Santé·Article 1 sur 4
Quatre boîtes, cinq principes actifs, un risque de chute déjà signalé : l'Assurance maladie paie dès 65 ans le tri de vos médicaments du matin
Sur la table du petit-déjeuner, quatre boîtes attendent à côté du verre d'eau. Le tapis ne glisse plus, la barre d'appui tient bon — et pourtant le risque de chute reste entier. Il vient peut-être de là, de ces comprimés avalés sans y penser depuis des années.
SAMEDI 5 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier
On sécurise les sols, on change les ampoules, on installe des barres d'appui. Ces gestes sont utiles. Mais la littérature médicale le documente depuis plus de vingt ans : les médicaments sont l'un des premiers facteurs de chute chez les adultes actifs de 65 ans et plus. Pas les tapis. Pas les escaliers. Les comprimés du matin.
Le vrai décompte
Ce n'est pas le nombre de boîtes qui compte, c'est le nombre de principes actifs — et leur combinaison. Quatre boîtes peuvent n'en contenir que deux ; deux boîtes peuvent en receler cinq. La polymédication, définie médicalement comme la prise simultanée de cinq molécules ou plus, concerne une part très significative des personnes de plus de 65 ans en France. Elle n'est pas une anomalie en soi : elle reflète souvent la réalité de plusieurs pathologies traitées en parallèle. Ce qui devient problématique, c'est l'accumulation silencieuse — un renouvellement d'ordonnance ici, un spécialiste qui prescrit là, sans que personne ne regarde l'ensemble.
Certaines classes thérapeutiques sont particulièrement impliquées dans les chutes : les somnifères et anxiolytiques de la famille des benzodiazépines, les antihypertenseurs qui peuvent provoquer une hypotension orthostatique au lever, les diurétiques, certains antidépresseurs, les antihistaminiques de première génération présents dans des médicaments courants contre le rhume ou les allergies. Pris séparément, chacun a sa justification. Pris ensemble, ils peuvent altérer l'équilibre, ralentir les réflexes, baisser la tension au mauvais moment.
Ce que l'Assurance maladie rembourse — et que peu de gens demandent
Depuis plusieurs années, la révision de l'ordonnance médicamenteuse est inscrite dans les dispositifs de prévention remboursés. Le médecin traitant peut conduire ce qu'on appelle une révision de polymédication ou un bilan partagé de médication, en lien avec le pharmacien. L'objectif est précis : passer en revue l'ensemble des traitements, identifier les redondances, les interactions, les molécules devenues inadaptées au fil du temps, et simplifier si possible l'ordonnance.
Ce bilan est pris en charge par l'Assurance maladie dès 65 ans, sans condition particulière autre que la polymédication avérée. Il ne s'agit pas d'un parcours complexe : c'est une consultation dédiée, ou un temps spécifique lors d'une consultation existante, au cours de laquelle le médecin — idéalement en coordination avec le pharmacien habituel — examine chaque traitement à la lumière des autres.
Le pharmacien, justement, joue ici un rôle souvent sous-estimé. Il dispose de l'historique complet des délivrances, voit les prescriptions de plusieurs médecins, et peut repérer des associations que chaque prescripteur pris isolément n'a pas en tête. Un entretien pharmaceutique — également remboursé pour les patients sous certains traitements chroniques — peut être le premier pas.
Pourquoi ce bilan est si peu demandé
La réponse tient en partie à la culture médicale française, longtemps peu portée sur la déprescription. Arrêter un médicament prescrit depuis dix ans demande une décision active, une conversation parfois délicate, et une certaine confiance réciproque. Les patients, de leur côté, associent souvent la réduction d'un traitement à une dégradation de leur état — alors que c'est parfois l'inverse.
Il tient aussi à l'organisation des soins. Quand un cardiologue, un rhumatologue et un médecin traitant prescrivent chacun de leur côté, personne n'a nécessairement la vue d'ensemble. Le dossier médical partagé devrait théoriquement y remédier ; dans la pratique, son usage reste inégal.
La chute n'est pas un accident de parcours. C'est souvent le résultat visible d'un déséquilibre invisible, installé progressivement, traitement après traitement.
Prendre rendez-vous pour ce bilan ne suppose pas de remettre en cause chaque prescription ni de se passer de traitements nécessaires. Il s'agit de regarder l'ordonnance comme un système — pas comme une liste — et de vérifier que ce système, dans son état actuel, travaille pour vous plutôt que contre vous.
Ce qu'on peut faire dès maintenant
Avant même la consultation, un geste simple : réunir toutes les boîtes en cours — y compris les médicaments sans ordonnance, les compléments, les traitements ponctuels — et en faire la liste complète. Beaucoup de médecins ne connaissent pas l'intégralité de ce que prend leur patient. Cette liste, apportée à la prochaine consultation, est déjà un point de départ.
Poser la question directement au médecin traitant : "Est-ce qu'on pourrait faire le point sur l'ensemble de mes traitements ?" La demande est légitime. Elle est remboursée. Et elle peut, dans certains cas, changer quelque chose de concret — pas seulement sur le tapis de l'entrée.
Source : Senioractu.com.
Article original : Lire la suite sur senioractu.com ↗