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Quels sont les bienfaits du tricot pour les seniors ?
Le tricot n'est pas une nostalgie. C'est une pratique exigeante, précise, et dont les effets sur le cerveau et le corps commencent à être sérieusement documentés.
JEUDI 17 SEPTEMBRE 2026·Par Retraite Plus
Il y a dans le tricot quelque chose qui résiste au temps — pas seulement les pulls irlandais transmis de génération en génération, mais l'acte lui-même : deux aiguilles, un fil, une suite de gestes répétés qui exige pourtant une attention constante. Ce que la recherche en neurosciences et en psychologie commence à confirmer, les tricoteuses et tricoteurs le savent depuis longtemps d'instinct : tricoter fait du bien, et pas seulement aux mains.
Un exercice cognitif déguisé en loisir
Lire un patron de tricot, c'est décoder un langage symbolique, anticiper plusieurs rangs à l'avance, corriger une erreur sans défaire l'ensemble. Ces opérations mobilisent la mémoire de travail, la concentration soutenue et la coordination bimanuelle — autant de fonctions que les neurologues recommandent d'entretenir activement avec l'âge.
Des travaux menés notamment par la chercheuse britannique Betsan Corkhill, fondatrice du réseau Stitchlinks, ont établi un lien entre la pratique régulière du tricot et une réduction mesurable de l'anxiété, de la dépression et de la douleur chronique. Son enquête auprès de plusieurs milliers de tricoteurs dans le monde, publiée au début des années 2010, montrait que plus de la moitié des répondants décrivaient le tricot comme "très relaxant" ou "calmant" — et que cet effet était d'autant plus marqué chez les personnes souffrant de douleurs persistantes.
L'explication tient en partie à la neurochimie : les gestes répétitifs et rythmiques activent le système nerveux parasympathique, celui qui freine la réponse au stress. Certains chercheurs évoquent un mécanisme proche de celui de la méditation de pleine conscience — l'attention portée au fil, à la tension, au point suivant, laisse peu de place aux ruminations.
La mémoire du corps
Ce qui frappe les soignants qui introduisent le tricot dans des ateliers en établissements de soins, c'est la persistance de la mémoire procédurale. Des personnes dont la mémoire épisodique s'est considérablement effritée retrouvent leurs gestes avec une fluidité surprenante. Le corps se souvient de ce que l'esprit ne peut plus formuler. C'est une des raisons pour lesquelles le tricot figure parmi les activités proposées dans les unités spécialisées pour les troubles cognitifs : non pas comme thérapie miracle, mais comme espace de compétence préservée, où la personne peut encore faire quelque chose — et le voir.
Cette dimension n'est pas anodine. Produire un objet tangible, tenir entre ses mains un carré de laine qu'on a fabriqué soi-même, c'est une expérience d'efficacité personnelle. En psychologie, on parle de self-efficacy — le sentiment d'être capable d'agir sur son environnement. Ce sentiment, souvent fragilisé par les pertes liées à l'avancée en âge, peut être partiellement restauré par des activités créatives à résultat visible.
Un fil social
Le tricot se pratique seul, mais rarement en silence. Les cercles de tricot — knitting circles dans le monde anglophone, groupes d'ouvrage dans la tradition française — ont toujours été des espaces de conversation autant que de production. On y parle de tout et de rien, on compare les points, on s'entraide sur un patron difficile. Ce tissu social discret est précieux.
Dans les établissements qui organisent des ateliers collectifs, les soignants observent régulièrement que des résidents peu enclins à participer aux activités de groupe s'y retrouvent plus facilement : l'objet commun — le tricot — donne une contenance, une raison d'être là qui ne passe pas par la parole directe. Pour les personnes dont la sociabilité s'est rétractée, c'est parfois une porte d'entrée plus douce que les animations frontales.
Certains groupes vont plus loin en donnant une destination aux ouvrages produits : couvertures pour des maternités, bonnets pour des prématurés, carrés assemblés en plaids pour des associations. L'objet fabriqué quitte les mains de son auteur et rejoint le monde. Ce geste d'utilité — tricoter pour quelqu'un — ajoute une dimension de sens que les psychologues rattachent volontiers au concept de purpose, ce sentiment d'avoir une raison d'agir qui dépasse soi.
Ce qu'il faut pour commencer — ou reprendre
Le tricot n'exige pas d'investissement matériel important. Deux aiguilles de taille moyenne (entre 4 et 6 mm), une pelote de laine épaisse et un patron simple suffisent pour débuter ou se remettre en selle. Les grosses laines sont plus faciles à manier pour les mains qui manquent de souplesse ; les aiguilles en bambou glissent moins que celles en métal. Les bibliothèques municipales, les associations de quartier et les plateformes en ligne proposent des patrons gratuits pour débutants.
Pour ceux qui ont tricoté dans leur jeunesse, la reprise est souvent rapide : la mémoire procédurale fait son travail. Pour ceux qui n'ont jamais appris, quelques séances suffisent généralement à maîtriser les deux points de base — l'endroit et l'envers — qui permettent déjà de réaliser des objets utiles.
Ce n'est pas un remède. C'est une pratique — ancienne, accessible, et plus riche qu'elle n'y paraît.
Source : retraiteplus.fr.
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