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MERCREDI 23 SEPTEMBRE 2026141
Senior·Closer
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Bien-vivre·Article 3 sur 4

Relevé à 1,7 %, le taux du Livret A a ramené 460 millions d'euros en août : l'Insee mesure pourtant des prix qui montent plus vite que votre livret

Les Français ont retrouvé le chemin du Livret A dès que son taux a été relevé à 1,7 %. Mais l'inflation mesurée par l'Insee continue de rogner ce que le livret prétend protéger.

MERCREDI 23 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier

Une liasse de billets glissée entre les pages d'un carnet de comptes posé sur une table de cuisine en formica, éclairée par la lumière oblique d'une fenêtre matinale.
Illustration générée par notre rédaction.

Quatre cent soixante millions d'euros de collecte nette en un seul mois : le Livret A redevient attractif aux yeux des épargnants français, du moins en apparence. Depuis que son taux a été relevé à 1,7 % au 1er août, les dépôts l'emportent à nouveau sur les retraits. Juillet avait déjà amorcé le retournement. Mais un taux qui remonte ne signifie pas un pouvoir d'achat préservé — et c'est là que les chiffres de l'Insee viennent tempérer l'enthousiasme.

Six mois dans le rouge, puis le retournement

Entre février et juillet, les Français retiraient davantage qu'ils ne déposaient. Phénomène inhabituel pour un placement aussi ancré dans les habitudes nationales. L'explication tient en partie à l'inflation : quand les prix grimpent et que le taux du livret stagne, l'arbitrage se fait naturellement vers la consommation ou vers d'autres placements. Le Livret A avait perdu de sa superbe relative.

Le relèvement à 1,7 % a suffi à inverser la tendance. C'est peu — moins d'un demi-point — mais la psychologie de l'épargne fonctionne souvent par signaux plutôt que par calcul rigoureux. Un taux qui monte, même modestement, rassure. Il donne le sentiment que l'État reconnaît l'érosion et consent un effort. Les 460 millions d'août en sont la traduction directe.

Ce que le taux ne dit pas

Le problème est arithmétique. L'inflation mesurée par l'Insee sur les douze derniers mois dépasse encore le taux servi par le Livret A. Autrement dit, cent euros placés aujourd'hui achèteront demain un peu moins qu'aujourd'hui. Le livret ne perd pas d'argent en valeur nominale — le solde affiché augmente — mais il en perd en valeur réelle. C'est la distinction que l'on oublie facilement quand on regarde son relevé.

Ce décalage n'est pas nouveau. Il est structurel dans les périodes de forte inflation. Ce qui change, c'est son ampleur : depuis 2022, l'écart entre inflation et rémunération du livret a atteint des niveaux inédits depuis les années 1980. Le relèvement progressif du taux — il était encore à 0,5 % début 2022 — a réduit la saignée, sans l'effacer.

La formule de calcul, un mécanisme à connaître

Le taux du Livret A n'est pas fixé arbitrairement. Il suit une formule définie par la Banque de France, qui prend en compte l'inflation hors tabac sur les six derniers mois et les taux interbancaires à court terme. Le gouverneur propose, le ministre de l'Économie tranche — en théorie. En pratique, des considérations politiques peuvent conduire à s'écarter de la formule pure, comme cela s'est produit à plusieurs reprises ces dernières années.

La prochaine révision est prévue pour le 1er février. Les données d'inflation des mois de juillet à décembre entreront dans le calcul. Si l'inflation continue de refluer — ce que les projections actuelles suggèrent —, le taux pourrait être abaissé plutôt que maintenu. Les épargnants qui ont rejoint le livret en août pour profiter du 1,7 % pourraient donc voir leur rémunération diminuer dans quelques mois.

Livret A ou autre chose ?

La question mérite d'être posée sans tabou. Le Livret A présente des avantages réels : disponibilité immédiate des fonds, exonération d'impôt sur les intérêts et de prélèvements sociaux, garantie de l'État. Pour une épargne de précaution — trois à six mois de dépenses courantes, selon la règle empirique couramment admise —, il reste difficile à battre en termes de simplicité et de sécurité.

Au-delà de ce matelas de sécurité, d'autres enveloppes méritent attention. Le Livret d'épargne populaire, réservé aux foyers sous un certain plafond de revenus, offre un taux supérieur. L'assurance-vie en fonds euros a retrouvé des couleurs avec la remontée des taux obligataires, même si les rendements restent variables selon les contrats et les assureurs. Les obligations d'État à court terme, accessibles via certains contrats ou comptes-titres, offrent désormais des rendements comparables au Livret A sans plafond de dépôt — mais avec une fiscalité différente.

Aucune de ces alternatives n'est universellement meilleure. Tout dépend de l'horizon, de la fiscalité personnelle, du besoin de liquidité. Ce que les 460 millions d'août révèlent surtout, c'est que beaucoup d'épargnants font confiance à la simplicité — et que cette confiance a un coût silencieux, mesuré en pouvoir d'achat qui s'effrite lentement.

Le Livret A ne perd pas d'argent. Il en perd la valeur.

Le prochain rendez-vous est fixé : février, et la formule de calcul fera son office. D'ici là, les données d'inflation des prochains mois dessineront la trajectoire. Surveiller l'indice des prix n'est pas une obsession de technicien — c'est simplement savoir ce que vaut vraiment ce que l'on garde de côté.

Source : senioractu.com.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

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