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VENDREDI 14 AOÛT 2026136
Senior·Closer
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Bien-vivre

Personne ne se méfiait de l'eau chaude du robinet : la légionellose a tué deux personnes en Savoie, et votre douche est concernée

La légionellose ne passe pas par le verre d'eau. Elle passe par la vapeur — celle de votre douche, de votre réseau, de votre tour de refroidissement. En Savoie, deux morts cet été ont rappelé que cette bactérie n'a rien d'exceptionnel, et que les réseaux d'eau chaude domestiques restent son terrain favori.

VENDREDI 14 AOÛT 2026·Par Fabrice Crozier

Un pommeau de douche ancien, légèrement calcaire, photographié en contre-plongée dans la vapeur d'une salle de bains aux carreaux de faïence blanche, lumière rasante de fin de matinée traversant une fenêtre dépolie.
Illustration générée par notre rédaction.

Deux personnes sont mortes en Savoie cet été. Quarante et une autres ont été déclarées malades depuis le 1er juin. La source de contamination n'est toujours pas identifiée. La légionellose frappe sans signal préalable, dans des endroits que l'on croit connaître — hôtels, hôpitaux, immeubles collectifs, et parfois la salle de bains du domicile. Ce que l'on sait de cette bactérie suffit pourtant à se protéger, à condition de savoir où regarder.

Ce n'est pas l'eau que vous buvez

La confusion est fréquente, et elle coûte de la vigilance. Legionella pneumophila ne se transmet pas par ingestion. Avaler de l'eau contaminée ne provoque rien. C'est l'inhalation de micro-gouttelettes en suspension — l'aérosol produit par une douche, un jacuzzi, un nébuliseur, un système de climatisation — qui permet à la bactérie d'atteindre les poumons. La distinction n'est pas anodine : elle déplace entièrement le regard, de la qualité de l'eau potable vers la qualité des installations qui la chauffent, la stockent et la diffusent.

La légionelle prolifère dans une fenêtre de température précise : entre 25 et 45 degrés Celsius, elle se multiplie activement. En dessous de 20 degrés, elle survit mais ne se reproduit guère. Au-dessus de 60 degrés, elle meurt. C'est pourquoi les recommandations sanitaires imposent, dans les bâtiments collectifs, une température de stockage de l'eau chaude sanitaire d'au moins 60 degrés en sortie de chauffe-eau, et de 50 degrés minimum en tout point du réseau. Ces seuils ne sont pas arbitraires : ils ont été établis après des épidémies documentées, dont la première grande enquête remonte à 1976, lors d'un congrès de la Légion américaine à Philadelphie — d'où le nom de la bactérie.

Les installations domestiques ne sont pas épargnées

On associe volontiers la légionellose aux tours aéroréfrigérantes industrielles ou aux réseaux hospitaliers. L'image est juste, mais incomplète. Les chauffe-eau domestiques — surtout les ballons électriques — peuvent devenir des foyers de prolifération lorsqu'ils sont réglés trop bas, mal entretenus, ou lorsqu'une partie de l'eau stagne longtemps à température tiède. Un ballon réglé à 55 degrés au lieu de 60, une canalisation peu utilisée dans une résidence secondaire rouverte après plusieurs semaines : les conditions sont réunies.

Les pommeaux de douche à faible débit, les flexibles de douche anciens, les filtres entartrés sont des points de concentration connus. Le biofilm — cette pellicule organique qui tapisse l'intérieur des tuyaux — protège la bactérie des traitements chimiques et lui offre un substrat de croissance. Une installation qui n'a pas été purgée depuis des mois, dans une maison de vacances ou un logement inoccupé, mérite attention avant la première douche.

La légionellose n'est pas une maladie rare : en France, plusieurs milliers de cas sont déclarés chaque année, avec une létalité qui dépasse les dix pour cent.

Les deux victimes savoyardes avaient plus de quatre-vingts ans. Ce n'est pas un hasard. La sévérité de la maladie dépend largement de l'état immunitaire : les personnes immunodéprimées, les fumeurs, ceux qui souffrent de pathologies respiratoires chroniques ou de diabète sont plus exposés à une forme grave. Mais la légionellose peut aussi frapper des adultes sans antécédents particuliers — les formes légères, diagnostiquées comme pneumonie banale, passent souvent inaperçues dans les statistiques.

Ce que l'on peut vérifier chez soi

Il n'existe pas de test domestique fiable pour détecter la légionelle dans son eau. En revanche, quelques précautions relèvent du bon sens d'entretien plutôt que de la paranoïa sanitaire.

Vérifier la température de consigne de son chauffe-eau : un ballon électrique doit être réglé à 60 degrés minimum. Certains appareils sont livrés avec un réglage d'usine plus bas, présenté comme économique. L'économie d'énergie a ses limites bactériologiques. Purger les canalisations peu utilisées avant de s'en servir — laisser couler l'eau froide puis l'eau chaude quelques minutes après une longue absence. Remplacer régulièrement les flexibles de douche et les pommeaux, dont la durée de vie recommandée est souvent inférieure à ce que l'on imagine. Faire détartrer les installations dans les zones à eau calcaire : le tartre favorise le biofilm.

Dans les copropriétés et les immeubles collectifs, la réglementation impose des contrôles périodiques et des carnets de suivi. Si vous n'avez jamais vu passer de document de ce type dans votre résidence, la question vaut d'être posée au syndic. Ce n'est pas une démarche anxieuse : c'est une obligation légale que beaucoup d'immeubles ne respectent pas scrupuleusement.

L'épidémie savoyarde n'est pas close. La source n'a pas été trouvée. Ce genre d'enquête prend du temps, parce que la bactérie ne laisse pas de trace évidente et que les cas se déclarent avec un délai de deux à dix jours après l'exposition. Ce que l'on sait, en revanche, c'est que la prochaine douche que vous prendrez dans un hôtel, une résidence de vacances ou un logement longtemps inoccupé mérite une minute d'eau chaude à plein débit avant d'y entrer. Une minute, pas davantage. Mais cette minute-là compte.

Source : senioractu.com.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

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