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MARDI 29 SEPTEMBRE 2026N° 142
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Santé·Article 1 sur 4

On pensait qu'une tension à 138 restait normale : l'Assurance Maladie rappelle que la limite tombe à 135 quand vous la mesurez chez vous

Mesurer sa tension à domicile n'est pas équivalent à la mesurer au cabinet. Les seuils changent — et l'écart peut faire toute la différence entre un traitement ajusté et une hypertension qui passe inaperçue.

MARDI 29 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier

Une tensiomètre à brassard posé sur une table en bois clair, écran allumé affichant un chiffre illisible, lumière de fin de matinée rasant la surface depuis une fenêtre hors champ.
Illustration générée par notre rédaction.

138 au poignet, un mardi matin, avant le deuxième café. On range l'appareil en se disant que c'est correct — en dessous de 140, tout va bien. C'est ce que beaucoup ont retenu. C'est pourtant inexact, et l'Assurance Maladie le rappelle régulièrement : dès lors que l'on mesure sa tension soi-même, à domicile, le seuil d'alerte n'est plus 140 mais 135 mmHg pour la pression systolique. Cinq millimètres de mercure d'écart qui peuvent, sur la durée, changer un diagnostic.

Deux contextes, deux seuils

La distinction n'est pas arbitraire. Elle repose sur une réalité physiologique bien documentée : la présence d'un médecin, d'une blouse blanche, d'une salle d'attente suffit à faire monter la pression artérielle chez une part significative des patients. Ce phénomène, connu sous le nom d'effet blouse blanche, peut majorer les chiffres de dix à vingt points chez certaines personnes. Les recommandations ont donc été calibrées en conséquence.

Au cabinet, le seuil retenu pour parler d'hypertension est de 140/90 mmHg. À domicile, en automesure, ce seuil descend à 135/85 mmHg. La logique est simple : sans le facteur anxiogène du cabinet, une tension à 138 chez soi traduit une pression réelle plus élevée qu'une tension à 138 mesurée par un soignant. Les deux chiffres ne sont pas comparables.

Ce principe est intégré depuis plusieurs années dans les recommandations de la Haute Autorité de Santé. Il reste pourtant mal connu du grand public, qui a souvent mémorisé le seul seuil de 140 — celui qui circule dans les conversations, sur les notices, dans la mémoire collective.

La règle des trois, trois, trois

L'automesure tensionnelle n'est utile que si elle est conduite de façon rigoureuse. Une mesure isolée, prise debout après avoir monté l'escalier, ne vaut pas grand-chose. Les recommandations officielles préconisent ce qu'on appelle la règle des trois : trois mesures le matin, trois mesures le soir, pendant trois jours consécutifs — toujours au repos, assis depuis au moins cinq minutes, sans avoir fumé ni bu de café dans l'heure précédente.

On fait ensuite la moyenne de l'ensemble de ces mesures, en écartant généralement la première série du premier jour, souvent perturbée par l'appréhension ou une position incorrecte. C'est cette moyenne qui est transmise au médecin, et c'est elle qui est comparée au seuil de 135/85.

Ce protocole peut sembler fastidieux. Il est pourtant la condition pour que les chiffres obtenus aient une valeur clinique réelle. Un tensiomètre sorti du tiroir une fois par semaine, à des heures variables, dans des conditions différentes, produit des données difficiles à interpréter — et potentiellement trompeuses.

Le bon appareil, au bon endroit

Tous les tensiomètres ne se valent pas. Les appareils validés cliniquement pour le bras sont préférés aux modèles au poignet, dont la précision dépend davantage du positionnement exact du poignet au niveau du cœur — une contrainte que beaucoup ne respectent pas. La liste des appareils ayant obtenu une validation clinique est consultable sur le site de la Société française d'hypertension artérielle.

Le brassard doit être adapté à la circonférence du bras : un brassard trop petit surestime la tension, un brassard trop grand la sous-estime. C'est un détail que les notices mentionnent, que les pharmaciens rappellent rarement, et que les utilisateurs négligent souvent.

Pourquoi cela compte davantage passé un certain âge

L'hypertension artérielle touche plus de la moitié des personnes de plus de soixante ans en France. Elle est le principal facteur de risque modifiable d'accident vasculaire cérébral et l'un des facteurs majeurs d'insuffisance cardiaque et rénale. Or elle est asymptomatique dans la grande majorité des cas : on ne la ressent pas, on ne la devine pas. C'est précisément pourquoi la mesure régulière a du sens — à condition d'être bien faite et bien interprétée.

Le suivi à domicile présente un avantage réel : il permet de détecter ce qu'on appelle l'hypertension masquée, c'est-à-dire une pression normale au cabinet mais élevée dans la vie quotidienne — situation inverse de l'effet blouse blanche, et tout aussi préoccupante sur le plan cardiovasculaire. Sans automesure, elle passe inaperçue.

Connaître le bon seuil ne remplace pas une consultation. Mais ignorer qu'il existe en change une — celle où l'on arrive avec des chiffres rassurants qui ne l'étaient pas vraiment.

Source : Senioractu.com.

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