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Hyponatrémie : causes, symptômes, traitement
Le sodium sanguin chute, le cerveau gonfle, et la confusion s'installe parfois en quelques heures. L'hyponatrémie est l'un des désordres électrolytiques les plus fréquents en médecine interne — et l'un des plus mal reconnus.
MERCREDI 15 JUILLET 2026·Par Retraite Plus
Le sel, dans le sang, n'est pas qu'une question de régime. Le sodium est l'électrolyte dominant du liquide extracellulaire : il régule la pression osmotique, maintient l'équilibre hydrique entre les cellules et le milieu qui les entoure, conditionne la transmission nerveuse. Quand sa concentration descend sous un certain seuil, l'organisme ne le vit pas comme une nuance biologique — il le vit comme une urgence. L'hyponatrémie, c'est précisément cette chute : une natrémie inférieure à 135 mmol/L, là où la norme se situe entre 135 et 145.
Un désordre commun, rarement nommé
L'hyponatrémie est le trouble électrolytique le plus fréquemment rencontré dans les services hospitaliers. Elle touche des profils très variés — insuffisants cardiaques, cirrhotiques, patients sous diurétiques, sportifs d'endurance ayant bu trop d'eau pure — mais elle est particulièrement surveillée chez les personnes dont les mécanismes de régulation sont déjà sollicités par l'âge ou la maladie.
Les causes se regroupent en trois grandes familles selon le volume hydrique total du patient. Une hyponatrémie hypovolémique survient quand l'organisme perd à la fois du sodium et de l'eau, mais davantage de sodium — vomissements prolongés, diarrhées sévères, sudation intense sans compensation adaptée. Une hyponatrémie hypervolémique apparaît au contraire quand l'eau s'accumule plus vite que le sodium : c'est le tableau de l'insuffisance cardiaque décompensée ou de la cirrhose avec ascite. Entre les deux, l'hyponatrémie euvolémique — volume apparent normal — est souvent liée au syndrome de sécrétion inappropriée d'ADH (SIADH), à l'hypothyroïdie, ou à certains médicaments, notamment les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine et les diurétiques thiazidiques.
La chaleur ajoute une variable supplémentaire. En période de forte chaleur, la transpiration entraîne des pertes sodées significatives. Si la réhydratation se fait exclusivement avec de l'eau plate — sans apport de sel ni de boissons minéralisées — la dilution du sodium sanguin peut s'accélérer. C'est un mécanisme classique, documenté lors des épisodes caniculaires, qui explique pourquoi les recommandations de santé publique insistent sur la qualité de la réhydratation autant que sur sa quantité.
Ce que ressent le corps — et ce que rate l'entourage
La symptomatologie dépend moins du chiffre absolu que de la vitesse de la chute. Une hyponatrémie qui s'installe lentement, sur plusieurs jours ou semaines, peut rester longtemps silencieuse ou ne produire que des signes discrets : fatigue inhabituelle, légère confusion, nausées intermittentes, crampes musculaires. Ces manifestations sont aisément attribuées à autre chose — la chaleur, la fatigue, l'âge — ce qui retarde le diagnostic.
Une chute rapide, en revanche, ne laisse guère de marge. Le cerveau, confiné dans la boîte crânienne, réagit à la baisse d'osmolarité par un œdème cellulaire. Les symptômes neurologiques s'enchaînent alors : céphalées intenses, désorientation, somnolence, voire convulsions et coma dans les formes sévères. Une natrémie inférieure à 120 mmol/L constitue une urgence médicale absolue.
La gravité de l'hyponatrémie tient moins à son niveau qu'à sa cinétique : descendre vite est plus dangereux que descendre bas.
Le diagnostic repose sur un bilan sanguin simple — ionogramme avec natrémie, osmolarité plasmatique — complété par un ionogramme urinaire pour orienter la cause. L'interrogatoire médicamenteux est systématique : de nombreuses molécules courantes interfèrent avec la régulation du sodium.
Traiter sans précipitation
Le traitement de l'hyponatrémie obéit à une règle paradoxale : corriger trop vite peut être aussi dangereux que ne pas corriger du tout. Une remontée trop rapide de la natrémie expose à la myélinolyse centropontine, une démyélinisation neurologique grave et irréversible. Les recommandations actuelles fixent un rythme de correction maximal — généralement autour de 10 à 12 mmol/L par 24 heures — que les équipes de réanimation et de médecine interne respectent scrupuleusement.
La stratégie dépend de la cause. Une hyponatrémie de déplétion sodée se traite par apport de sodium — sérum salé isotonique en perfusion, ou simplement sel alimentaire et bouillon dans les formes légères. Une hyponatrémie de dilution, elle, nécessite une restriction hydrique, parfois associée à des antagonistes des récepteurs V2 de la vasopressine (les vaptans) dans certaines indications spécifiques. L'hypothyroïdie ou l'insuffisance surrénalienne, quand elles sont en cause, imposent leur propre traitement hormonal substitutif.
La prévention passe par quelques gestes concrets. En période de chaleur, varier les sources de réhydratation — eau minéralisée, soupes froides, jus de légumes légèrement salés — plutôt que de s'en tenir à l'eau pure. Signaler à son médecin tout traitement diurétique ou antidépresseur en cours dès qu'une fatigue inhabituelle ou une confusion apparaît. Et ne pas hésiter à demander un ionogramme de contrôle si un traitement susceptible d'affecter la natrémie vient d'être introduit ou modifié.
L'hyponatrémie n'est pas une maladie spectaculaire. Elle se glisse dans les bilans, se confond avec d'autres tableaux, se traite souvent sans laisser de traces. Mais elle tue, parfois, quand elle est méconnue ou corrigée à la hâte. La connaître, c'est déjà lui retirer une part de son pouvoir.
Source : retraiteplus.fr.
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