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MARDI 29 SEPTEMBRE 2026N° 142
Senior·Closer
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Bien-vivre·Article 1 sur 4

Semaine bleue 2026 : pour les 75 ans, Roselyne Bachelot refuse que les retraités soient « mis au rancart », des milliers d'actions les attendent

Née d'une quête de rue pour « vieillards » démunis, la Semaine bleue fête ses soixante-quinze ans en octobre avec des milliers d'actions partout en France — et une marraine, Roselyne Bachelot, qui n'entend pas laisser le mot "retraité" devenir synonyme de mise à l'écart.

MARDI 29 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier

Une chaise en bois clair, légèrement tournée, face à une fenêtre ouverte sur une rue animée, un carnet posé sur l'accoudoir, lumière d'octobre rasante et dorée.
Illustration générée par notre rédaction.

En 1951, une quête nationale passait dans les rues de France pour secourir les « vieillards » les plus démunis. Le mot choque aujourd'hui. À l'époque, il désignait simplement une réalité sociale brutale : des hommes et des femmes âgés, souvent seuls, souvent pauvres, que la société regardait à peine. Soixante-quinze ans plus tard, la Semaine bleue ouvre ses portes le 5 octobre 2026. L'adversaire a changé de visage. Il ne s'appelle plus misère matérielle — du moins pas seulement. Il s'appelle relégation.

Une histoire qui commence dans la rue

La Semaine bleue est née d'un geste modeste et d'une conviction simple : les personnes qui ont travaillé toute leur vie méritent mieux que l'indifférence. Ce qui a démarré comme une collecte caritative s'est progressivement transformé en événement national de lien social, porté par des associations, des communes, des établissements culturels, des entreprises et des bénévoles par milliers.

Chaque année, en octobre, des dizaines de milliers d'actions sont organisées sur l'ensemble du territoire : ateliers, concerts, débats, repas partagés, rencontres intergénérationnelles, visites, sorties. Le chiffre exact varie selon les années et les ressources des organisateurs locaux, mais l'amplitude est réelle — et l'intention constante : rompre l'isolement, rappeler que la vie ne se rétracte pas après soixante ans.

En 2026, pour ce soixante-quinzième anniversaire, l'événement prend une dimension particulière. Roselyne Bachelot en est la marraine. L'ancienne ministre de la Culture, de la Santé, des Sports — femme de caractère et d'opinions tranchées, connue pour ne pas mâcher ses mots — a accepté ce rôle avec une formule directe : elle refuse que les retraités soient « mis au rancart ».

Ce que « rancart » veut dire

Le mot est juste. La mise au rancart n'est pas toujours spectaculaire. Elle ne ressemble pas à une exclusion déclarée. Elle ressemble plutôt à une conversation qu'on ne lance pas, à une réunion de famille où l'on simplifie le sujet pour « ne pas fatiguer », à une publicité qui n'existe que pour les moins de cinquante ans, à un formulaire numérique conçu sans penser à ceux qui n'ont pas grandi avec un écran dans la poche.

L'isolement social des personnes âgées est documenté depuis des décennies. En France, plusieurs centaines de milliers de personnes de plus de soixante-cinq ans déclarent ne voir ou ne parler à personne en dehors d'une semaine ordinaire. La canicule de 2003 a rendu visible, de façon tragique, ce que les statistiques décrivaient sans émouvoir. Depuis, des dispositifs existent — appels téléphoniques réguliers, visites à domicile, programmes municipaux — mais l'isolement reste une réalité tenace, difficile à circonscrire précisément parce qu'il est souvent invisible.

Ce n'est pas une question de revenus. Des gens très à l'aise matériellement peuvent traverser des semaines entières sans échange substantiel. Ce n'est pas non plus une question de santé : la solitude précède souvent le déclin, elle ne l'accompagne pas seulement. Des travaux en épidémiologie sociale ont établi que l'isolement chronique a des effets comparables, en termes de mortalité, à des facteurs de risque bien plus médiatisés.

Ce que la Semaine bleue fait — et ne fait pas

Une semaine d'événements ne résout rien structurellement. Ce serait lui demander trop. Mais elle fait quelque chose que les politiques publiques font rarement : elle crée du visible. Elle dit, dans l'espace public, que des gens existent, qu'ils ont des goûts, des opinions, de l'humour, des projets. Elle oblige les institutions à se rappeler qu'elles ont des publics de tous âges.

Elle crée aussi des occasions. Une rencontre lors d'un atelier de la Semaine bleue peut déboucher sur une amitié durable, une activité régulière, un tissu de relations qui tient le reste de l'année. L'événement est un catalyseur, pas une solution. C'est déjà beaucoup.

« Je refuse que les retraités soient mis au rancart. » — Roselyne Bachelot, marraine de la Semaine bleue 2026.

La formule de Bachelot a le mérite de nommer l'enjeu sans détour. Ce n'est pas de bienveillance qu'il s'agit — ce mot condescendant qui suppose une asymétrie entre celui qui donne et celui qui reçoit. C'est de reconnaissance. Reconnaître que des décennies d'expérience, de mémoire, de jugement forgé dans l'épreuve constituent une ressource, pas un fardeau. Reconnaître que la curiosité ne s'éteint pas avec la carte de transport.

Soixante-quinze ans, et après ?

L'anniversaire invite à regarder le chemin parcouru — et ce qui reste à faire. En 1951, le problème était la pauvreté matérielle des vieux. En 2026, la pauvreté existe encore, notamment parmi les femmes retraitées dont les carrières hachées se traduisent en petites pensions. Mais la question centrale a glissé : elle est désormais celle de la place, du regard, de la parole accordée.

Une société qui relègue ses aînés appauvrit sa propre mémoire. Elle perd le fil de ce qu'elle a traversé, les repères que seule l'expérience longue permet de tenir. Ce n'est pas un argument sentimental. C'est une observation sur ce que coûte, collectivement, de traiter une partie de la population comme un problème à gérer plutôt que comme des interlocuteurs à part entière.

La Semaine bleue, du 5 au 11 octobre 2026, se déroule partout en France. Les actions locales sont consultables auprès des mairies, des centres sociaux et des associations partenaires de l'événement.

Source : senioractu.com.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com ↗

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