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SAMEDI 26 SEPTEMBRE 2026N° 142
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Nutri-Score obligatoire : la pétition dépasse 100 000 signatures, alors que le logo a déjà disparu de certains yaourts et céréales de vos courses

Le Nutri-Score disparaît de certains emballages au moment précis où une pétition pour le rendre obligatoire franchit les cent mille signatures. Un paradoxe qui révèle les limites d'un dispositif volontaire face aux intérêts industriels.

SAMEDI 26 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier

Un rayon de supermarché filmé en lumière rasante de fin d'après-midi, où l'œil s'arrête sur la face arrière d'un pot de yaourt blanc tenu à bout de bras — l'emplacement du Nutri-Score, vide, légèrement froissé, capte seul la lumière.
Illustration générée par notre rédaction.

Vous retournez un pot de yaourt, vous cherchez la petite échelle chromatique — du A vert sombre au E rouge brique — et elle n'est plus là. Pas d'erreur d'impression : certaines marques ont simplement choisi de ne plus l'afficher. Dans le même temps, une pétition réclamant l'obligation du Nutri-Score sur tous les produits alimentaires vendus en France a franchi les cent mille signatures. Le contraste est saisissant, et il dit quelque chose d'essentiel sur la nature du dispositif.

Un logo volontaire, donc fragile

Le Nutri-Score n'a jamais été obligatoire. C'est là son talon d'Achille. Né d'une recommandation du Haut Conseil de la santé publique en 2017, adopté progressivement par plusieurs pays européens — France, Belgique, Allemagne, Pays-Bas, Espagne notamment —, il repose sur l'adhésion volontaire des fabricants. Une marque peut l'apposer, une autre s'en dispenser, une troisième l'afficher sur certaines gammes et le retirer sur d'autres. Aucune sanction, aucune obligation.

Ce choix initial relevait d'un compromis politique. L'industrie agroalimentaire avait pesé de tout son poids pour éviter toute contrainte réglementaire. Le résultat est prévisible : les produits bien notés arborent fièrement leur A ou leur B, tandis que ceux qui écopent d'un D ou d'un E ont toutes les raisons de faire disparaître le logo. Le consommateur se retrouve avec une information à géométrie variable — utile là où elle ne dérange pas, absente là où elle gêne.

La récente disparition du Nutri-Score sur certains yaourts et céréales n'est pas un accident. Elle coïncide avec la révision de l'algorithme de calcul, entrée en vigueur progressivement depuis 2023. Cette version actualisée pénalise davantage les sucres ajoutés, les graisses saturées et le sel, tout en réévaluant la place des produits laitiers et des céréales complètes. Résultat : des références autrefois bien classées ont vu leur note se dégrader. Certaines marques ont préféré l'effacement à l'aveu.

Cent mille signatures, et ensuite ?

La pétition a franchi son seuil symbolique fin septembre. Cent mille signatures, c'est le chiffre qui, en France, permet théoriquement à une initiative citoyenne d'être examinée par l'Assemblée nationale — à condition de passer par le cadre strict de la pétition parlementaire officielle. Or toutes les pétitions en ligne ne suivent pas ce chemin balisé. Franchir la barre des cent mille sur une plateforme tierce ne crée aucune obligation pour les députés. C'est un signal politique, pas une injonction juridique.

Cela ne signifie pas que le geste est vain. La mobilisation citoyenne a déjà pesé dans le débat européen. Depuis plusieurs années, la Commission européenne travaille à un étiquetage nutritionnel harmonisé dans le cadre de la stratégie "De la ferme à la table". Le Nutri-Score, soutenu par plusieurs gouvernements dont la France, était en bonne position pour s'imposer comme référence commune. Mais les lobbys de l'agroalimentaire — notamment italiens et espagnols, défenseurs de produits traditionnels comme la charcuterie ou l'huile d'olive, que l'algorithme initial pénalisait — ont considérablement ralenti le processus. La décision européenne a été repoussée à plusieurs reprises.

Un étiquetage utile seulement quand il arrange l'industrie n'est pas un étiquetage : c'est une communication.

Ce que l'on perd quand le logo disparaît

Le Nutri-Score n'est pas parfait. Ses détracteurs ont raison sur un point : il note des produits, pas des régimes alimentaires. Un biscuit peut afficher un C acceptable tandis qu'une huile d'olive extra-vierge décroche un B moyen — non parce qu'elle est mauvaise pour la santé, mais parce que l'algorithme raisonne en densité calorique et en profil de nutriments pour 100 grammes, sans tenir compte des portions réelles ni du contexte d'un repas équilibré. Ces limites sont connues, documentées, et la révision de l'algorithme a précisément cherché à en corriger certaines.

Mais ces imperfections ne justifient pas l'absence. Comparé aux autres systèmes d'étiquetage en concurrence — le logo Nutrinform Battery italien, qui affiche des pourcentages d'apports journaliers sans code couleur, ou les multiples systèmes propriétaires des distributeurs —, le Nutri-Score reste l'outil le plus immédiatement lisible pour un achat rapide. Des études en conditions réelles, menées notamment en France et en Belgique, ont montré qu'il modifie effectivement les choix des consommateurs, y compris ceux qui ne lisent pas les étiquettes détaillées.

C'est précisément ce pouvoir d'influence qui explique les résistances. Un logo que l'on peut apposer ou retirer selon la note obtenue n'est pas un outil de santé publique : c'est un argument marketing à usage sélectif. Rendre le Nutri-Score obligatoire ne résoudrait pas toutes ses failles, mais il mettrait fin à cette asymétrie fondamentale — celle qui fait que l'information circule librement quand elle valorise, et disparaît quand elle dérange.

La pétition ne changera peut-être pas la loi. Elle dit néanmoins quelque chose de clair : des centaines de milliers de personnes ont compris le mécanisme, et elles n'en veulent plus.

Source : senioractu.com.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com ↗

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