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Finances·Article 1 sur 4

Budget 2027 : le gouvernement veut limiter à 3 000 euros l'abattement fiscal des retraités, votre couple y perdrait au-delà de 2 500 euros de pensions par mois

Sur l'avis d'impôt de millions de foyers, une déduction discrète amortit la fiscalité des pensions depuis un demi-siècle. Le budget 2027 pourrait la rogner sévèrement — et toucher des ménages que personne ne qualifierait d'aisés.

SAMEDI 19 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier

Un avis d'imposition posé sur une table en bois usée, stylo bic bleu abandonné à côté, lumière de fin d'après-midi rasant le papier et révélant les chiffres imprimés en creux.
Illustration générée par notre rédaction.

Il y a des lignes sur une feuille d'impôt qu'on ne lit plus vraiment. L'abattement de 10 % sur les pensions en est une. Elle s'applique automatiquement, avant tout calcul, et réduit d'autant la base imposable. Pour un couple dont les retraites cumulées atteignent 3 000 euros par mois, elle efface chaque année plusieurs centaines d'euros d'impôt. Le gouvernement voudrait en rabattre le plafond d'un tiers. Ce faisant, il déplacerait la frontière entre ceux que la mesure protège encore et ceux qu'elle abandonne.

Une mécanique ancienne, un effet concret

L'abattement de 10 % sur les revenus de remplacement — pensions de retraite et de préretraite — existe depuis les années 1970. Il a été conçu pour tenir compte des frais professionnels que les actifs déduisent de leur côté : déplacements, tenues, outils. Les retraités n'ont plus ces charges, mais le législateur a maintenu pour eux un abattement forfaitaire, plafonné et encadré.

Aujourd'hui, ce plafond est fixé à 4 321 euros par foyer fiscal. Concrètement : si un couple perçoit 40 000 euros de pensions annuelles, il déduit 4 000 euros (10 %) avant que le barème s'applique. Si les pensions atteignent 50 000 euros, l'abattement est plafonné à 4 321 euros — le calcul s'arrête là. En dessous d'un certain seuil, un plancher de 422 euros garantit un minimum de déduction même pour les petites pensions.

Le projet qui circule dans les arbitrages budgétaires abaisserait ce plafond à 3 000 euros. L'économie visée : 1,4 milliard d'euros. Le mécanisme est simple. Dès lors qu'un couple dépasse 30 000 euros de pensions annuelles — soit 2 500 euros par mois —, l'abattement serait bloqué à 3 000 euros au lieu de continuer à croître jusqu'à 4 321 euros. La différence, soit jusqu'à 1 321 euros de base imposable supplémentaire, serait taxée selon la tranche marginale du foyer.

Qui serait réellement touché

2 500 euros de pensions mensuelles pour un couple : ce n'est pas un niveau de vie exceptionnel. C'est, grossièrement, deux carrières complètes au salaire médian, ou une pension correcte et une retraite partielle. Des millions de ménages se situent dans cette zone.

Pour un couple imposé dans la tranche à 30 %, la perte annuelle maximale approcherait 400 euros — soit un peu plus de 30 euros par mois. Ce n'est pas une ruine, mais ce n'est pas anodin non plus pour des foyers dont les revenus sont fixes et dont les dépenses contraintes — santé, énergie, logement — ont fortement progressé ces dernières années.

L'argument gouvernemental est connu : l'abattement de 10 % bénéficie davantage, en valeur absolue, aux pensions élevées qu'aux petites. C'est arithmétiquement exact. Mais abaisser le plafond ne supprime pas cet effet pour les très hautes pensions — il déplace simplement le point de blocage vers le bas, élargissant le nombre de foyers concernés sans nécessairement atteindre les plus favorisés.

Un signal dans un contexte plus large

Cette mesure ne surgit pas isolément. Depuis plusieurs exercices budgétaires, les pensions servent de variable d'ajustement : gel ou sous-indexation des retraites, décalage des revalorisations, hausse des cotisations santé pour certains régimes. L'abattement de 10 % avait jusqu'ici résisté. Sa remise en cause marque un changement de registre.

Il faut aussi noter ce que la mesure ne touche pas : les actifs continuent de déduire leurs frais réels ou leur abattement forfaitaire de 10 % avec un plafond nettement plus élevé — autour de 14 000 euros. L'écart de traitement entre revenus du travail et revenus de remplacement se creuserait un peu plus.

Pour les foyers concernés, la réponse pratique est limitée. L'abattement est forfaitaire et automatique : on ne peut pas l'optimiser, sauf à opter pour les frais réels — une option rarement avantageuse pour des retraités dont les dépenses liées à l'activité professionnelle sont nulles. Ce qui reste, c'est l'anticipation : revoir ses acomptes provisionnels si l'on est mensualisé, ajuster son taux de prélèvement à la source via l'espace personnel des impôts, et ne pas découvrir le surcoût au moment du solde de septembre.

Le budget 2027 n'est pas encore voté. Des arbitrages restent possibles, des amendements aussi. Mais la direction est posée, et elle mérite d'être lue pour ce qu'elle est : un choix politique qui fait peser une partie de l'effort sur des ménages qui ne se pensaient pas dans le viseur.

Source : SeniorActu.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

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