Prix du gaz : derrière la hausse de 6,6 % attendue au 1er novembre, Hello Watt chiffre à 8,3 % celle du kilowattheure de votre chauffage
Troisième hausse consécutive du gaz en deux mois : le chiffre annoncé, 6,6 %, masque une réalité plus sèche pour quiconque se chauffe au gaz. Ce que l'on paie sur sa facture, c'est le kilowattheure de chaleur — et là, la progression frôle 8,3 %.
DIMANCHE 11 OCTOBRE 2026·Par Fabrice Crozier
Trois hausses en trois mois. Depuis septembre, le prix du gaz grimpe à chaque relevé, et celle attendue au 1er novembre — autour de 6,6 % en moyenne — s'inscrit dans une séquence qui commence à ressembler à une tendance. Le chiffre, répété à l'identique depuis la rentrée, finit presque par rassurer. C'est précisément là qu'il faut s'arrêter.
Ce que le pourcentage ne dit pas
La hausse de 6,6 % porte sur le prix du gaz en tant que matière première facturée. Mais un logement ne consomme pas du gaz : il consomme de la chaleur. Entre les deux, il y a un rendement, des pertes, une chaudière plus ou moins efficiente. Le cabinet Hello Watt, spécialisé dans l'analyse des marchés de l'énergie, a recalculé la progression en kilowattheures thermiques réellement utilisés pour chauffer. Résultat : la hausse effective sur ce poste atteint 8,3 %. L'écart entre les deux chiffres n'est pas un détail de comptable — il représente, sur une saison de chauffe, plusieurs dizaines d'euros supplémentaires pour un appartement de taille moyenne.
Ce glissement entre prix affiché et coût réel est structurel. Le tarif réglementé de vente du gaz a été supprimé en France en juillet 2023, après une extinction progressive. Depuis, les fournisseurs historiques et alternatifs fixent leurs prix selon leurs propres grilles, indexées sur les marchés de gros européens. Le prix de référence publié chaque mois par les comparateurs et relayé par la presse est une moyenne pondérée — utile pour suivre une tendance, insuffisante pour anticiper sa propre facture.
Pourquoi le marché repart à la hausse
Le gaz naturel en Europe se négocie principalement sur le TTF néerlandais, devenu la référence continentale depuis la recomposition des flux d'approvisionnement qui a suivi 2022. Après une détente notable en 2023 et au début de 2024 — les stocks européens avaient été reconstitués à des niveaux élevés —, les prix de gros ont repris de la hauteur à l'automne. Plusieurs facteurs jouent simultanément : la demande asiatique en gaz naturel liquéfié reste soutenue, les capacités d'importation européennes sont sollicitées, et les premières tensions climatiques de l'automne ont avancé le démarrage de la saison de chauffe dans plusieurs pays.
À cela s'ajoute un effet de calendrier propre aux contrats résidentiels français. Les fournisseurs répercutent les variations de marché avec un décalage d'un à deux mois. La hausse de novembre reflète donc en partie des achats effectués en septembre, période où les cours avaient déjà amorcé leur remontée.
Lire sa facture autrement
Face à cette mécanique, deux réflexes sont utiles. Le premier : distinguer l'abonnement de la consommation. L'abonnement — la part fixe — n'évolue pas au rythme des cours. C'est la part variable, indexée sur le kilowattheure, qui absorbe les chocs. Pour un foyer qui consomme entre 10 000 et 15 000 kWh par an — ce qui correspond à un appartement de taille moyenne chauffé au gaz en zone tempérée —, une hausse de 8,3 % sur la part variable représente une charge annuelle supplémentaire de l'ordre de 80 à 130 euros, selon le contrat souscrit.
Le second réflexe : vérifier la date d'indexation de son contrat. Certains contrats à prix fixe, souscrits il y a un ou deux ans dans un contexte de marché différent, arrivent à échéance cet automne. Leur renouvellement se fait aux conditions actuelles, sensiblement plus élevées. Ce n'est pas une arnaque — c'est le fonctionnement normal d'un marché libéralisé — mais c'est un moment qui mérite attention.
Quant aux offres à prix variable, elles suivent les marchés à la hausse comme à la baisse. Elles peuvent être avantageuses sur un cycle long, mais elles exposent à des à-coups difficiles à anticiper sur un budget mensuel.
La chaudière, premier levier
Le prix du kilowattheure est une donnée subie. Le nombre de kilowattheures consommés, lui, reste en partie maîtrisable. Une chaudière à condensation bien réglée, un thermostat programmable, une température de nuit abaissée de deux degrés : ces ajustements ne demandent aucun investissement lourd et peuvent réduire la consommation de 10 à 15 % selon les configurations. À 8,3 % de hausse, c'est l'ordre de grandeur qui permet de neutraliser l'effet prix sur la saison.
La question du remplacement de chaudière, elle, s'inscrit dans un horizon plus long. Les aides à la rénovation énergétique — MaPrimeRénov' et ses déclinaisons — ont connu plusieurs ajustements ces dernières années, et leurs conditions d'éligibilité méritent d'être vérifiées directement auprès de l'Agence nationale de l'habitat ou d'un conseiller France Rénov', plutôt que de s'en remettre à des informations qui peuvent avoir vieilli de quelques mois.
Ce qui est certain : une saison de chauffe qui commence par trois hausses consécutives invite à regarder sa consommation de près, avant que la facture de janvier ne le fasse à sa place.
Source : Senioractu.com.
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