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Un cancer sur huit est lié à des infections, selon l'OMS : la première, une bactérie de l'estomac, touche plus d'une personne sur deux après 50 ans
Un rapport de l'OMS établit qu'un cancer sur huit dans le monde résulte d'une infection — et la bactérie en cause la plus répandue, Helicobacter pylori, colonise silencieusement l'estomac de plus de la moitié des personnes de plus de cinquante ans.
MARDI 29 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier
Pendant des décennies, les brûlures gastriques ont été rangées dans la catégorie des maux modernes — stress, café, repas pris debout. Puis, en 1984, deux médecins australiens, Barry Marshall et Robin Warren, ont avalé la thèse contraire : une bactérie, Helicobacter pylori, pouvait coloniser la muqueuse gastrique et y provoquer ulcères, gastrites chroniques, et à terme des cancers. On leur a ri au nez. En 2005, ils recevaient le prix Nobel de médecine. Ce renversement — du "c'est nerveux" au "c'est infectieux" — reste l'une des corrections les plus spectaculaires de la médecine contemporaine. Un nouveau rapport de l'Organisation mondiale de la santé vient d'en mesurer l'ampleur globale : un cancer sur huit dans le monde serait aujourd'hui attribuable à une infection.
Un chiffre qui change l'échelle du problème
L'OMS estime que près de deux millions de nouveaux cas de cancer diagnostiqués chaque année sont imputables à des agents infectieux — bactéries, virus, parasites. Ce n'est pas une hypothèse de travail : c'est une charge de morbidité documentée, calculée à partir de données épidémiologiques dans des dizaines de pays. La proportion, un cancer sur huit, peut sembler abstraite. Elle devient concrète dès qu'on la traduit en agents précis.
Helicobacter pylori arrive en tête, et de loin. Cette bactérie spiralée, capable de survivre dans l'environnement acide de l'estomac grâce à une enzyme particulière, est présente chez environ la moitié de la population mondiale. En France, la prévalence augmente avec l'âge : elle dépasse cinquante pour cent chez les personnes de plus de cinquante ans, souvent sans le moindre symptôme. L'infection chronique peut évoluer vers une gastrite atrophique, puis vers un cancer gastrique — deuxième cause mondiale de mortalité par cancer pendant longtemps, encore troisième aujourd'hui. Le lien de causalité est établi depuis les années 1990 : l'OMS classe H. pylori comme cancérogène de groupe 1 depuis 1994.
Viennent ensuite les papillomavirus humains (HPV), responsables de la quasi-totalité des cancers du col de l'utérus et d'une part croissante des cancers ORL, puis les virus des hépatites B et C, en cause dans la majorité des carcinomes hépatocellulaires. Le virus d'Epstein-Barr, celui du lymphome de Burkitt et de certains cancers gastriques, figure également dans ce tableau. Ces agents ne sont pas rares ni exotiques : ils circulent dans toutes les populations, à tous les âges.
Ce que cela change pour les personnes concernées
La conséquence pratique est directe : une fraction significative des cancers les plus fréquents est potentiellement évitable ou détectable à un stade précoce, précisément parce qu'elle passe par une étape infectieuse identifiable.
Pour H. pylori, le dépistage existe, il est simple — test respiratoire à l'urée ou sérologie sanguine — et le traitement par antibiotiques associés à un inhibiteur de pompe à protons éradique la bactérie dans plus de quatre-vingt pour cent des cas. Des études de grande envergure menées en Asie de l'Est, où l'incidence du cancer gastrique est très élevée, ont montré qu'une éradication précoce réduit significativement le risque de développer la maladie. En France, les recommandations de la Haute Autorité de Santé préconisent le dépistage en cas de symptômes digestifs persistants, d'antécédents familiaux de cancer gastrique, ou avant un traitement prolongé par anti-inflammatoires non stéroïdiens. Le dépistage systématique de population n'est pas encore la norme, mais la question est posée dans plusieurs pays européens.
Pour les hépatites virales, la vaccination contre l'hépatite B — disponible depuis les années 1980, efficace à plus de quatre-vingt-quinze pour cent — constitue l'un des exemples les plus probants de prévention primaire du cancer. Les antiviraux contre l'hépatite C permettent aujourd'hui une guérison virologique dans la grande majorité des cas, ce qui réduit le risque de cirrhose et de cancer du foie. Pour le HPV, la vaccination est recommandée avant l'exposition au virus, mais des études explorent son intérêt chez des adultes plus âgés dans certaines situations.
La part de ce qu'on ne sait pas encore
Ce rapport de l'OMS a aussi une face moins visible : il cartographie ce que la recherche commence seulement à mesurer. Certains microbiotes intestinaux perturbés semblent favoriser des environnements propices à des cancers colorectaux. Des virus encore mal caractérisés sont suspectés dans d'autres localisations. L'idée que le cancer soit exclusivement une affaire de mutations génétiques aléatoires ou d'expositions chimiques s'efface progressivement devant une vision plus écologique — le corps comme milieu, traversé par des agents vivants dont certains, dans certaines conditions, dérèglent la machinerie cellulaire.
Ce déplacement de perspective n'est pas qu'académique. Il signifie que des comportements ordinaires — se faire dépister pour H. pylori si on n'a jamais été testé, vérifier son statut vaccinal pour l'hépatite B, signaler à son médecin des symptômes digestifs qui traînent — peuvent avoir des conséquences réelles sur un risque que l'on croyait largement hors de portée. La biologie a ses ironies : l'une des avancées les plus importantes en cancérologie tient à une bactérie que l'on peut éliminer en deux semaines de traitement.
Un cancer sur huit dans le monde résulte d'une infection. Ce chiffre ne plaide pas pour l'anxiété — il plaide pour le dépistage.
Source : SeniorActu.
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