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Senior·Closer
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Bien-vivre

Emploi des seniors : la France rattrape l'Europe avant 60 ans, après c'est une autre histoire

Record d'emploi chez les 55-64 ans, dit-on. Mais les chiffres, regardés de près, dessinent une fracture nette : avant 60 ans, la France rejoint ses voisins européens ; après, elle les perd de vue.

VENDREDI 31 JUILLET 2026·Par Fabrice Crozier

Une paire de chaussures de ville posée sur le seuil d'une porte entrouverte, l'une encore lacée, l'autre abandonnée sur le côté — lumière de fin d'après-midi rasant le parquet.
Illustration générée par notre rédaction.

Le taux d'emploi des 55-64 ans atteint 61,7 % en France en 2025 — niveau le plus élevé depuis 1975, selon les données publiées fin juillet 2026. Le chiffre est réel, il est solide, et il mérite d'être salué. Mais il ne dit pas tout. Il agrège deux réalités que l'âge sépare avec une précision presque chirurgicale : une France qui rattrape l'Europe avant 60 ans, et une France qui décroche aussitôt après.

Un demi-siècle de retard comblé, en partie

Pendant des décennies, la France a fait figure d'exception peu flatteuse en Europe : ses actifs quittaient le marché du travail plus tôt que leurs homologues allemands, suédois ou néerlandais. Les politiques de préretraite des années 1980 et 1990 — pensées pour libérer des postes en période de chômage de masse — ont laissé une empreinte durable sur les comportements, les conventions collectives et les représentations. L'idée que "laisser la place aux jeunes" était un geste civique a mis du temps à être démentie par les faits : les études ont montré, depuis, que l'emploi des uns ne se fait pas au détriment des autres.

Le tournant s'est amorcé avec les réformes successives des retraites, qui ont repoussé l'âge légal de départ et durci les conditions d'accès à une pension à taux plein. La réforme de 2023, portant l'âge légal de 62 à 64 ans, s'inscrit dans cette continuité. Mécaniquement, des personnes qui auraient liquidé leurs droits restent en activité. Le taux d'emploi monte. La causalité est réelle, même si elle ne résume pas tout.

Dans la tranche 55-59 ans, la France affiche désormais des performances proches de la moyenne européenne. C'est une nouveauté. C'est aussi le résultat d'une génération mieux formée, moins exposée aux métiers physiquement épuisants que ses aînées, et dont une partie a bénéficié de carrières moins hachées.

Le mur des 60 ans

Passé 60 ans, le tableau change. Le taux d'emploi des 60-64 ans reste significativement inférieur à celui observé en Allemagne, en Suède ou aux Pays-Bas. L'écart n'est pas anecdotique : il reflète des structures différentes — négociation collective, culture managériale, dispositifs de maintien en emploi — que la seule réforme paramétrique des retraites ne suffit pas à modifier.

Plusieurs facteurs se conjuguent. Les entreprises françaises continuent de se séparer de leurs salariés les plus expérimentés plus tôt que leurs concurrentes européennes, parfois par le biais de ruptures conventionnelles, parfois via des plans sociaux qui ciblent implicitement les fins de carrière. Les discriminations à l'embauche après 55 ans restent documentées, même si elles demeurent difficiles à prouver. Et la période qui s'étend entre la fin d'un contrat et l'ouverture des droits à la retraite — ce no man's land que les spécialistes appellent parfois la "trappe à inactivité" — expose une fraction non négligeable de la population à des années de déclassement silencieux.

C'est précisément là que le record statistique montre ses limites. Un taux d'emploi agrégé sur dix ans de tranche d'âge peut progresser tout en masquant une concentration des gains sur les premières années et un décrochage persistant sur les dernières.

Ce que le chiffre ne mesure pas

Derrière le taux d'emploi, il y a la qualité de l'emploi. Une partie des actifs de 55 à 64 ans occupent des postes à temps partiel subi, des missions d'intérim ou des contrats courts qui les maintiennent dans les statistiques de l'emploi sans les protéger réellement. D'autres cumulent emploi et invalidité partielle, ou travaillent dans des conditions qui accélèrent l'usure plutôt que de la prévenir.

La question du maintien en emploi — pas seulement de l'emploi comme état — est celle que les partenaires sociaux et les entreprises peinent encore à poser sérieusement. Adapter les postes, aménager les fins de carrière, reconnaître l'expérience sans en faire un argument de mise à l'écart : ces chantiers existent sur le papier depuis les accords seniors de 2009, mais leur mise en œuvre reste inégale selon les secteurs et la taille des entreprises.

Le record de 2025 est donc un signal positif — et il serait malhonnête de le minimiser. Mais il appelle une lecture à deux vitesses, à l'image du marché du travail qu'il décrit. Avant 60 ans, la tendance est réelle. Après, le travail reste à faire.

Source : Senioractu.com.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

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