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Un mois payé au Smic suffit pour valider un trimestre : le RN de Jordan Bardella veut durcir cette règle si vous n'avez pas travaillé toute l'année
La règle qui permet de valider un trimestre de retraite avec un seul mois de salaire au Smic est discrète, technique — et potentiellement dans le viseur d'une réforme portée par le Rassemblement national.
VENDREDI 6 NOVEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier

La plupart des actifs ne la lisent vraiment qu'une fois à la retraite, cette ligne sur leur relevé de carrière. Pourtant, la règle de validation des trimestres est l'une des plus structurantes du système français : elle détermine à quel âge on part, et à quel taux. Jordan Bardella, dans un livre paru cette semaine, propose d'en resserrer les conditions. Une proposition qui cible en priorité ceux qui n'ont pas travaillé toute l'année.
Ce que dit la règle aujourd'hui
En France, la retraite du régime général se calcule en trimestres. Pour valider un trimestre, il n'est pas nécessaire d'avoir travaillé trois mois complets : il suffit d'avoir perçu une rémunération équivalente à 150 fois le Smic horaire sur la période concernée. En pratique, avec un Smic à environ 11,88 euros brut de l'heure en 2025, le seuil se situe autour de 1 780 euros bruts par trimestre.
Conséquence directe : un salarié payé au Smic à temps plein valide ses quatre trimestres annuels en à peine quatre mois de travail effectif. Les huit mois restants ne lui apportent aucun trimestre supplémentaire — le plafond étant fixé à quatre par année civile. Ce mécanisme, conçu à l'origine pour protéger les travailleurs à temps partiel, les saisonniers et les personnes aux carrières hachées, produit des effets que certains jugent aujourd'hui trop généreux.
Il faut rappeler ce que ce système ne fait pas : il ne gonfle pas le montant de la pension. Valider un trimestre ne signifie pas cotiser davantage. La règle joue uniquement sur la durée d'assurance, c'est-à-dire le nombre de trimestres pris en compte pour atteindre le taux plein ou l'âge de départ sans décote. Le niveau de la retraite, lui, dépend du salaire annuel moyen calculé sur les vingt-cinq meilleures années.
Ce que Bardella propose de changer
Le président du Rassemblement national n'a pas encore publié un texte législatif détaillé. Ce qu'il avance dans son livre, c'est un durcissement du seuil de validation : les trimestres ne pourraient plus être acquis aussi facilement par ceux qui n'ont travaillé qu'une fraction de l'année. La logique affichée est celle d'une contributivité renforcée — autrement dit, un lien plus direct entre le temps effectivement travaillé et les droits accumulés.
La cible implicite est large. Elle englobe les travailleurs saisonniers, les personnes en emploi très partiel, mais aussi ceux qui cumulent plusieurs petits contrats sur l'année sans atteindre un volume horaire significatif. Ce sont souvent des femmes, des jeunes en début de carrière, des travailleurs des secteurs de l'hôtellerie, de l'agriculture ou du spectacle.
Durcir la validation d'un trimestre, c'est toucher en priorité ceux dont la carrière ressemble le moins à un CDI à temps plein.
Le RN n'est pas le premier à soulever ce débat. Des économistes spécialisés en protection sociale ont régulièrement pointé la déconnexion entre validation de trimestres et cotisations réelles. Mais les propositions de réforme se sont jusqu'ici heurtées à la complexité des effets redistributifs : les bénéficiaires actuels de cette souplesse sont précisément ceux dont les pensions sont les plus faibles.
Ce que cela changerait pour les carrières incomplètes
Pour comprendre l'enjeu concret, il faut partir d'un exemple simple. Une personne qui travaille six mois dans l'année au Smic valide aujourd'hui ses quatre trimestres sans difficulté. Si le seuil était relevé — à 200 heures par trimestre, ou à une durée minimale de travail effectif — elle pourrait n'en valider que deux ou trois. Sur une carrière de trente ans avec des interruptions régulières, l'écart peut représenter plusieurs années de trimestres manquants, donc un départ retardé ou une pension amputée d'une décote.
Les femmes seraient statistiquement les plus exposées. Elles représentent la majorité des travailleurs à temps partiel en France, et leurs carrières comportent plus souvent des années incomplètes liées aux congés parentaux, aux aidances familiales ou aux emplois à faible volume horaire. Une réforme du seuil de validation, sans mesure compensatoire, creuserait mécaniquement l'écart de pension entre hommes et femmes — déjà de l'ordre de 40 % en France selon les données de la Drees.
La proposition de Bardella s'inscrit dans un débat plus large sur la réforme des retraites, toujours brûlant depuis la loi de 2023 qui a repoussé l'âge légal à 64 ans. Le RN avait alors voté contre ce texte et promis son abrogation. Proposer simultanément un durcissement des conditions de validation crée une tension interne à son propre discours : on ne peut pas défendre à la fois un retour à 60 ans et des règles d'acquisition de trimestres plus strictes sans que les deux objectifs entrent en collision pour les carrières les plus fragiles.
Le débat ne fait que commencer. Le livre de Bardella est un ballon d'essai politique autant qu'un programme. Mais la règle des 150 heures, longtemps ignorée du grand public, vient d'entrer dans l'arène.
Source : senioractu.com.
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