeil, sécheresse vaginale, variations de l'humeur — sont réels, parfois invalidants, et méritent une prise en charge sérieuse. Or cette prise en charge fait défaut. Les consultations dédiées sont rares, les médecins généralistes inégalement formés, et le rendez-vous de suivi spécifique promis dans le cadre des réformes de prévention se fait attendre.
C'est dans ce vide que s'est installé un marché estimé à plusieurs milliards d'euros à l'échelle mondiale, en croissance rapide. Tests d'urine vendus en pharmacie ou en ligne pour "mesurer" les hormones, compléments alimentaires à base de phyto-œstrogènes, crèmes à la progestérone naturelle, et désormais testostérone présentée comme la solution aux troubles de la libido et de la fatigue : l'offre s'est diversifiée à une vitesse que la réglementation n'a pas suivie.
Ce que les gynécologues contestent
Les spécialistes sont clairs sur plusieurs points. Les tests hormonaux urinaires vendus en accès libre ne permettent pas de poser un diagnostic de ménopause. Le taux de FSH — l'hormone folliculo-stimulante dont l'élévation accompagne l'arrêt des règles — varie d'un jour à l'autre, et son interprétation exige un contexte clinique. Une femme qui se fie à un test acheté vingt euros sur internet pour décider de son traitement prend un risque réel : soit elle se rassure à tort, soit elle s'alarme sans raison.
La testostérone suscite un débat plus nuancé, mais tout aussi sérieux. Prescrite depuis longtemps dans certains pays anglophones pour traiter la baisse du désir sexuel après la ménopause, elle n'a pas d'autorisation de mise sur le marché en France dans cette indication. Des préparations magistrales existent, encadrées par ordonnance — mais ce n'est pas ce que vendent les sites qui expédient des gels ou des crèmes sans consultation préalable. Les effets indésirables d'une utilisation non supervisée (acné, hirsutisme, perturbations cardiovasculaires à long terme) sont documentés.
Quant aux compléments alimentaires — isoflavones de soja, trèfle rouge, actée à grappes noires — leur efficacité sur les bouffées de chaleur reste modeste dans les études sérieuses, et leur innocuité n'est pas totale. Les femmes ayant des antécédents de cancers hormono-dépendants doivent être particulièrement prudentes, et aucune boîte de complément vendue en grande surface ne pose cette question.
Le traitement hormonal de la ménopause : une réévaluation en cours
Pendant que le marché des alternatives prospère, le traitement hormonal de la ménopause (THM) lui-même reste sous-utilisé en France, en partie à cause d'une défiance installée après la publication, au début des années 2000, d'études américaines qui avaient surestimé ses risques. Depuis, la littérature scientifique a largement nuancé ces conclusions : pour les femmes sans contre-indication, commencé dans les dix ans suivant la ménopause, le THM reste le traitement le plus efficace contre les symptômes vasomoteurs et présente un profil bénéfice-risque favorable.
Les formulations ont évolué. Les œstrogènes transdermiques — patch ou gel — présentent un risque thromboembolique moindre que les formes orales. La progestérone micronisée, utilisée en France depuis plus longtemps qu'ailleurs, est mieux tolérée que les progestatifs de synthèse. Ces distinctions importent, et elles ne s'improvisent pas en lisant une fiche produit.
La ménopause est entrée dans "la sphère publique, voire politique" — ce qui aurait pu signifier une meilleure prise en charge. Pour l'instant, cela signifie surtout un marché plus large.
Ce qui manque encore
La vraie lacune n'est pas l'information — elle abonde, souvent contradictoire. C'est l'accès à un interlocuteur médical compétent et disponible. Une consultation gynécologique annuelle, un médecin généraliste formé aux spécificités du THM, un bilan personnalisé qui tient compte des antécédents familiaux, du mode de vie, des symptômes réels : voilà ce que les femmes réclament, et ce que ni un test en pharmacie ni un complément alimentaire ne peut remplacer.
La Journée mondiale de la ménopause, célébrée chaque 18 octobre, a au moins ce mérite : elle force la question dans l'espace public. Reste à ce que les pouvoirs publics y répondent autrement que par des campagnes de communication, et que les professionnels de santé soient en mesure de recevoir ces femmes sans les renvoyer vers les rayons parapharmacie.
Source : Senioractu.com.Article original : Lire la suite sur senioractu.com ↗