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VENDREDI 7 AOÛT 2026135
Senior·Closer
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Finances·Article 1 sur 4

La réforme de 2023 avait repoussé la retraite progressive à 62 ans : vous êtes deux fois plus nombreux à la demander depuis le retour à 60 ans

Réduire son temps de travail sans rompre avec son entreprise : la retraite progressive attire désormais deux fois plus de candidats depuis que l'âge d'accès est revenu à 60 ans. Le mécanisme est séduisant — mais ses subtilités arithmétiques méritent qu'on s'y arrête.

VENDREDI 7 AOÛT 2026·Par Fabrice Crozier

Un bureau encombré de dossiers à moitié rangés, un agenda ouvert sur une date cerclée au stylo rouge, baigné d'une lumière d'après-midi qui entre en biais par une fenêtre de bureau.
Illustration générée par notre rédaction.

En douze mois, le nombre de bénéficiaires de la retraite progressive au régime général est passé de 34 798 à 66 816. Ce doublement n'est pas le fruit d'un engouement soudain pour le travail à temps partiel : il est la conséquence directe d'un retour législatif. La réforme de 2023 avait relevé le seuil d'accès à 62 ans ; une correction ultérieure l'a ramené à 60. Des dizaines de milliers de personnes qui attendaient sur le pas de la porte ont aussitôt franchi le seuil.

Ce que le dispositif promet — et tient

La retraite progressive repose sur une idée limpide : réduire son activité salariée avant la liquidation définitive, tout en commençant à percevoir une fraction de sa pension. Le salarié passe à temps partiel, son employeur continue de le rémunérer au prorata, et la caisse de retraite verse une quote-part calculée en fonction du temps non travaillé. Le tout se cumule, légalement et sans plafond particulier.

Pour y accéder, trois conditions s'appliquent : avoir atteint 60 ans, justifier d'au moins 150 trimestres validés, et exercer une activité à temps partiel comprise entre 40 % et 80 % d'un temps plein. Le dispositif est ouvert aux salariés du privé relevant du régime général, ainsi qu'à certains fonctionnaires depuis des aménagements récents.

L'attrait est réel. On continue d'acquérir des droits à retraite pendant la période progressive — les cotisations versées sur la partie travaillée continuent de s'accumuler. La pension définitive, liquidée plus tard, sera donc légèrement supérieure à ce qu'elle aurait été si l'on avait simplement arrêté de travailler à 60 ans. C'est l'un des rares dispositifs où travailler moins ne signifie pas nécessairement perdre davantage.

Ce que l'arithmétique réserve

La surprise vient du calcul de la fraction versée. La caisse ne se contente pas de regarder le taux d'activité résiduel : elle rapporte le nombre de trimestres déjà acquis au nombre de trimestres requis pour une retraite à taux plein. Si vous avez validé 150 trimestres sur les 172 exigés pour votre génération, la fraction de pension versée sera calculée sur cette base — et non sur le seul fait que vous travaillez à mi-temps.

Concrètement, quelqu'un qui passe à 60 % de temps de travail ne touchera pas automatiquement 40 % de sa pension future. La formule croise le taux d'inactivité et le ratio trimestres acquis / trimestres cibles. Pour beaucoup, la somme perçue pendant la période progressive est plus modeste qu'espéré — parfois sensiblement.

Il faut également anticiper l'accord de l'employeur. La retraite progressive n'est pas un droit opposable au sens strict : le salarié ne peut pas imposer unilatéralement le passage à temps partiel. L'employeur peut refuser, à condition de motiver ce refus. En pratique, les grandes entreprises ont souvent des procédures établies ; dans les structures plus petites, la négociation reste entière.

Pourquoi ce doublement dit quelque chose de plus large

Le bond statistique observé entre juin 2024 et juin 2025 illustre une réalité que les débats sur les retraites occultent souvent : la frontière entre activité et retraite est de moins en moins vécue comme un interrupteur. Beaucoup souhaitent une sortie progressive, calibrée, qui ménage à la fois le corps, les finances et le sens que l'on donne encore à son travail.

La retraite progressive n'est pas une nouveauté — elle existe dans sa forme actuelle depuis les années 1980 — mais elle était restée confidentielle, bridée par des conditions d'accès restrictives et une méconnaissance persistante. Le retour à 60 ans a agi comme un révélateur : la demande existait, latente, en attente d'une fenêtre praticable.

Ce mouvement s'inscrit dans une tendance européenne plus large. En Allemagne, en Suède, aux Pays-Bas, les dispositifs de réduction progressive du temps de travail en fin de carrière sont mieux intégrés dans les conventions collectives et mieux connus des salariés. La France rattrape un retard culturel autant que législatif.

Avant de poster la lettre recommandée

Quelques vérifications s'imposent avant d'enclencher la démarche. Demander un relevé de carrière actualisé à l'Assurance retraite permet de connaître précisément son nombre de trimestres validés — et donc d'estimer la fraction de pension qui serait versée pendant la période progressive. La simulation en ligne sur le site de l'Assurance retraite donne un ordre de grandeur, mais un entretien avec un conseiller retraite affine le calcul, notamment lorsque la carrière a été hachée ou internationale.

Il vaut aussi la peine de vérifier les règles propres à son régime complémentaire — Agirc-Arrco pour les salariés du privé — car les modalités de versement de la retraite complémentaire en phase progressive peuvent différer du régime de base.

Enfin, la durée de la période progressive n'est pas plafonnée. On peut rester en retraite progressive plusieurs années, jusqu'à la liquidation définitive. Certains y voient une façon d'étirer la transition ; d'autres préfèrent une période courte, le temps de s'assurer que le temps partiel convient vraiment à leur employeur et à eux-mêmes.

Le dispositif a trouvé son public. Il mérite maintenant d'être compris dans ses détails — pas seulement dans sa promesse.

Source : senioractu.com.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

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