Réforme des retraites suspendue : les premiers nés en 1964 partent depuis le 1er octobre, mais la loi de financement ne rend rien à la génération 1963
La suspension de la réforme des retraites, votée fin 2025, n'efface pas uniformément les années gagnées par la loi de 2023. Selon l'année et le mois de naissance, le retour en arrière est partiel — ou inexistant.
DIMANCHE 11 OCTOBRE 2026·Par Fabrice Crozier
La réforme des retraites de 2023 avait reculé l'âge légal de départ de 62 à 64 ans, par paliers successifs selon la génération. Deux ans plus tard, la loi de financement de la Sécurité sociale du 30 décembre 2025 en a suspendu les effets — partiellement. Ce "partiellement" compte beaucoup. Car selon l'année, voire le trimestre de naissance, la suspension change tout, ou ne change rien.
Ce que la suspension a réellement modifié
La mesure votée en décembre 2025 n'a pas abrogé la réforme. Elle en a suspendu l'application à compter du 1er septembre 2025. Conséquence directe : seuls les assurés dont l'âge légal de départ n'était pas encore atteint à cette date ont pu bénéficier du recul. Pour les générations dont le seuil avait déjà été franchi avant septembre 2025, la suspension arrive trop tard — elle ne produit aucun effet rétroactif.
Les premiers assurés nés en 1964 ont pu liquider leur pension à partir du 1er octobre 2025, dès leurs 61 ans révolus selon les cas, ou plus précisément dès l'âge auquel la suspension les ramène. L'âge légal applicable à leur génération, tel que fixé par la réforme de 2023, était de 63 ans. La suspension le ramène à 62 ans pour ceux qui n'avaient pas encore atteint ce seuil au moment de l'entrée en vigueur du texte.
La génération 1963 : rien à récupérer
Les personnes nées en 1963 avaient, elles, un âge légal fixé à 62 ans et 6 mois par la réforme de 2023. La plupart avaient déjà atteint cet âge avant septembre 2025. La suspension ne leur rend donc aucun mois. Celles qui n'avaient pas encore liquidé leur retraite à cette date peuvent théoriquement en bénéficier à la marge — mais elles sont peu nombreuses, et le gain est au mieux de quelques semaines.
C'est l'une des asymétries les plus nettes de ce texte : deux générations proches, séparées d'un an de naissance, n'ont pas du tout le même vécu de la suspension. Pour les uns, elle ouvre une fenêtre concrète. Pour les autres, elle arrive après la bataille.
Les trimestres requis, l'autre variable
L'âge légal n'est qu'une des deux conditions d'un départ à taux plein. L'autre est le nombre de trimestres cotisés. La réforme de 2023 avait également accéléré le calendrier de la loi Touraine de 2014, qui prévoyait d'atteindre 172 trimestres requis pour les générations nées à partir de 1973. La suspension de 2025 ne touche pas à cette trajectoire. Autrement dit, même pour ceux qui retrouvent un âge légal de 62 ans, la condition de durée reste entière.
Un assuré né en 1964, éligible à un départ depuis octobre 2025, devra toujours justifier du nombre de trimestres correspondant à sa génération pour partir sans décote. S'il ne les a pas, il lui faudra attendre ses 67 ans — âge du taux plein automatique, lui non modifié par la réforme de 2023 ni par sa suspension.
Une lisibilité du système qui reste difficile
Ce millefeuille de règles — réforme suspendue mais non abrogée, effets différés selon la date d'entrée en vigueur, durée de cotisation inchangée — rend le calcul personnel particulièrement opaque. Les caisses de retraite, Cnav pour le régime général, Agirc-Arrco pour les complémentaires, ont dû adapter leurs outils de simulation en cours d'année. Les délais de traitement des dossiers ont suivi.
Pour qui approche de la date envisagée, la prudence commande de ne pas se fier à un relevé de situation datant d'avant décembre 2025. Les simulateurs en ligne des caisses ont été mis à jour, mais une demande de relevé de carrière actualisé reste le point de départ le plus fiable avant toute décision.
La suspension ne rend pas le même nombre de mois à tout le monde — et pour une partie des assurés nés au début des années 1960, elle ne rend rien du tout.
Ce que cette séquence législative illustre, au fond, c'est la difficulté à corriger à mi-parcours une réforme dont les effets s'échelonnent sur des décennies. Chaque génération a intégré des règles différentes dans ses projections. Les modifier — même partiellement, même provisoirement — crée des situations d'inégalité entre cohortes voisines qui ne se voient pas dans les grands titres, mais qui se ressentent très concrètement dans les calendriers de vie.
Source : Senioractu.com.
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