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LUNDI 27 JUILLET 2026133
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Bien-vivre·Article 4 sur 4

Un infarctus sévère, une coronarographie, un prélèvement au cœur : les microplastiques y sont 2,6 fois plus fréquents

Du sang prélevé directement dans l'artère coronaire, des microplastiques présents en quantité 2,6 fois supérieure chez les patients en plein infarctus : une étude pose une question que la cardiologie ne peut plus esquiver.

LUNDI 27 JUILLET 2026·Par Fabrice Crozier

Une paire de gants chirurgicaux bleus posée sur un plateau en acier inoxydable, sous la lumière froide d'un bloc opératoire, avec au premier plan un fragment de tubulure transparente dans laquelle stagne une goutte de sang sombre.
Illustration générée par notre rédaction.

Il ne s'agit plus de poissons, de bouteilles en mer ou de sacs plastique abandonnés. Il s'agit du sang qui irrigue le cœur, prélevé à quelques centimètres du muscle cardiaque, chez des patients en train de traverser l'un des événements les plus brutaux de leur vie. Et dans ce sang-là, les microplastiques sont présents — en quantité mesurable, en excès significatif.

Un prélèvement inhabituel

La méthode distingue cette étude de la plupart des travaux antérieurs. Plutôt que d'analyser du sang veineux périphérique — facile à prélever, mais éloigné des organes cibles —, les chercheurs ont profité d'une procédure déjà en cours : la coronarographie. Cet examen, qui consiste à introduire un cathéter jusqu'aux artères coronaires pour les visualiser et, si nécessaire, les déboucher, offre un accès rarissime. On peut y prélever du sang directement dans la circulation coronarienne, au plus près du myocarde.

Trois groupes de patients ont été constitués selon la gravité de leur situation : ceux qui venaient de faire un infarctus du myocarde dit "STEMI" — le plus sévère, avec occlusion complète d'une artère —, ceux présentant un syndrome coronarien sans occlusion totale, et ceux dont les artères s'avéraient finalement saines à l'examen. Le résultat est net : les concentrations de microplastiques dans le sang coronarien des patients en infarctus sévère sont 2,6 fois plus élevées que chez les patients aux coronaires saines.

Ce que l'on sait, ce que l'on ignore

Les microplastiques — fragments de moins de cinq millimètres issus de la dégradation de matières plastiques — sont désormais détectés dans des tissus humains variés : poumons, placenta, foie, sang périphérique. Leur présence dans les plaques d'athérosclérose avait déjà été documentée en 2024 dans une étude publiée dans The New England Journal of Medicine, qui avait montré une association entre microplastiques dans les plaques carotidiennes et risque accru d'événements cardiovasculaires. Ce nouveau travail prolonge cette piste, mais en se plaçant encore plus en amont : dans le flux sanguin qui nourrit le cœur lui-même.

La question centrale reste ouverte : les microplastiques contribuent-ils à l'infarctus, ou s'accumulent-ils davantage dans un territoire vasculaire déjà enflammé, fragilisé, en crise ? La corrélation est établie ; la causalité, non. Ce distinguo n'est pas une précaution rhétorique — il conditionne tout ce qu'on pourrait en déduire sur le plan thérapeutique ou préventif.

Ce que l'on sait par ailleurs : les microplastiques provoquent in vitro des réponses inflammatoires et un stress oxydatif sur les cellules endothéliales — celles qui tapissent l'intérieur des vaisseaux. Ils peuvent transporter des substances chimiques adsorbées à leur surface : perturbateurs endocriniens, métaux lourds, résidus de plastifiants. Leur taille leur permet de franchir des barrières biologiques que des particules plus grosses ne franchissent pas.

80 000 infarctus par an en France

L'Inserm recense environ 80 000 infarctus du myocarde chaque année en France. La mortalité hospitalière a considérablement reculé depuis les années 1980 grâce à la généralisation de la coronarographie en urgence et des traitements antiagrégants. Mais la maladie coronarienne reste la première cause de mortalité cardiovasculaire dans les pays occidentaux, et ses mécanismes déclenchants ne sont pas tous élucidés. L'athérosclérose — l'accumulation de plaques dans les artères — est bien documentée dans ses grandes lignes, mais la rupture soudaine d'une plaque qui provoque l'occlusion reste difficile à prédire.

C'est dans cet espace d'incertitude que s'inscrit la recherche sur les microplastiques. Non pas comme explication unique, mais comme facteur potentiellement aggravant parmi d'autres — tabac, hypertension, diabète, sédentarité, alimentation — dont certains sont modifiables.

Une exposition quotidienne, difficile à éviter

L'exposition aux microplastiques est aujourd'hui quasi universelle. Elle passe par l'alimentation — poissons, fruits de mer, sel, eau en bouteille, aliments emballés —, par l'air intérieur chargé de fibres synthétiques, par certains contenants chauffés au micro-ondes. Des études de biosurveillance montrent que nous en ingérons et inhalons en permanence, sans que les seuils d'effet soient encore établis pour la santé humaine.

Réduire son exposition relève aujourd'hui davantage de choix individuels à la marge — favoriser le verre et l'inox, limiter les plastiques à usage unique, aérer les espaces de vie — que d'une stratégie de santé publique coordonnée. Les régulations progressent lentement : l'Union européenne a restreint certains plastiques à usage unique depuis 2021, mais la question des microplastiques déjà présents dans les écosystèmes et dans les corps est d'une autre nature.

La présence de microplastiques dans le sang coronarien de patients en infarctus ne prouve pas qu'ils en sont la cause — mais elle justifie qu'on cesse de les traiter comme un problème environnemental extérieur à la médecine.

Ce que cette étude apporte, au fond, c'est une géographie nouvelle. Les microplastiques ne sont plus seulement dans l'océan, dans les poissons ou dans les eaux souterraines. Ils sont dans l'artère qui descend le long du ventricule gauche, au moment précis où elle se ferme.

Source : Senioractu.com.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

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