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Finances·Article 1 sur 4

Budget 2027 : Bercy étudie deux économies sur les retraites, votre abattement de 10 % ou l'indexation de votre pension

Bercy cherche six milliards sur les retraites avant la présentation du budget de l'automne. Deux pistes circulent : supprimer l'abattement fiscal de 10 % sur les pensions, ou geler l'indexation sur l'inflation. Les deux ne se valent pas — ni pour les finances publiques, ni pour votre compte.

VENDREDI 11 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier

Une liasse de relevés de pension posée sur une table en bois clair, à côté d'un stylo bille ouvert et d'une calculatrice ancienne, baignés dans la lumière rasante d'une fin de matinée.
Illustration générée par notre rédaction.

Le budget 2027 n'est pas encore présenté — il le sera fin septembre — mais les arbitrages sont déjà en cours. Sur la table de Bercy : trouver environ six milliards d'euros en touchant aux retraites. Deux options ont été identifiées. Elles n'ont ni le même mécanisme, ni le même impact selon votre niveau de pension. Et pour l'instant, aucune n'est tranchée.

L'abattement de 10 % : un avantage fiscal discret mais réel

Peu de retraités en connaissent le nom exact, mais presque tous en bénéficient. L'abattement de 10 % sur les pensions de retraite est un mécanisme fiscal calqué sur celui qui s'applique aux salaires : il réduit la base imposable avant calcul de l'impôt sur le revenu. Concrètement, si vous percevez 20 000 euros de pension annuelle, seuls 18 000 euros entrent dans le calcul de votre impôt. Cet abattement est plafonné — le plafond est révisé chaque année — et il bénéficie à l'ensemble des foyers fiscaux dont au moins un membre perçoit une pension.

Sa suppression rapporterait plusieurs milliards à l'État, mais frapperait de manière très inégale. Les pensions modestes, souvent non imposables, ne seraient pas touchées. En revanche, les retraités imposables — y compris ceux aux revenus intermédiaires, autour de 1 500 à 2 500 euros par mois — verraient leur facture fiscale augmenter sans que leur pension brute change d'un centime. Ce n'est pas une baisse de pension : c'est une hausse d'impôt déguisée.

L'argument politique qui rend cette piste attractive pour Bercy est précisément sa discrétion. La pension affichée ne bouge pas. C'est l'avis d'imposition qui change, en septembre, loin du bruit médiatique de janvier.

L'indexation : la question du pouvoir d'achat réel

L'autre option est plus visible, et plus directement lisible sur le relevé mensuel. Les pensions du régime général sont indexées sur l'inflation : chaque année au 1er janvier, elles sont revalorisées pour suivre la hausse des prix. Ce mécanisme, inscrit dans la loi, a pour objet de préserver le pouvoir d'achat des retraités face à l'érosion monétaire.

Geler cette revalorisation — même pour un an — signifie que les pensions resteraient au niveau de 2026 pendant que les prix, eux, continueraient de progresser. L'écart peut sembler faible sur un mois. Cumulé sur douze mois, et appliqué à l'ensemble des quelque dix-sept millions de retraités du régime général, il représente une économie considérable pour les finances publiques — et une perte de pouvoir d'achat réelle pour chaque foyer concerné.

Des précédents existent. En 2023, la revalorisation avait été décalée de janvier à juillet pour les retraites complémentaires Agirc-Arrco, dans le cadre d'une négociation entre partenaires sociaux. Le gouvernement avait alors essuyé des critiques vives. Un gel pur, décidé unilatéralement dans un projet de loi de finances, serait politiquement plus exposé encore.

Deux logiques, deux types de perdants

Ce qui distingue fondamentalement les deux options, c'est leur cible. La suppression de l'abattement fiscal ne touche que les retraités imposables — environ la moitié des foyers de retraités, selon les estimations habituelles. Le gel de l'indexation, lui, s'applique à tous, sans distinction de revenu : la retraite à 900 euros perd autant en proportion que celle à 3 000 euros.

Du point de vue de la progressivité, les deux mesures s'opposent donc. L'une est techniquement ciblée sur ceux qui paient l'impôt. L'autre est universelle dans son effet — et donc plus brutale pour les pensions les plus faibles, qui n'ont aucun coussin fiscal pour amortir la perte.

Bercy peut aussi envisager une combinaison des deux, ou une version atténuée de chacune — revalorisation partielle plutôt que gel total, réduction de l'abattement plutôt que suppression. Les marges de négociation existent. Mais le calendrier, lui, est serré : le projet de loi de finances doit être déposé à l'Assemblée nationale avant la fin du mois de septembre.

Ce que le débat révèle

Au-delà des chiffres, cette séquence budgétaire dit quelque chose sur la place des retraites dans les finances publiques françaises. Elles représentent le premier poste de dépenses sociales — plus de 340 milliards d'euros par an toutes branches confondues. Chaque point de revalorisation, chaque niche fiscale, pèse lourd à l'échelle nationale. C'est précisément pourquoi elles reviennent systématiquement dans les discussions d'économies.

Ce n'est pas la première fois que ces deux leviers sont étudiés. Ce n'est probablement pas la dernière. La question n'est pas seulement technique : elle engage un choix sur qui supporte l'effort, et sous quelle forme — visible ou non.

Source : Senioractu.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

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