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La France recule au 29e rang des pays où il fait bon être retraité : sur les 18 critères de Natixis, aucun ne regarde votre pension
La France glisse au 29e rang du classement mondial de Natixis sur la retraite — sans que le montant des pensions entre une seule fois dans l'équation. Ce que mesure vraiment cet index en dit long sur ce que nous entendons par "retraite bien vécue".
JEUDI 24 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier
Deux places perdues en un an, sept points lâchés depuis 2016 : la France obtient 64 % au Global Retirement Index 2026 de Natixis Investment Managers, publié début juillet. Elle se retrouve au 29e rang sur 44 pays étudiés, loin derrière la Norvège qui ouvre le classement pour la deuxième année consécutive, et derrière des voisins comme la Suisse, l'Islande ou les Pays-Bas. Le chiffre fait les manchettes. Ce qu'il mesure, beaucoup moins.
Dix-huit critères, zéro euro de pension
Ouvrir le rapport, c'est découvrir une chose déconcertante : parmi les dix-huit indicateurs qui composent l'index, aucun ne porte sur le montant des retraites. Pas de taux de remplacement, pas de niveau de vie comparé entre actifs et retraités, pas de pouvoir d'achat de la pension médiane. Le classement s'organise autour de quatre grandes familles : les finances personnelles (pression fiscale, inflation, taux d'intérêt), la santé (dépenses publiques, espérance de vie en bonne santé, accès aux soins), la qualité de vie (bonheur déclaré, biodiversité, gouvernance) et le bien-être matériel (emploi, équité des revenus, inégalités).
C'est un choix méthodologique assumé. Natixis construit cet index depuis 2013 pour ses clients institutionnels — fonds de pension, assureurs, gestionnaires d'actifs — qui cherchent à anticiper les risques systémiques liés au vieillissement des populations. La question posée n'est pas "combien touchez-vous ?" mais "dans quel environnement vivez-vous ?" Ce glissement sémantique mérite d'être nommé clairement avant d'interpréter le rang de la France.
Ce qui tire la France vers le bas
Les points perdus depuis 2016 s'expliquent principalement par deux familles d'indicateurs. D'abord les finances : l'inflation des années 2022-2024 a dégradé les scores de la quasi-totalité des pays européens, mais la France accuse également une pression fiscale élevée et un environnement de taux qui pénalise l'épargne de précaution. Ensuite la qualité de vie, où les indicateurs de gouvernance perçue et de cohésion sociale ont reculé — reflet, dans la méthodologie de Natixis, des tensions politiques et sociales qui ont marqué la décennie.
La santé reste le point fort français. L'espérance de vie, l'accès aux soins, les dépenses publiques de santé par habitant maintiennent la France dans le premier tiers mondial sur ce pilier. C'est une donnée concrète, qui compte dans la vie quotidienne de quelqu'un qui a soixante-cinq ans aujourd'hui.
Le bien-être matériel, en revanche, plombe le résultat. Les inégalités de revenus mesurées par le coefficient de Gini, la part de la population en situation de précarité énergétique, le taux d'emploi des travailleurs proches de la retraite : autant de variables où la France ne brille pas dans les comparaisons internationales.
Ce que le classement ne dit pas — et ce qu'il dit quand même
Ignorer cet index serait une erreur. Le critiquer sans le lire en serait une autre. Il capte des réalités tangibles : vivre dans un pays où l'inflation érode l'épargne, où la confiance dans les institutions s'effrite, où les inégalités se creusent, ce n'est pas sans effet sur la façon dont on traverse les années après le travail. Le fait que ces dimensions soient mesurées sans passer par le montant de la pension ne les rend pas moins réelles.
Ce que l'index ne dit pas, c'est la situation concrète de quelqu'un qui perçoit une pension française. Le taux de remplacement moyen en France — la part du dernier salaire que représente la retraite — reste parmi les plus élevés de l'OCDE pour les salariés du secteur privé au régime général, autour de 60 à 75 % selon les trajectoires. Le système à répartition, malgré ses fragilités démographiques et les réformes successives, offre une prévisibilité que les systèmes à capitalisation pure ne garantissent pas. La Norvège, première du classement Natixis, doit une partie de sa performance à son fonds souverain — une ressource que peu de pays peuvent reproduire.
Le recul de la France dans ce classement mérite donc d'être lu pour ce qu'il est : un signal sur l'environnement macroéconomique et social, pas un verdict sur le niveau de vie de ceux qui ont cessé de travailler. Les deux questions sont liées, mais elles ne sont pas identiques. Confondre le rang d'un pays dans un index institutionnel avec la qualité de vie de ses habitants, c'est laisser une méthodologie faire un travail qu'elle n'a pas été conçue pour faire.
Le classement note l'environnement dans lequel on vieillit. Il ne note pas ce qu'on vit.
Ce que révèle finalement ce 29e rang, c'est moins un effondrement du modèle français qu'une accumulation de signaux d'alerte sur la décennie écoulée : inflation, défiance institutionnelle, inégalités persistantes. Des sujets qui méritent débat — mais un débat mieux armé que ce que les titres de classement permettent généralement.
Source : Senioractu.com.
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