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Santé·Article 1 sur 4

L'ANSM veut allonger la durée de conservation de 73 médicaments courants : jusqu'à cinq ans au lieu de trois pour votre boîte de paracétamol

L'Agence nationale de sécurité du médicament vient de réévaluer 73 médicaments du quotidien et propose d'allonger leur durée de conservation — parfois jusqu'à cinq ans. Une décision qui interroge autant sur la chimie des molécules que sur les habitudes de gestion du tiroir à médicaments.

VENDREDI 28 AOÛT 2026·Par Fabrice Crozier

Une boîte de paracétamol générique posée sur une étagère en bois clair, photographiée en légère contre-plongée, la date de péremption imprimée sur le carton net et lisible, baignée d'une lumière de fin d'après-midi qui traverse une fenêtre hors champ.
Illustration générée par notre rédaction.

La date de péremption imprimée sur une boîte de médicaments a longtemps semblé intangible — gravée dans le plastique comme une vérité scientifique. L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) vient de nuancer ce postulat : soixante-treize spécialités pharmaceutiques courantes, dont le paracétamol sous ses formes les plus répandues, conservent leurs propriétés bien au-delà des trois ans habituellement indiqués. L'agence propose d'allonger cette durée à cinq ans, sous réserve que les conditions de stockage soient respectées.

Pourquoi maintenant

La question mérite d'être posée franchement. Les molécules en cause — paracétamol, ibuprofène, certains antihistaminiques, des antiacides — ne sont pas nouvelles. Leurs profils de stabilité chimique sont documentés depuis des décennies. Si la durée de conservation n'avait pas été revue plus tôt, c'est en partie parce que les industriels n'avaient guère d'incitation à le faire : une péremption courte accélère le renouvellement des stocks, donc les ventes. Les études de stabilité prolongée coûtent par ailleurs du temps et de l'argent, et les autorités ne les exigeaient pas systématiquement au-delà du délai initialement validé.

L'ANSM a engagé ce travail de réévaluation dans un contexte de tension sur les approvisionnements. La France a connu plusieurs épisodes de pénurie de paracétamol ces dernières années, notamment en 2022, lorsque la demande post-Covid et les difficultés logistiques mondiales avaient vidé les rayons des pharmacies. Allonger la durée de conservation permet mécaniquement d'élargir la fenêtre d'utilisation des stocks existants — dans les officines, dans les hôpitaux, et dans les foyers.

Ce que dit la chimie

Un médicament ne "tourne" pas comme un yaourt. La dégradation d'une molécule active suit des cinétiques précises, influencées par la température, l'humidité et l'exposition à la lumière. Le paracétamol, par exemple, est une molécule réputée stable dans des conditions normales de conservation — entre 15 et 25 °C, à l'abri de l'humidité. Les études accélérées de vieillissement, qui soumettent les échantillons à des conditions extrêmes pour simuler le temps, montrent que l'efficacité et l'innocuité restent intactes bien au-delà de la date actuellement imprimée.

Ce n'est pas une découverte récente. Des travaux américains publiés dès les années 1990, notamment sous l'impulsion de l'armée américaine soucieuse de ses stocks de terrain, avaient déjà établi que la grande majorité des médicaments courants conservaient plus de 90 % de leur activité plusieurs années après leur date officielle. Ces résultats n'avaient pas modifié les pratiques civiles — ni outre-Atlantique, ni en Europe.

Certaines formes galéniques restent néanmoins plus fragiles. Les sirops, les collyres, les formes injectables ou les médicaments biologiques obéissent à des règles différentes. L'allongement proposé par l'ANSM concerne des formes solides — comprimés, gélules — dont la stabilité est structurellement plus robuste.

Ce qui change dans le tiroir à médicaments

Si la révision est entérinée, les nouvelles boîtes porteront une date de péremption repoussée de deux ans. Celles déjà en circulation ne seront pas rétroactivement modifiées — la date imprimée reste la référence légale pour le consommateur, même si la molécule, elle, ne sait pas lire les étiquettes.

La question pratique qui se pose alors : que faire des boîtes dont la date est dépassée depuis quelques mois ? L'ANSM ne recommande pas de les utiliser hors péremption — la responsabilité légale et réglementaire reste celle de l'étiquetage en vigueur. Mais la décision de réévaluation envoie un signal clair : la marge de sécurité intégrée dans ces dates est, pour les molécules concernées, plus large qu'on ne l'admettait officiellement.

Il reste une règle de bon sens que cette révision ne remet pas en cause : un médicament mal conservé — exposé à la chaleur d'une voiture en été, à l'humidité d'une salle de bains mal ventilée, ou à la lumière directe — peut se dégrader avant sa date. Le conditionnement et le lieu de stockage comptent autant que le calendrier.

Un signal plus large

Cette réévaluation s'inscrit dans un mouvement plus vaste de révision des normes pharmaceutiques en Europe. La Commission européenne et l'Agence européenne des médicaments travaillent depuis plusieurs années à harmoniser et à moderniser les exigences de stabilité. L'objectif est double : réduire le gaspillage — des millions de boîtes parfaitement actives sont détruites chaque année faute d'une date suffisamment longue — et sécuriser les approvisionnements dans un contexte géopolitique où les chaînes de production sont devenues vulnérables.

Pour qui gère un armoire à pharmacie avec méthode, cette décision change peu de choses au quotidien. Pour les collectivités, les structures médico-sociales et les pharmacies hospitalières, elle peut représenter des économies substantielles et une meilleure résilience face aux ruptures. C'est peut-être là l'essentiel du message : la date de péremption n'a jamais été une frontière absolue. Elle a toujours été une convention — utile, nécessaire, mais révisable.

Source : Senioractu.com.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

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