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Canicules : près de 8 000 morts en excès cet été, 9 sur 10 en août avaient plus de 75 ans selon Santé publique France
Près de 8 000 morts en excès en France au cours de l'été — un bilan que Santé publique France décompose vague par vague, révélant une fracture d'âge aussi nette que préoccupante.
JEUDI 17 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier
Huit mille. C'est l'ordre de grandeur des décès en excès enregistrés en France depuis fin mai, selon les données de Santé publique France. Un chiffre qui ne parle pas seul : derrière lui, une géographie de la vulnérabilité qui varie selon le mois, la vague, et surtout l'âge des victimes. La chaleur de juin a tué sans trop choisir. Celle d'août a frappé presque exclusivement au-delà de 75 ans.
Une première en juin, un schéma connu en août
La canicule de fin juin a surpris les épidémiologistes par sa distribution inhabituelle. Santé publique France a relevé un excès de mortalité dans toutes les classes d'âge à partir de 15 ans — une configuration inédite selon l'agence. Les plus jeunes adultes, ordinairement épargnés par les pics de chaleur, figuraient cette fois dans les statistiques. L'hypothèse la plus solide : une population peu acclimatée à une chaleur précoce, survenant avant que les comportements de protection ne soient activés, avant que les plans canicule municipaux ne soient déclenchés.
Août a rétabli une logique plus familière, et plus sombre. Neuf décès en excès sur dix concernaient des personnes de plus de 75 ans. Ce n'est pas une surprise statistique — c'est une constante documentée depuis la catastrophe de 2003, qui avait causé près de 15 000 morts en France en quinze jours. Vingt ans plus tard, la surmortalité des très âgés lors des vagues de chaleur reste structurelle.
Pourquoi cette vulnérabilité persiste
La physiologie explique une partie du tableau. Avec l'âge, la sensation de soif s'émousse — le signal d'alarme interne arrive trop tard, ou n'arrive pas. La thermorégulation se dégrade : la capacité à transpirer diminue, la vasodilatation cutanée devient moins efficace. Le rein, souvent fragilisé, supporte mal la déshydratation. Certains médicaments courants — diurétiques, antihypertenseurs, psychotropes — aggravent encore l'exposition au risque.
Mais la biologie ne suffit pas à tout expliquer. L'isolement social joue un rôle documenté. En 2003, les enquêtes post-crise avaient montré que les personnes décédées seules, sans visite régulière, sans lien de proximité activé, avaient été les plus exposées. Le logement aussi : les appartements sous les toits, les chambres sans ventilation, les résidences construites avant toute réglementation thermique constituent des pièges lors des nuits tropicales, quand la température intérieure ne descend plus.
Ce que vingt ans de plans canicule ont — et n'ont pas — changé
Depuis 2004, la France dispose d'un plan national canicule, révisé régulièrement. Les niveaux d'alerte ont été affinés, les registres communaux de personnes vulnérables ont été créés, les EHPAD ont reçu des obligations de mise en conformité thermique. Ces mesures ont produit des effets réels : les bilans des vagues suivantes ont été, à intensité comparable, moins meurtriers qu'en 2003.
Pourtant, 8 000 morts en excès en un été, c'est un nombre qui résiste aux progrès institutionnels. Plusieurs facteurs expliquent ce plafond. Les vagues se multiplient et s'allongent : l'organisme n'a plus le temps de récupérer entre deux épisodes. Les nuits restent chaudes plus longtemps — or c'est la nuit que le corps récupère, que la température centrale redescend. Et le parc de logements vieillit avec ses habitants, sans rénovation thermique suffisante.
La question du registre communal mérite d'être posée directement. Ces listes de personnes isolées ou vulnérables, constituées sur la base du volontariat, sont souvent incomplètes. S'y inscrire suppose de se reconnaître comme fragile — une démarche que beaucoup refusent, par fierté, par méconnaissance, ou simplement parce que personne ne leur en a parlé.
Lire les chiffres autrement
Les 8 000 décès en excès ne sont pas 8 000 morts de la chaleur au sens strict. La surmortalité est calculée par comparaison avec une baseline statistique — le nombre de décès attendus pour la même période selon les années précédentes. Elle inclut donc les morts dont la chaleur a précipité l'issue sans en être la cause unique : l'infarctus survenu lors d'un pic thermique, l'insuffisance rénale décompensée par la déshydratation, la chute liée à un malaise vagal.
Cette nuance ne diminue pas la gravité du bilan. Elle rappelle que la chaleur agit rarement seule — elle amplifie ce qui était déjà là, fragilité cardiaque, rénale, neurologique. Et que les marges de prévention se situent souvent en amont : dans la qualité du suivi médical, dans la densité des liens sociaux, dans la capacité à appeler quelqu'un quand la nuit devient irrespirable.
Ce que les données de Santé publique France documentent, été après été, c'est moins une fatalité climatique qu'un révélateur social. La chaleur tue là où les filets sont lâches.
Source : Senioractu.com.
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