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JEUDI 24 SEPTEMBRE 2026N° 142
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Bien-vivre

Pas encore retraité ? Au premier débat de la primaire socialiste, Faure et Glucksmann ont promis d'abroger la réforme qui repousse votre âge de départ

Cinq candidats à la primaire socialiste, un plateau de LCI, et la réforme des retraites comme révélateur d'un clivage qui dépasse la gauche : entre ceux qui promettent l'abrogation et ceux qui tergiversent, le débat a surtout montré l'état d'une famille politique encore en quête de ligne.

JEUDI 24 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier

Une montre à gousset ancienne posée sur une feuille de papier froissée couverte de chiffres manuscrits, éclairée par la lumière rasante d'une fin d'après-midi traversant une fenêtre aux vitres légèrement embuées.
Illustration générée par notre rédaction.

La retraite n'était pas le sujet annoncé. Elle est arrivée par la dette — ce détour comptable qui, depuis 2023, sert d'alibi ou de repoussoir selon les camps. Mercredi soir sur LCI, lors du premier débat de la primaire socialiste, cinq candidats se sont retrouvés face à une question que la gauche n'a pas fini de trancher : que fait-on d'une réforme votée sous contrainte, promulguée sans majorité franche, et rejetée par une large part de l'opinion ?

Deux promesses, un silence

Olivier Faure et Raphaël Glucksmann ont tous deux dit vouloir abroger la réforme de 2023 — celle qui repousse l'âge légal de départ à 64 ans. La formule est nette, elle plaît dans les cortèges. Mais une promesse d'abrogation n'est pas un projet de financement. Ce qui n'a pas été dit sur le plateau est au moins aussi révélateur que ce qui l'a été : aucune annonce précise sur les pensions en cours de versement, aucun chiffrage sérieux de la trajectoire alternative, aucun arbitrage assumé entre âge de départ, durée de cotisation et niveau des pensions.

C'est le paradoxe structurel de ce débat. La réforme Borne a été combattue dans la rue pendant des mois — mobilisation historique, recours au 49-3, Conseil constitutionnel saisi. Pourtant, la question de fond qu'elle prétendait résoudre reste entière : comment financer un système par répartition quand le rapport actifs/retraités se resserre ? Promettre l'abrogation sans répondre à cette question, c'est déplacer le problème, pas le résoudre.

La dette comme terrain miné

C'est précisément parce que la retraite est arrivée par la question de la dette que le débat a pris une tournure révélatrice. La dette publique française dépasse aujourd'hui 110 % du PIB. Dans ce contexte, toute promesse de dépense supplémentaire — ou de recette en moins — doit s'accompagner d'une explication sur l'équilibre global. Or la gauche, depuis des années, peine à articuler une réponse convaincante qui ne soit pas uniquement fiscale.

Glucksmann a évoqué, selon les comptes rendus disponibles, une logique de prélèvement ciblé sur les revenus du travail. Faure s'est tenu à la ligne d'abrogation pure. Les trois autres candidats — dont les positions programmatiques sur ce point restent moins documentées — n'ont pas, semble-t-il, apporté de rupture notable au débat.

Ce qui frappe, c'est l'absence de toute mention des pensions déjà liquidées. Les personnes parties avant 64 ans — celles qui ont anticipé, décalé, négocié leur départ en tenant compte des règles en vigueur — n'ont pas été évoquées. La réforme a pourtant déjà produit des effets concrets : des carrières prolongées, des décisions de vie modifiées, des arbitrages familiaux et professionnels pris en fonction d'un cadre légal qui pourrait changer à nouveau.

Une primaire, un symptôme

La primaire socialiste elle-même mérite qu'on s'y arrête. Le Parti socialiste, qui avait porté les grandes réformes sociales des années Mitterrand et Jospin, traverse depuis 2017 une recomposition douloureuse. L'irruption de Glucksmann — issu d'une trajectoire intellectuelle et européenne plus que militante — dans ce format traditionnel de la gauche de gouvernement dit quelque chose d'une génération politique qui cherche à refonder sans hériter.

La retraite, dans ce cadre, n'est pas qu'un sujet technique. Elle est un marqueur identitaire. Promettre l'abrogation de la réforme Borne, c'est signaler à l'électorat de gauche qu'on n'a pas trahi — qu'on n'est pas de ceux qui, en 2010 sous Sarkozy ou en 2023 sous Macron, ont accepté de repousser l'âge de départ au nom des contraintes budgétaires. C'est une posture autant qu'un programme.

Reste que les Français qui approchent de la retraite — ou qui viennent de la prendre — ont appris à se méfier des promesses faites en campagne sur ce sujet précis. La réforme de 2010, celle de 2014, celle de 2019 abandonnée sous la pression du Covid, celle de 2023 : chaque cycle politique a produit son lot d'annonces, de reculs, de compromis et de déceptions. Le scepticisme n'est pas de la résignation. C'est de l'expérience.

La retraite est arrivée par la question de la dette — ce qui dit beaucoup sur la façon dont ce sujet est encore pensé : comme un coût, rarement comme un droit acquis au terme d'une vie de travail.

Ce premier débat n'a pas tranché. Il a posé les termes d'un affrontement qui se jouera sur plusieurs mois, et dont l'issue dépendra moins des promesses formulées sur un plateau que de la capacité de chaque candidat à construire une cohérence entre ses engagements sociaux et sa crédibilité économique. Pour l'instant, la promesse d'abrogation est là. Le projet qui la sous-tend reste à écrire.

Source : SeniorActu.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com ↗

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