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Finances·Article 1 sur 4

Désindexation des retraites : le seuil ne portait pas que sur vos pensions de base, la loi de 2020 y ajoutait votre complémentaire

Le débat sur la désindexation des retraites les plus élevées revient sur la table — sans que personne ne sache encore où commence l'aisance. Un précédent existe pourtant, et il est plus instructif qu'il n'y paraît.

VENDREDI 21 AOÛT 2026·Par Fabrice Crozier

Une liasse de relevés de pension posée sur une table en bois, légèrement froissée, traversée par un rai de lumière de fin d'après-midi.
Illustration générée par notre rédaction.

Un ministre lâche le mot, les médias s'emballent, et le débat repart — sans chiffre, sans texte, sans calendrier. La désindexation des retraites dites "élevées" est à nouveau dans l'air, portée par la contrainte budgétaire qui pèse sur le projet de loi de finances pour 2027. Le problème central reste entier : personne ne sait à partir de quel montant une pension devient trop confortable pour bénéficier d'une revalorisation pleine. Mais un précédent existe. Et il mérite d'être relu attentivement, parce qu'il ne fonctionnait pas comme la plupart des gens le croient.

Ce que la loi de 2020 avait réellement voté

En 2019, dans le cadre du projet de réforme systémique des retraites porté par Édouard Philippe et Jean-Paul Delevoye, le gouvernement avait inscrit dans l'avant-projet de loi un mécanisme de désindexation partielle. Le principe : les pensions dépassant un certain seuil ne seraient revalorisées qu'à hauteur de 70 % de l'inflation, au lieu de 100 %. La mesure avait finalement été intégrée dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020, sous une forme temporaire et ciblée.

Ce que l'on retient moins, c'est la définition du seuil retenu à l'époque. Il ne portait pas sur la seule pension de base — celle versée par le régime général ou les régimes alignés. Il additionnait la pension de base et la retraite complémentaire. Pour un ancien salarié du privé, cela signifiait sommer ce que verse la Cnav et ce que verse l'Agirc-Arrco. Le montant global ainsi reconstitué déterminait si l'assuré franchissait ou non le seuil.

Cette architecture n'est pas anodine. Deux retraités percevant chacun une pension de base identique peuvent se retrouver dans des situations très différentes selon leur parcours professionnel, leur niveau de salaire passé, et les points Agirc-Arrco accumulés. Regarder la pension de base seule ne dit presque rien du niveau de vie réel. Regarder l'ensemble est plus juste — mais aussi plus complexe à administrer, et plus difficile à contester ou à anticiper pour les assurés eux-mêmes.

Un seuil sans bord, un débat sans ancrage

Aujourd'hui, le seuil évoqué dans les discussions budgétaires n'est toujours pas fixé. Aucun texte ne le porte. Le projet de budget pour 2027 n'arrivera au Parlement qu'à l'automne, et les arbitrages internes au gouvernement n'ont visiblement pas encore tranché. Les chiffres qui circulent dans la presse — 1 400 euros, 2 000 euros, 2 500 euros par mois — sont des hypothèses de travail, des fuites, parfois des ballons d'essai. Pas des engagements.

Ce flou n'est pas accidentel. Fixer un seuil, c'est désigner nommément une catégorie de retraités comme "assez riches pour supporter une perte de pouvoir d'achat". C'est politiquement coûteux, et électoralement risqué. D'où la tendance à laisser le débat exister sans jamais le conclure — jusqu'à ce que la contrainte budgétaire force la main.

Il faut aussi rappeler le contexte arithmétique. La retraite moyenne en France tourne autour de 1 500 euros bruts par mois, tous régimes confondus. Les femmes perçoivent en moyenne sensiblement moins que les hommes, en raison de carrières plus souvent incomplètes ou à temps partiel. Dès lors, un seuil fixé à 2 000 euros bruts toucherait une minorité — mais une minorité qui n'est pas nécessairement composée de grands patrimoines. Un fonctionnaire de catégorie A ayant fait carrière, un cadre moyen du privé ayant cotisé quarante ans : ces profils peuvent atteindre ce niveau sans disposer d'autres revenus significatifs.

Ce que "désindexation" signifie concrètement

Le mot est technique, l'effet est tangible. Indexer une pension sur l'inflation, c'est garantir que son pouvoir d'achat ne s'érode pas. Une revalorisation à 100 % de l'inflation maintient le niveau de vie. Une revalorisation à 70 % crée un écart qui se creuse chaque année.

Sur une pension de 2 500 euros bruts, avec une inflation à 2 %, la différence entre une revalorisation pleine et une revalorisation à 70 % représente environ 15 euros par mois la première année. Peu, en apparence. Mais l'effet est cumulatif : chaque année, la base de calcul est légèrement inférieure à ce qu'elle aurait dû être. Sur dix ans, la perte cumulée devient substantielle — et définitive, puisque le rattrapage n'est jamais prévu.

C'est précisément ce mécanisme que les opposants à la mesure dénoncent : non pas le montant annuel, mais l'irréversibilité silencieuse. Une fois le seuil franchi, l'assuré ne "sort" pas du dispositif si son niveau de vie réel se dégrade. Le seuil est figé à l'entrée.

La question du régime complémentaire, angle mort du débat

Si le gouvernement s'inspire du précédent de 2020, la question de l'Agirc-Arrco redeviendra centrale. Ce régime est géré paritairement par les partenaires sociaux — patronat et syndicats — et non par l'État. Il dispose de ses propres règles de revalorisation, négociées lors d'accords pluriannuels. L'État ne peut pas lui imposer unilatéralement une désindexation partielle sans rouvrir une négociation avec les partenaires, voire sans modifier le cadre législatif.

Inclure la complémentaire dans le calcul du seuil, comme en 2020, est une chose. Lui imposer de ne pas revaloriser pleinement en est une autre. Cette distinction juridique et politique est souvent absente des discussions publiques — ce qui rend le débat encore plus flou qu'il n'y paraît.

En attendant que les textes existent, les assurés concernés — ou potentiellement concernés — n'ont pas grand-chose à faire, sinon suivre l'évolution du projet de budget à l'automne et vérifier, le moment venu, si le seuil retenu additionne ou non leurs deux sources de pension.

Source : Senioractu.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

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