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Bien-vivre·Article 1 sur 4

Cadmium : 80 % des paquets de pâtes testés en contiennent, aucun ne dépasse la limite mais le métal reste trente ans dans vos reins

Quatre paquets de pâtes sur cinq contiennent du cadmium — en deçà des seuils réglementaires, certes, mais ces seuils ne disent pas tout. Ce que la limite européenne ne mesure pas, c'est l'accumulation silencieuse d'un métal qui ne quitte plus les reins une fois qu'il y est entré.

JEUDI 27 AOÛT 2026·Par Fabrice Crozier

Une rangée de paquets de pâtes sèches entrouverts sur une table de cuisine en bois clair, photographiés en plongée légère, la lumière de fin d'après-midi rasant les semoules dorées répandues en petits tas irréguliers.
Illustration générée par notre rédaction.

Le cadmium ne fait pas de bruit. Il n'a pas de goût, pas d'odeur, et les pâtes qui en contiennent ressemblent trait pour trait à celles qui n'en contiennent pas. C'est précisément ce qui rend l'enquête publiée par 60 Millions de consommateurs dans son numéro de septembre, paru le 27 août, digne d'attention : sur trente-six références de pâtes analysées en laboratoire — dix-huit spaghettis et dix-huit penne rigate, grandes marques et marques de distributeur confondues —, quatre sur cinq présentaient des traces mesurables de ce métal lourd. Aucune ne dépassait la limite européenne en vigueur. Ce détail-là mérite qu'on s'y arrête.

Ce que la réglementation mesure — et ce qu'elle ne mesure pas

La norme européenne fixe un seuil maximal de cadmium dans les céréales et les produits céréaliers. Elle s'applique au produit brut, tel qu'il sort de l'usine. Elle ne dit rien de ce qui se passe dans un organisme qui consomme des pâtes plusieurs fois par semaine pendant quarante ans. Or c'est précisément là que réside la question.

Le cadmium est un métal à accumulation lente. Une fois absorbé par le tube digestif — à des taux modestes, de l'ordre de cinq à dix pour cent de la quantité ingérée —, il se fixe dans les reins, où sa demi-vie biologique est estimée entre vingt et trente ans. Autrement dit : ce que vous absorbez aujourd'hui sera encore présent, pour moitié, dans une trentaine d'années. Les reins sont l'organe cible. À des niveaux d'exposition chronique suffisants, le cadmium altère les tubules rénaux, ces structures fines qui filtrent et récupèrent les nutriments. Les premiers signes sont discrets — une légère fuite de protéines dans les urines — et souvent détectés trop tard.

L'exposition alimentaire représente la source principale pour les non-fumeurs. Le tabac est de loin le vecteur le plus concentré, mais pour quelqu'un qui ne fume pas, l'assiette compte. Les céréales, les légumes-racines cultivés sur sols contaminés, le cacao, les crustacés — et donc les pâtes — constituent les principales voies d'entrée. L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a établi une dose hebdomadaire tolérable de 2,5 microgrammes par kilogramme de poids corporel. Pour un adulte de soixante-dix kilos, cela représente environ 175 microgrammes par semaine, toutes sources confondues.

Pourquoi les pâtes en particulier ?

Le blé dur absorbe le cadmium présent dans les sols. Cette absorption dépend de la nature du terrain, du pH, de la teneur en zinc — un élément qui entre en compétition avec le cadmium au niveau racinaire — et des pratiques agricoles. Les engrais phosphatés, utilisés massivement depuis des décennies, contiennent naturellement du cadmium en quantités variables selon leur origine géographique. Les sols européens en ont accumulé. Ce n'est pas une contamination industrielle localisée : c'est une présence diffuse, héritée de pratiques agronomiques ordinaires.

Les pâtes concentrent ce phénomène pour une raison simple : elles sont fabriquées à partir de semoule de blé dur, une céréale particulièrement cultivée dans des régions méditerranéennes aux sols parfois chargés. Et surtout, elles figurent parmi les aliments les plus consommés en France — plusieurs fois par semaine dans de nombreux foyers. La fréquence fait la dose.

Deux marques de penne rigate seulement sont ressorties sans trace détectable de cadmium dans l'analyse de 60 Millions de consommateurs. Le magazine ne précise pas lesquelles dans l'extrait disponible, mais cette disparité entre références d'un même rayon illustre que la teneur en cadmium n'est pas une fatalité : elle dépend de l'origine du blé, du choix des fournisseurs, peut-être de cahiers des charges plus exigeants.

Faut-il changer ses habitudes ?

La réponse honnête est : pas radicalement, mais pas non plus avec indifférence. Aucune des pâtes testées ne dépasse la limite légale. Mais cette limite a été conçue pour protéger la population en moyenne, pas pour tenir compte d'une consommation élevée et répétée sur plusieurs décennies. Ceux qui mangent des pâtes quotidiennement, qui consomment par ailleurs du riz, des légumes-racines et du chocolat noir — tous porteurs de cadmium à des degrés divers —, s'approchent plus vite de la dose hebdomadaire tolérable que ceux dont l'alimentation est plus variée.

La diversification reste le levier le plus simple. Alterner les féculents — pâtes, riz, pommes de terre, légumineuses — réduit mécaniquement l'exposition à n'importe quel contaminant présent dans l'un d'eux. Privilégier les pâtes complètes ou semi-complètes n'améliore pas la situation sur ce point précis : le son concentre davantage de cadmium que la farine blanche, ce qui est une des rares circonstances où le raffinage joue en faveur de l'exposition réduite.

Quant à savoir quelle marque choisir : l'enquête de 60 Millions de consommateurs fournit le détail des analyses. C'est le genre d'information qui vaut le prix d'un numéro.

Le cadmium ne dépasse aucune limite. Il s'installe, c'est tout.

Source : Senioractu.com, d'après 60 Millions de consommateurs, numéro de septembre.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

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