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MERCREDI 23 SEPTEMBRE 2026141
Senior·Closer
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Finances·Article 2 sur 4

Carburants : le gouvernement élargit l'aide de 100 € à 5,5 millions de Français, mais à la retraite, votre pension ne vous y donne pas droit

Le gouvernement a élargi son aide carburant à 5,5 millions de Français pour le dernier trimestre 2024. Mais le critère retenu — le revenu d'activité — exclut de fait la plupart des retraités, même modestes.

MERCREDI 23 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier

Une pompe à carburant rouillée dans la lumière rasante d'un matin d'automne, une main gantée de laine posée sur la poignée, un relevé de pension froissé glissé sous l'essuie-glace d'une vieille Peugeot garée à côté.
Illustration générée par notre rédaction.

Faire le plein coûte toujours aussi cher. Et quand le gouvernement annonce une aide de cent euros sur les carburants, élargie à 5,5 millions de personnes pour le dernier trimestre 2024, on se dit que cette fois le filet est plus large. Jusqu'à ce qu'on lise les conditions. Le critère central est le revenu d'activité — et cette précision change tout pour quiconque vit d'une pension.

Ce que le gouvernement a annoncé

Le 22 septembre, le gouvernement de Sébastien Lecornu a confirmé la prolongation de l'aide carburant dite « grand rouleur », portée à cent euros et versée d'octobre à décembre 2024. Le dispositif existait déjà sous une forme plus restreinte ; il est désormais étendu à un public plus large, avec un plafond de revenus relevé.

Le principe reste le même : une aide forfaitaire, versée automatiquement ou sur demande selon les cas, destinée aux actifs qui utilisent leur voiture pour aller travailler et dont les ressources ne dépassent pas un certain seuil. Le gouvernement a communiqué sur le chiffre de 5,5 millions de bénéficiaires potentiels. Ce nombre impressionne. Il masque pourtant une ligne de partage très nette.

Le critère qui exclut les retraités

L'aide est conditionnée à l'exercice d'une activité professionnelle. Concrètement, il faut percevoir un revenu d'activité — salaire, traitement, revenu de travailleur indépendant — pour y prétendre. Une pension de retraite, même modeste, ne constitue pas un revenu d'activité au sens fiscal et social du terme. Elle relève des revenus de remplacement, catégorie distincte dans la nomenclature de l'administration française.

Cette distinction n'est pas nouvelle. Elle structure depuis longtemps la plupart des aides liées à la mobilité professionnelle : la prise en charge des frais de transport domicile-travail, les indemnités kilométriques, les exonérations sur les abonnements de transports en commun. Toutes reposent sur l'idée que le déplacement est contraint par l'emploi. Un retraité qui fait cent kilomètres par semaine pour ses courses, ses rendez-vous médicaux ou ses petits-enfants n'entre pas dans ce cadre, quelle que soit sa situation financière.

Le paradoxe est réel. Un actif dont le revenu net mensuel approche le plafond retenu par le dispositif peut bénéficier de l'aide. Un retraité dont la pension est inférieure à ce même plafond n'y a pas droit. La dépense en carburant, elle, peut être identique — voire supérieure en zone rurale, où la voiture n'est pas un choix mais une nécessité.

Les aides auxquelles les retraités peuvent effectivement prétendre

Cela ne signifie pas qu'il n'existe aucun levier. Plusieurs dispositifs, moins médiatisés, s'adressent aux retraités à revenus modestes.

Le chèque énergie, versé chaque printemps sous conditions de ressources, peut être utilisé pour régler une facture d'électricité ou de gaz, mais aussi, depuis son extension, pour certaines dépenses liées à la mobilité dans des expérimentations locales. Son montant varie entre une cinquantaine et quelques centaines d'euros selon le revenu fiscal de référence et la composition du foyer.

Certaines caisses de retraite complémentaire — Agirc-Arrco notamment — proposent des aides à la mobilité dans le cadre de leur action sociale. Ces aides sont discrétionnaires, instruites dossier par dossier, et peu connues. Elles méritent pourtant d'être sollicitées : les budgets existent, les demandes restent souvent en deçà des enveloppes disponibles.

Les collectivités territoriales ont également développé, de façon très inégale selon les régions, des aides locales au transport pour les résidents à faibles revenus, sans condition d'activité. Certains départements subventionnent les transports à la demande en zone rurale, d'autres proposent des tarifs réduits sur les réseaux interurbains. Le point d'entrée le plus simple reste le Centre communal d'action sociale (CCAS) de sa commune.

Une question de conception, pas d'oubli

Il serait inexact de parler d'oubli. Le dispositif annoncé par le gouvernement est cohérent avec sa logique propre : soutenir le pouvoir d'achat des actifs modestes contraints de se déplacer pour travailler. C'est un objectif légitime. Mais cette cohérence interne produit mécaniquement une exclusion de fait pour une large partie de la population qui roule autant, parfois davantage, et dont les revenus fixes ne s'ajustent pas à la hausse des prix à la pompe.

La question n'est pas de savoir si l'aide est bien conçue pour ce qu'elle vise. Elle est de savoir si ce qu'elle vise suffit à répondre à la réalité des dépenses contraintes de carburant en France. En 2024, environ un tiers des ménages français vivent principalement de pensions ou de revenus de remplacement. Ils représentent une part significative des conducteurs réguliers, en particulier hors des grandes agglomérations. Les ignorer dans un dispositif de soutien à la mobilité, c'est faire un choix — assumé ou non.

Source : Senioractu.com.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

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