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Journée mondiale de l'arthrose : la Fondation Arthrose recommande l'escalier à ceux qui ont mal aux genoux, l'Assurance maladie pose une exception
L'arthrose du genou invite à un paradoxe que la médecine commence à prendre au sérieux : le mouvement, même douloureux, protège mieux l'articulation que le repos. Encore faut-il savoir lequel.
JEUDI 17 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier
Prendre l'escalier quand chaque marche fait grimacer : l'injonction paraît cruelle. C'est pourtant le défi lancé par la Fondation Arthrose à l'occasion de la Journée mondiale de la maladie, portée cette année par un dessinateur qui confie sentir lui-même la gonarthrose s'installer. Derrière la provocation se cache une conviction médicale solide — et une nuance que l'Assurance maladie se charge de rappeler.
Ce que l'on croyait savoir, et ce que l'on sait
Pendant des décennies, la douleur articulaire a servi de boussole simple : si ça fait mal, on évite. Le genou arthrosique méritait le repos, l'ascenseur, la chaise longue. Cette logique n'était pas absurde — elle protégeait contre la douleur aiguë. Mais elle accélérait, en silence, la dégradation du cartilage.
Le cartilage articulaire est un tissu avasculaire : il ne reçoit pas de sang. Sa nutrition dépend entièrement de la compression et de la décompression mécaniques que lui impose le mouvement. Quand on marche, quand on monte une marche, le cartilage se charge puis se décharge, absorbant ainsi les nutriments du liquide synovial environnant. L'immobilité, elle, l'affame lentement.
C'est ce mécanisme qui fonde la recommandation de la Fondation Arthrose. Monter les escaliers — à son rythme, sans forcer — n'aggrave pas l'arthrose du genou. Dans certaines conditions, cela la freine. La douleur ressentie à l'effort n'est pas un signal d'alerte catastrophique : c'est souvent la raideur d'un tissu mal irrigué qui se réveille.
La condition que peu de patients connaissent
L'enthousiasme a ses limites, et l'Assurance maladie les fixe clairement. L'exercice physique est recommandé dans l'arthrose stable — celle où la douleur est chronique mais maîtrisée, sans poussée inflammatoire active. Lorsque le genou est chaud, gonflé, que la douleur a brusquement changé de nature ou d'intensité, l'effort devient contre-productif. Ce n'est plus de l'arthrose mécanique ordinaire : c'est une poussée qui demande d'abord à être traitée.
La distinction est capitale. Elle explique pourquoi tant de patients restent méfiants vis-à-vis des conseils d'activité : ils ont tenté l'effort en période de poussée, ont eu mal, et en ont conclu que bouger était mauvais pour eux. Le message n'avait pas été assez précis.
L'autre condition tient à la progressivité. Reprendre l'escalier après des mois d'évitement ne se fait pas en une journée de défi. Le tendon rotulien, les muscles quadriceps et ischio-jambiers — qui jouent un rôle d'amortisseur pour le genou — ont besoin de semaines pour retrouver leur tonicité. Un programme de renforcement musculaire, idéalement encadré par un kinésithérapeute, reste la voie la plus sûre pour que l'escalier redevienne un allié plutôt qu'une épreuve.
Une maladie qui touche des millions de personnes sans faire de bruit
La gonarthrose — arthrose du genou — est l'une des formes les plus répandues de la maladie. En France, on estime que plusieurs millions de personnes en sont atteintes à des degrés divers, avec une prévalence qui augmente nettement après cinquante ans. Elle figure parmi les premières causes de handicap fonctionnel chez les adultes en âge de travailler, et davantage encore chez ceux qui ont passé la soixantaine.
Pourtant, l'arthrose reste sous-diagnostiquée et, surtout, sous-traitée dans ses dimensions non médicamenteuses. Les antalgiques et les anti-inflammatoires occupent le devant de la scène, alors que les preuves scientifiques en faveur de l'exercice physique adapté sont, depuis une quinzaine d'années, parmi les plus robustes de la rhumatologie. Des méta-analyses portant sur des dizaines de milliers de patients ont montré que l'activité physique régulière réduit la douleur et améliore la fonction articulaire de façon comparable — parfois supérieure — aux traitements médicamenteux de première ligne.
Ce n'est pas un hasard si les recommandations de la Haute Autorité de Santé placent désormais l'activité physique au premier rang des traitements non pharmacologiques de l'arthrose, avant même certaines thérapies locales.
Le dessinateur et la maladie ordinaire
Que la Fondation Arthrose ait choisi un illustrateur pour porter son message dit quelque chose d'utile. L'arthrose n'est pas une maladie spectaculaire. Elle ne défigure pas, elle n'hospitalise pas d'emblée, elle ne fait pas peur comme un cancer ou une maladie cardiovasculaire. Elle s'installe, elle grignote, elle modifie les habitudes si progressivement que l'on finit par croire que c'est la vie qui rétrécit — alors que c'est seulement un genou qui manque d'entretien.
Un dessinateur qui avoue sentir la maladie venir, c'est une façon de dire que l'arthrose concerne tout le monde, pas seulement les patients déjà diagnostiqués. Et que les gestes préventifs — marcher, monter des marches, renforcer ses cuisses — n'attendent pas le diagnostic pour être utiles.
L'escalier n'est pas une punition. C'est, pour un genou arthrosique stable, l'un des meilleurs médicaments disponibles sans ordonnance.
Source : Senioractu.com.
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