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VENDREDI 4 SEPTEMBRE 2026139
Senior·Closer
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Bien-vivre·Article 1 sur 4

On croyait le notariat à l'abri : 500 offices forcés en deux ans, 35 millions d'euros détournés, et votre argent suit le RIB que le notaire vous envoie

Pendant deux ans, des attaquants ont lu en silence les dossiers de centaines d'études notariales françaises — successions, ventes immobilières, dates de virement. Une fraude méthodique, invisible jusqu'à ce que l'argent disparaisse.

VENDREDI 4 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier

Une enveloppe kraft ouverte posée sur un bureau en chêne ciré, laissant glisser un RIB froissé vers un sous-main en cuir sombre, lumière de fin d'après-midi rasante depuis une fenêtre à petits carreaux.
Illustration générée par notre rédaction.

Le notariat repose sur une promesse simple : l'argent transite par une main neutre, surveillée, réglementée. Cette promesse n'a pas été trahie par un notaire. Elle l'a été par ceux qui ont passé deux ans à lire par-dessus son épaule.

Une intrusion méthodique, pas un braquage

Entre fin 2022 et début 2025, environ cinq cents offices notariaux français ont été compromis. Les attaquants n'ont pas forcé de coffre. Ils ont pénétré les systèmes informatiques des études — par hameçonnage, par exploitation de failles dans des logiciels métier, parfois par de simples mots de passe trop faibles — et ils ont attendu. Ils lisaient les dossiers en cours. Ils voyaient une vente immobilière approcher de sa signature, une succession sur le point d'être réglée, un virement de plusieurs centaines de milliers d'euros programmé pour telle date.

Le moment venu, ils envoyaient un courriel au client. Un courriel qui ressemblait trait pour trait à celui du notaire — même adresse apparente, même ton, même référence au dossier — avec un RIB modifié. Le client virait. L'argent disparaissait. Le vrai notaire ne savait rien.

Cette technique porte un nom dans le jargon de la sécurité informatique : Business Email Compromise, ou BEC. Elle ne requiert ni génie technique ni logiciel sophistiqué. Elle requiert de la patience, de l'observation, et l'exploitation d'un réflexe humain bien ancré : quand le notaire envoie un RIB, on vire.

Pourquoi le notariat était une cible de choix

Les études notariales brassent des sommes considérables. Une vente immobilière ordinaire mobilise entre deux cent mille et plusieurs millions d'euros, versés en une seule fois, dans une fenêtre de temps précise. Pour un fraudeur, c'est idéal : un seul virement, une seule victime à tromper, un délai de détection souvent long.

La Caisse des dépôts et consignations joue ici un rôle central que beaucoup ignorent. Les fonds des clients ne dorment pas sur un compte bancaire ordinaire de l'étude : ils transitent par la Caisse des dépôts, qui garantit leur ségrégation du patrimoine propre du notaire. C'est une protection réelle contre la défaillance ou la malhonnêteté du professionnel. Mais cette architecture ne protège pas contre un virement volontairement émis par le client lui-même vers un mauvais compte. Le client a appuyé sur "valider". La banque a exécuté. Le mécanisme de protection était contourné avant même d'être activé.

Le Conseil supérieur du notariat et les instances professionnelles ont alerté leurs membres, renforcé les protocoles de vérification, recommandé de confirmer tout changement de RIB par téléphone sur un numéro connu — pas celui figurant dans le courriel suspect. Ces mesures sont nécessaires. Elles arrivent après deux ans de silence.

Ce que vous devez faire si une transaction est en cours

La règle est désormais absolue : aucun RIB reçu par courriel ne doit être utilisé sans vérification vocale. Pas un rappel sur le numéro du mail. Un appel sur le numéro que vous avez vous-même noté lors de votre premier rendez-vous, ou celui figurant sur le site officiel de l'étude — pas celui copié depuis la signature du message.

Si vous avez effectué un virement immobilier ou successoral depuis fin 2022 et que vous n'avez jamais reçu de confirmation écrite de bonne réception des fonds de la part du notaire, vérifiez. Appelez l'étude. Demandez un accusé de réception explicite. Dans la majorité des cas, tout s'est bien passé — cinq cents offices compromis sur environ dix-sept mille en France, c'est significatif sans être universel. Mais l'incertitude mérite d'être levée.

En cas de virement vers un mauvais compte, le réflexe immédiat est de contacter sa banque pour tenter un rappel de fonds — procédure possible dans les premières heures, de plus en plus difficile passé vingt-quatre heures, quasi impossible au-delà. Ensuite, dépôt de plainte. Puis contact avec l'assurance responsabilité civile professionnelle du notaire, qui peut être mobilisée si une faute de sécurité de l'étude est établie — ce qui, dans ces affaires, est souvent le cas.

La confiance ne dispense pas de la vigilance

Il serait injuste de conclure que le notariat a failli. La profession est l'une des plus contrôlées de France : inspections comptables régulières, ségrégation des fonds, responsabilité personnelle illimitée du notaire sur ses actes. Ces garde-fous ont fonctionné pendant des décennies contre les risques qu'ils étaient conçus pour couvrir.

Le problème est que la menace a changé de nature. Elle ne vient plus de l'intérieur de la profession mais de l'extérieur, par des canaux numériques que la réglementation de 1945 n'avait évidemment pas anticipés. La confiance institutionnelle que nous accordons au notaire — et qui est méritée — est devenue précisément ce que les fraudeurs exploitent. Ils n'ont pas besoin de se faire passer pour quelqu'un de crédible : le notaire l'est déjà.

Tout changement de coordonnées bancaires communiqué par courriel doit être considéré comme suspect jusqu'à confirmation orale sur un numéro indépendant du message reçu.

C'est une règle simple. Elle demande trente secondes. Elle aurait épargné trente-cinq millions d'euros.

Source : senioractu.com.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

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