Bien-vivre·Article 2 sur 4
Trente-trois cas de chikungunya en France, cinq de dengue, trente du virus du Nil, et deux moustiques qui se partagent votre jardin
Deux moustiques cohabitent dans nos jardins, avec des horaires et des virus distincts. Cet été, leurs bilans sanitaires méritent qu'on les lise attentivement.
JEUDI 27 AOÛT 2026·Par Fabrice Crozier
Un cas de chikungunya dans le Val-de-Marne, une première dans la région parisienne pour cette année. Cinq cas de dengue. Trente personnes touchées par le virus du Nil occidental depuis le début de l'été. Ces chiffres ont été publiés dans un bulletin de Santé publique France — sans communiqué de presse, sans conférence, sans alerte. Un tableau, c'est tout. Ce silence administratif ne signifie pas que la situation est banale.
Deux moustiques, deux rythmes, deux menaces distinctes
Le premier est le moustique tigre, Aedes albopictus. Petit, rayé noir et blanc, actif le jour — surtout en fin de matinée et en début de soirée. Il est arrivé en France métropolitaine dans les années 2000, probablement via des pneus usagés importés d'Asie. Aujourd'hui, il est implanté dans plus des deux tiers des départements. C'est lui qui transmet le chikungunya et la dengue, à condition d'avoir préalablement piqué une personne infectée revenue d'une zone d'endémie. Il ne fabrique pas le virus : il le relaie.
Le second est le moustique commun, Culex pipiens. Celui qu'on entend vrombir la nuit autour d'une lampe ou contre une moustiquaire. Il est le vecteur principal du virus du Nil occidental, qu'il contracte en piquant des oiseaux porteurs, avant de le transmettre à l'homme. Ce cycle — oiseau, moustique, homme — est plus autonome : il ne dépend pas d'un voyageur revenant de l'étranger.
Ces deux insectes ne se disputent pas le même territoire horaire. L'un travaille le jour, l'autre la nuit. Ensemble, ils couvrent vingt-quatre heures.
Le virus du Nil, trente cas et une géographie qui s'élargit
Le virus du Nil occidental — West Nile Virus dans la littérature médicale internationale — n'est pas une nouveauté en France. Des cas autochtones ont été documentés dans le sud du pays depuis le début des années 2000, notamment en Camargue et dans le pourtour méditerranéen. Mais la progression géographique observée ces dernières années est réelle : le virus remonte vers le nord, porté par des oiseaux migrateurs et favorisé par des étés de plus en plus chauds.
Dans la grande majorité des cas, l'infection passe inaperçue ou provoque un syndrome grippal bénin. Mais environ un cas sur cent évolue vers une forme neurologique — encéphalite, méningite — qui peut être grave, en particulier chez des personnes dont le système immunitaire est fragilisé. Il n'existe pas de traitement antiviral spécifique, ni de vaccin homologué pour l'usage humain en Europe. La prise en charge est symptomatique.
Trente cas en un été, c'est peu à l'échelle d'une population. C'est suffisant pour que les équipes de surveillance épidémiologique maintiennent une veille active sur les donneurs de sang — le virus peut se transmettre par transfusion — et sur les patients hospitalisés pour encéphalite d'origine indéterminée.
Chikungunya et dengue : le rôle du voyageur de retour
Les trente-trois cas de chikungunya et les cinq cas de dengue recensés cet été en France métropolitaine sont, dans leur quasi-totalité, des cas dits "importés" : des personnes revenues de zones où ces maladies circulent activement — Antilles, Réunion, Asie du Sud-Est, Amérique latine — et piquées ensuite par un moustique tigre local. C'est ce qu'on appelle la transmission autochtone secondaire.
Le cas du Val-de-Marne illustre ce mécanisme. Une personne rentre infectée, un Aedes albopictus la pique, puis pique un voisin. La chaîne est courte, mais elle suffit. C'est pourquoi Santé publique France demande aux médecins de signaler tout cas suspect chez un patient revenant d'une zone d'endémie pendant la période d'activité du moustique tigre, soit de mai à novembre environ.
Le chikungunya provoque des fièvres brutales et des douleurs articulaires qui peuvent durer plusieurs semaines, parfois plusieurs mois. Son nom, en langue makonde, signifie approximativement "celui qui marche courbé". La dengue, elle, peut évoluer vers des formes hémorragiques sévères, rares mais redoutables. Là encore, pas de traitement spécifique : repos, hydratation, surveillance.
Ce qu'on peut faire, sans céder à la panique
La prévention reste mécanique et accessible. Le moustique tigre se reproduit dans de très petits volumes d'eau stagnante — une soucoupe, un arrosoir oublié, un creux dans une bâche. Vider ces gîtes régulièrement, c'est casser le cycle de reproduction avant qu'il commence. Les répulsifs cutanés à base de DEET ou d'icaridine sont efficaces contre les deux espèces. Les moustiquaires de fenêtre protègent surtout contre Culex pipiens, actif la nuit.
Aucune de ces précautions n'est nouvelle. Ce qui change, c'est le contexte dans lequel elles s'inscrivent : des étés plus longs, un moustique tigre installé durablement, des virus qui circulent sur un territoire où ils étaient absents il y a vingt ans. Le bulletin de Santé publique France n'a pas fait la une. Il n'avait peut-être pas à le faire. Mais il méritait d'être lu.
Source : Senioractu.com.Article original : Lire la suite sur senioractu.com ↗