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Thé vert ou matcha : selon Que Choisir, l'aluminium reste dans les feuilles de votre infusion, mais votre tasse de matcha vous le fait avaler en entier
Le matcha a beau être tendance, il n'est pas simplement du thé vert en plus vertueux. Une analyse de Que Choisir sur sept poudres vendues en France rappelle que boire la feuille entière, c'est aussi avaler ce qu'une infusion ordinaire retient.
DIMANCHE 27 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier
Le matcha a conquis les comptoirs des épiceries fines et les rituels matinaux de beaucoup d'amateurs de thé. Sa poudre vert vif, son origine japonaise, ses antioxydants supposément supérieurs — tout concourt à en faire le thé vert de ceux qui veulent faire mieux que le thé vert. Sauf qu'une analyse publiée par l'association Que Choisir vient rappeler une réalité chimique que l'engouement avait un peu occultée : quand on boit du matcha, on avale la feuille entière. Avec tout ce qu'elle contient.
Ce que l'infusion retient, la poudre vous le rend
Le thé — vert, noir, blanc — est naturellement riche en aluminium. Ce métal est présent dans les sols, absorbé par les racines du théier (Camellia sinensis), et s'accumule dans les feuilles au fil des années de culture. Ce n'est pas une contamination industrielle : c'est la biologie de la plante.
Quand on prépare un thé infusé classique, une partie de l'aluminium migre dans l'eau chaude, mais une fraction significative reste piégée dans les feuilles que l'on jette. Le filtre, la passoire, le sachet — tous jouent un rôle de barrière involontaire. Avec le matcha, cette barrière n'existe pas. La feuille est broyée en poudre fine, puis intégralement dissoute dans l'eau. Ce que vous buvez, c'est la feuille.
Que Choisir a fait analyser sept poudres de matcha commercialisées en France. Résultat : toutes contiennent des traces d'aluminium détectables. Ce n'est pas une surprise pour les toxicologues, mais c'est un rappel utile pour les consommateurs qui assimilent le matcha à un thé vert simplement "plus concentré en bénéfices".
L'aluminium, un métal dont on surveille l'accumulation
L'aluminium n'est pas un poison à effet immédiat. C'est un métal ubiquitaire — présent dans l'eau du robinet, certains additifs alimentaires, les ustensiles de cuisine, les antiacides. Le problème est celui de l'accumulation chronique. L'organisme l'élimine mal, et des études épidémiologiques ont établi des associations — sans causalité formellement prouvée — entre une exposition prolongée et certaines pathologies neurologiques.
L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a établi une dose hebdomadaire tolérable. Pour la plupart des adultes, la consommation alimentaire courante reste en dessous de ce seuil. Mais le calcul change si l'on multiplie les sources : eau, cuisine, médicaments, et désormais une tasse quotidienne de matcha dont on avale la totalité des feuilles réduites en poudre.
Ce n'est pas une raison de paniquer, ni d'abandonner le matcha sur-le-champ. C'est une raison de ne pas en faire une boisson de santé par définition, et de ne pas en consommer plusieurs tasses par jour sous prétexte que "plus c'est vert, mieux c'est".
Le matcha reste ce qu'il est : un thé, pas un supplément
Le matcha a une histoire longue et sérieuse. Il est au cœur de la cérémonie du thé japonaise depuis le XIIe siècle, introduit par les moines bouddhistes zen qui appréciaient précisément sa capacité à maintenir l'éveil sans agitation. La qualité des poudres varie considérablement : un matcha de cérémonie, issu de feuilles ombragées et récoltées à la main, n'a pas grand-chose à voir avec une poudre bas de gamme vendue en grande surface.
Ce que l'analyse de Que Choisir pointe n'invalide pas le produit. Elle recadre simplement la façon dont on le consomme. Une tasse de matcha de temps en temps, préparée avec soin, reste un plaisir sans risque particulier. Ce qui mérite d'être questionné, c'est la logique de substitution — remplacer le café du matin par du matcha, puis en ajouter une deuxième tasse l'après-midi, convaincu d'accumuler des bienfaits. L'aluminium, lui, s'accumule aussi.
Le geste qui fait la réputation du matcha — fouetter la poudre directement dans l'eau — est aussi celui qui supprime le seul filtre que le thé classique interpose entre la feuille et vous.
Une précaution pratique s'impose d'elle-même : si vous consommez du matcha régulièrement, veillez à ne pas cumuler d'autres sources importantes d'aluminium le même jour — certains antiacides en contiennent des quantités bien supérieures à ce que votre tasse vous apporte. Et si vous prenez des médicaments à base d'aluminium, la question mérite d'être posée à votre médecin.
Quant au thé vert infusé, il conserve ses atouts sans ce biais de concentration. Les catéchines, la théanine, les polyphénols — tout ce que la recherche associe aux effets positifs du thé — passent très bien dans l'infusion. Ce que la feuille garde pour elle, c'est surtout ce dont on se passerait volontiers.
Source : Senioractu.com, d'après une analyse de Que Choisir.
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