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Un nanogel a rendu la mémoire à des souris Alzheimer : en France, la HAS n'a jugé aucun traitement assez efficace pour être remboursé sur votre ordonnance
Un nanogel injecté directement dans le cerveau de souris atteintes d'Alzheimer a restauré des comportements perdus. Spectaculaire en laboratoire, encore lointain en clinique — mais dans un paysage thérapeutique français où aucun médicament n'est aujourd'hui remboursé, chaque signal compte.
MARDI 1 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier
Une souris qui va bien construit son nid. Elle rassemble le coton, le pousse en cercle, s'y love. Une souris malade laisse le coton en tas et dort à côté. Ce comportement — banal, instinctif, presque invisible — est devenu l'un des marqueurs les plus fiables de la maladie d'Alzheimer dans les modèles animaux. Quand une équipe américaine a annoncé, fin août, que des souris malades recommençaient à construire leur nid après deux injections d'un nanogel, la communauté scientifique a retenu son souffle. Pas d'euphorie, mais une attention soutenue.
Ce que le nanogel fait, et comment
Le principe est celui de la nanomédicine appliquée au système nerveux central : délivrer une substance active là où elle doit agir, en contournant la barrière hémato-encéphalique — cette membrane qui protège le cerveau mais bloque aussi la quasi-totalité des molécules thérapeutiques classiques. Le gel en question encapsule des agents anti-inflammatoires et les libère progressivement dans le tissu cérébral après injection. L'inflammation chronique de bas grade est l'un des mécanismes aujourd'hui reconnus dans la progression de la maladie : les cellules immunitaires du cerveau, les microglies, s'emballent et finissent par détruire les connexions qu'elles étaient censées protéger.
Deux injections ont suffi pour que les souris du groupe traité retrouvent des comportements perdus. Les résultats, publiés dans une revue à comité de lecture, montrent également une réduction des plaques amyloïdes et des enchevêtrements de protéine tau — les deux signatures histologiques de la maladie. Ce n'est pas la première fois qu'on guérit des souris Alzheimer. C'est même, depuis trente ans, un exercice auquel la recherche s'est livrée avec une régularité décourageante. La plupart de ces succès murins n'ont jamais survécu au passage à l'humain.
Pourquoi cette fois mérite qu'on s'y arrête
Plusieurs éléments distinguent cette piste des précédentes. D'abord, le mécanisme ciblé — l'inflammation — est différent des approches qui ont échoué en visant uniquement les plaques amyloïdes. Pendant deux décennies, l'hypothèse amyloïde a structuré presque toute la recherche clinique mondiale, produisant des molécules qui nettoyaient les plaques sans ralentir le déclin cognitif. L'échec retentissant de plusieurs candidats-médicaments très attendus a conduit le champ à se diversifier. L'inflammation, la synapse, le métabolisme énergétique des neurones : autant de cibles nouvelles explorées en parallèle.
Ensuite, la voie d'administration. Injecter directement dans le cerveau n'est pas un geste anodin, mais des techniques de neurochirurgie mini-invasive existent déjà pour d'autres indications. La question de la faisabilité clinique n'est donc pas absurde à poser, même si elle reste prématurée.
Enfin, le calendrier. Avant tout essai humain, il faudra des études chez le primate non humain — dont le cerveau est autrement plus complexe que celui d'une souris —, puis des phases I, II et III d'essais cliniques. Dans le meilleur des scénarios, on parle d'une décennie. Dans le pire, d'une impasse supplémentaire.
Guérir des souris Alzheimer est devenu, depuis trente ans, un exercice auquel la recherche s'est livrée avec une régularité décourageante. La plupart de ces succès murins n'ont jamais survécu au passage à l'humain.
Le vide français
Ce qui donne à cette annonce une résonance particulière en France, c'est le contexte local. En 2016, la Haute Autorité de Santé a retiré du remboursement les quatre médicaments qui existaient alors contre Alzheimer — donépézil, rivastigmine, galantamine et mémantine. Sa conclusion : un service médical rendu insuffisant, des effets indésirables non négligeables, une efficacité clinique trop modeste pour justifier une prise en charge collective. La décision a été contestée par certains neurologues et associations de patients, mais elle tient.
Depuis, aucun traitement modificateur de la maladie n'est disponible en France dans le droit commun. Les deux anticorps monoclonaux approuvés aux États-Unis par la FDA — le lecanemab et le donanemab — ciblent les plaques amyloïdes et ont montré un ralentissement modeste du déclin dans des populations très sélectionnées. L'Agence européenne des médicaments a refusé l'autorisation de mise sur le marché pour le lecanemab, invoquant un rapport bénéfice-risque insuffisant. Les risques d'œdème et de micro-hémorragies cérébrales ont pesé dans la balance.
La France se retrouve donc dans une position singulière : une maladie qui touche environ un million de personnes sur son territoire, une recherche mondiale en effervescence, et une armoire à pharmacie vide pour les patients diagnostiqués aujourd'hui. Ce n'est pas un oubli administratif. C'est le reflet d'une réalité scientifique : on ne sait pas encore arrêter cette maladie.
Ce que cela change — et ce que cela ne change pas
Pour les personnes concernées aujourd'hui, directement ou dans leur entourage proche, la nouvelle du nanogel ne change rien à court terme. Les essais cliniques prennent le temps qu'ils prennent. Ce qui change, en revanche, c'est la direction du regard. La recherche sur Alzheimer a longtemps semblé piétiner sur un seul front. Elle explore désormais plusieurs voies simultanément — immunothérapie, thérapie génique, modulation de l'inflammation, ciblage des mitochondries neuronales. Certaines aboutiront. Lesquelles, et quand : personne ne le sait honnêtement.
Ce que l'on sait, c'est que les outils de diagnostic précoce progressent plus vite que les traitements. Les biomarqueurs sanguins permettent aujourd'hui de détecter des signes biologiques de la maladie avant l'apparition des symptômes. Diagnostiquer plus tôt n'a de sens que si l'on dispose d'un traitement à proposer dans cette fenêtre. Ce n'est pas encore le cas. Mais c'est précisément pour cette fenêtre-là que les chercheurs travaillent — et que des nanogels sont testés sur des rongeurs qui, pour l'heure, recommencent à construire leur nid.
Source : Senioractu.com.
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