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MERCREDI 26 AOÛT 2026137
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Bien-vivre·Article 3 sur 4

Remboursements 2027 : les quatre décrets sont parus, et la Sécu peut ne plus payer que 160 euros par oreille sur vos appareils auditifs

Quatre décrets signés en août redessinent discrètement la carte des remboursements pour 2027 : appareils auditifs, couronnes dentaires, transports sanitaires, médicaments. Ce qui change, c'est moins le montant affiché sur l'ordonnance que la répartition entre Sécurité sociale et complémentaires.

MERCREDI 26 AOÛT 2026·Par Fabrice Crozier

Sur une table en bois clair, un appareil auditif beige posé à côté d'une feuille de remboursement froissée et d'un stylo bille, lumière de fin d'après-midi rasante depuis une fenêtre hors champ.
Illustration générée par notre rédaction.

Un samedi d'août, le Journal officiel publie quatre décrets. Personne ne les attend, presque personne ne les lit. Pourtant, ils touchent à des postes de dépenses que beaucoup connaissent bien : les appareils auditifs, les couronnes dentaires, les transports en véhicule sanitaire, certains médicaments. La réforme ne s'annonce pas par une lettre de la Caisse. Elle se lit dans les lignes de remboursement, quelques mois plus tard.

Ce que disent les textes

Les décrets 2026-809 à 2026-812, signés le vendredi 21 août et publiés le lendemain, entrent en vigueur pour l'exercice 2027. Leur logique commune : ajuster la base de remboursement de l'Assurance maladie obligatoire sur plusieurs postes, sans toucher, en apparence, au reste à charge final du patient. Ce qui se déplace, c'est la frontière entre ce que la Sécu prend en charge et ce que les complémentaires — mutuelles, institutions de prévoyance, assureurs — doivent couvrir.

Sur les appareils auditifs, le chiffre retient l'attention : la prise en charge de la Sécurité sociale pourrait descendre à 160 euros par oreille. Ce montant paraît dérisoire au regard du prix réel d'un appareil — plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d'euros selon la technologie et le niveau d'équipement. Mais il faut le replacer dans le cadre du 100 % Santé, la réforme entrée en vigueur progressivement depuis 2019, qui a instauré un panier de soins sans reste à charge pour les audioprothèses, les lunettes et les prothèses dentaires. Dans ce dispositif, c'est précisément l'articulation entre remboursement de base et prise en charge complémentaire qui garantit — ou non — l'absence de dépassement pour l'assuré.

Le 100 % Santé, cinq ans après

La réforme avait suscité un espoir réel. Pour la première fois, des millions de personnes pouvaient accéder à une audioprothèse correcte sans débourser un centime de leur poche — à condition de choisir un appareil du panier dit "classe I". Les audioprothésistes ont dû proposer cette offre obligatoirement. Les complémentaires ont été contraintes de la rembourser intégralement. Le résultat a été tangible : le taux d'équipement a progressé, le marché s'est restructuré.

Ce que les décrets d'août viennent modifier, c'est la clé de répartition interne à ce système. Si la base Sécu baisse, les complémentaires doivent compenser davantage pour maintenir le zéro reste à charge. Cela se répercute mécaniquement sur leurs équilibres financiers — et, à terme, sur les cotisations. L'assuré ne voit rien bouger au comptoir de l'audioprothésiste. Il le voit, éventuellement, sur son avis d'échéance de mutuelle.

Couronnes, transports, médicaments : le même mécanisme

Les trois autres décrets suivent une logique identique. Sur les couronnes dentaires, le 100 % Santé a également transformé le marché depuis 2019 : les couronnes céramique en classe I sont théoriquement accessibles sans reste à charge. Toute révision de la base de remboursement obligatoire fragilise cet équilibre si les complémentaires ne suivent pas.

Pour les transports en véhicule sanitaire léger — ces trajets en taxi conventionné ou VSL prescrits pour se rendre en dialyse, en chimiothérapie, en consultation spécialisée —, les règles de prise en charge ont déjà connu plusieurs resserrements ces dernières années. L'Assurance maladie cherche à mieux contrôler un poste en forte croissance. Le décret ajuste les conditions de remboursement sans, semble-t-il, supprimer les droits existants pour les affections de longue durée.

Sur les médicaments, le texte concernerait une partie du répertoire — probablement des spécialités dont le service médical rendu a été réévalué, une procédure régulière de la Haute Autorité de santé. Le déremboursement partiel ou total de certains produits est une pratique ancienne ; ce qui change, c'est le rythme et l'ampleur des révisions dans un contexte de maîtrise des dépenses.

Lire entre les lignes d'un décret d'août

Publier quatre textes réglementaires un samedi de la fin août n'est pas anodin. C'est une date creuse dans le calendrier médiatique, propice aux annonces que l'on préfère voir passer discrètement. Cela ne signifie pas que les mesures sont illégitimes — elles s'inscrivent dans des cadres législatifs existants — mais cela invite à une lecture attentive.

Pour quiconque est équipé d'audioprothèses, suit un traitement régulier nécessitant des transports médicaux, ou a engagé des soins dentaires sur plusieurs années, la vigilance s'impose sur deux points. D'abord, vérifier que le contrat de complémentaire santé souscrit couvre bien les paniers 100 % Santé dans leur intégralité — ce n'est pas automatique sur tous les contrats anciens. Ensuite, anticiper le renouvellement éventuel des équipements : les conditions de prise en charge au moment de l'achat sont celles qui s'appliquent, pas celles en vigueur lors de la prescription initiale.

Ce que ces décrets dessinent, au fond, c'est une Sécurité sociale qui continue de garantir l'accès aux soins en principe, tout en déléguant de plus en plus la charge réelle aux organismes complémentaires. Ce transfert silencieux dure depuis deux décennies. Il s'accélère.

Source : Senioractu.com.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

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