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DIMANCHE 18 OCTOBRE 2026N° 145
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Bien-vivre·Article 3 sur 4

SIAL 2026 : le grand prix Or de l'innovation agroalimentaire va à la friture dans l'eau de Zeen Tech, et d'autres lauréats sont déjà dans votre supermarché

Le SIAL, salon mondial de l'alimentation réservé aux professionnels, vient de décerner son Grand Prix Or à une technique de friture sans huile mise au point par Zeen Tech. Derrière les portes closes de Villepinte, certains lauréats sont déjà dans vos placards.

DIMANCHE 18 OCTOBRE 2026·Par Fabrice Crozier

Une friteuse industrielle en inox brossé, vue en plongée légère, laisse échapper un filet de vapeur blanche dans la lumière oblique d'un hangar d'exposition, posée sur un sol en béton ciré aux reflets ambrés.
Illustration générée par notre rédaction.

Chaque automne, Villepinte devient pendant quelques jours la capitale mondiale de l'alimentation industrielle. Le SIAL — Salon International de l'Alimentation — réunit acheteurs, distributeurs, chefs de produit et technologues venus de cent vingt pays. Le public n'y entre pas. Pourtant, ce qui se décide dans ces allées finit tôt ou tard dans les rayons, sur les étiquettes, dans les assiettes. L'édition 2026, ouverte le samedi 17 octobre au parc des expositions de Paris Nord Villepinte, n'échappe pas à la règle — et son Grand Prix Or mérite qu'on s'y arrête.

Frire sans huile : l'idée de Zeen Tech

Le jury du SIAL Innovation a distingué cette année une technologie de friture dans l'eau, développée par la société française Zeen Tech. L'idée peut sembler paradoxale : la friture est, par définition, une cuisson dans un corps gras porté à haute température. Ce que propose Zeen Tech, c'est un procédé qui reproduit les effets de la friture — croûte, texture, réaction de Maillard — en utilisant l'eau sous pression ou en conditions contrôlées, sans bain d'huile.

La réaction de Maillard, rappelons-le, est ce processus chimique qui dore et parfume les aliments entre 140 et 165 degrés. C'est elle qui donne à une frite sa couleur ambrée, à un pain son croûton, à une viande saisie son arôme. Parvenir à la déclencher sans huile représente un défi technique réel, et les industriels cherchent depuis des années à s'en approcher — pour des raisons à la fois économiques, nutritionnelles et environnementales. La friture traditionnelle consomme des volumes considérables d'huile végétale, génère des composés indésirables lors de la dégradation des graisses à haute température, et pèse lourd dans le bilan calorique des produits finis.

Zeen Tech n'est pas le premier à explorer ce territoire. Des procédés de friture à la vapeur surchauffée existent depuis les années 2000, notamment au Japon. Mais la reconnaissance par le jury du SIAL — jury composé de professionnels et d'experts indépendants — signale que la solution présentée atteint un niveau de maturité industrielle suffisant pour envisager un déploiement à grande échelle.

Ce que le SIAL révèle chaque année

Créé en 1964, le SIAL se tient tous les deux ans à Paris, en alternance avec d'autres éditions internationales — Montréal, Shanghai, Abu Dhabi. L'édition parisienne reste la référence. On y présente, selon les années, entre sept mille et onze mille produits nouveaux. Le concours SIAL Innovation, lancé en parallèle, distingue les produits et technologies jugés les plus significatifs par un jury de spécialistes.

Ce qui rend l'exercice intéressant, c'est son décalage temporel avec le grand public. Les produits primés au SIAL mettent parfois deux ou trois ans avant d'atteindre les linéaires. D'autres, en revanche, sont déjà commercialisés au moment où le jury les récompense — ce qui était le cas pour plusieurs lauréats de cette édition 2026, visibles dans les supermarchés français avant même l'ouverture du salon.

Ce phénomène dit quelque chose d'intéressant sur la nature du salon : le SIAL ne primé pas uniquement des prototypes de laboratoire. Il valide aussi des innovations déjà en circulation, leur donnant une visibilité professionnelle supplémentaire et, indirectement, un signal de crédibilité pour les acheteurs qui n'auraient pas encore référencé ces produits.

Lire les étiquettes autrement

Pour le consommateur attentif, ces palmarès ont une utilité concrète. Ils permettent d'identifier des tendances avant qu'elles ne deviennent omniprésentes — et donc de comprendre pourquoi certains produits changent de formulation, pourquoi une huile de friture disparaît d'une recette, pourquoi un fabricant met soudain en avant une mention de cuisson inédite.

La friture dans l'eau, si elle se déploie industriellement, pourrait modifier la composition nutritionnelle de toute une catégorie de produits : nuggets, beignets, snacks soufflés, pommes de terre préparées. Moins de matières grasses totales, potentiellement moins d'acrylamide — ce composé qui se forme lors de la cuisson à haute température des aliments riches en amidon et dont les autorités sanitaires européennes surveillent les niveaux depuis plusieurs années. Ce n'est pas rien.

Reste à voir ce que donnent ces produits dans l'assiette. Les concours professionnels évaluent la technique, l'originalité, le potentiel de marché. Ils n'évaluent pas le goût au sens où l'entend quelqu'un qui mange. Et sur ce point, la frite reste un terrain d'exigence particulièrement sévère.

Le SIAL ne primé pas des rêves de laboratoire. Il valide des directions que l'industrie a déjà choisies.

Ce que Villepinte expose chaque édition, c'est moins l'avenir de l'alimentation que son présent industriel en train de se consolider. Observer ce palmarès, c'est lire entre les lignes ce que les grandes enseignes et les groupes agroalimentaires ont décidé de mettre en avant dans les mois qui viennent. Une lecture utile, à condition de ne pas confondre innovation technique et progrès culinaire.

Source : Senioractu.com.

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