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L'Agirc-Arrco avait gelé les retraites du privé en octobre 2025 : avec 91 milliards en réserve, la CFDT réclame une hausse de votre pension
La pension complémentaire Agirc-Arrco n'a pas été revalorisée depuis novembre 2024. Avec 91 milliards d'euros de réserves, la CFDT juge le gel indéfendable et réclame un rattrapage dès l'automne.
SAMEDI 5 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier
Depuis novembre 2024, la pension complémentaire versée par l'Agirc-Arrco n'a pas bougé. Pas un centime de revalorisation, alors que les prix, eux, ont continué leur progression. Le 3 juillet 2025, devant l'Association des journalistes de l'information sociale, la CFDT a mis les pieds dans le plat : le gel n'est plus tenable, les réserves du régime atteignent 91 milliards d'euros, et une revalorisation doit intervenir dès novembre.
Un gel décidé en octobre 2024
L'histoire commence à l'automne dernier. Lors des négociations entre partenaires sociaux, les organisations patronales et une partie des syndicats ont conclu un accord fixant les règles du régime jusqu'à fin 2026. Cet accord prévoyait notamment un gel de la valeur du point Agirc-Arrco pour la revalorisation d'octobre 2025 — celle qui s'applique sur les pensions versées à partir de novembre. En clair : aucune hausse cette année-là, quand bien même l'inflation aurait justifié un ajustement.
La décision avait été présentée comme une mesure de prudence. Le régime, géré paritairement par le patronat et les syndicats, sort d'une période de reconstitution de ses réserves après les années difficiles du début des années 2020. L'argument de la soutenabilité à long terme avait pesé dans la balance.
Mais depuis, les réserves ont continué de gonfler. Elles atteignent aujourd'hui 91 milliards d'euros — soit environ six mois de prestations versées. Un matelas que la CFDT juge désormais excessif au regard du sacrifice demandé aux retraités.
Ce que réclame la CFDT — et ce que l'accord permet
La secrétaire générale de la CFDT a formulé une demande claire : que la revalorisation de novembre 2025 suive au moins l'inflation, voire la dépasse légèrement pour compenser le manque à gagner de l'année écoulée. Ce n'est pas une position isolée — d'autres organisations syndicales partagent l'inconfort face à un gel maintenu alors que les caisses débordent.
La difficulté est d'ordre juridique autant que politique. L'accord signé en 2024 encadre précisément les marges de manœuvre jusqu'à fin 2026. Il ne ferme pas totalement la porte à une revalorisation en novembre 2025, mais il en fixe le plafond à la virgule près. La CFDT le sait : sa demande s'inscrit dans ce cadre contraint, et c'est précisément pourquoi elle la formule publiquement — pour peser sur l'interprétation que les partenaires sociaux feront des clauses existantes lors des prochaines réunions de pilotage.
Le calendrier est serré. La décision de revalorisation pour novembre doit être arrêtée à l'automne, lors des réunions du conseil d'administration du régime. Les semaines qui viennent seront déterminantes.
Agirc-Arrco : quelques repères pour comprendre l'enjeu
L'Agirc-Arrco est le régime de retraite complémentaire obligatoire des salariés du secteur privé. Il concerne environ 13 millions de retraités en France, qui perçoivent en moyenne une pension complémentaire représentant entre 30 % et 60 % de leur retraite totale selon leur parcours professionnel. Pour beaucoup, ce n'est pas un accessoire : c'est une part substantielle du revenu mensuel.
Le régime fonctionne par points. Chaque année de cotisation donne droit à un certain nombre de points, dont la valeur de service — c'est-à-dire ce que vaut chaque point au moment du versement — est révisée chaque automne. C'est cette valeur de service qui n'a pas été relevée en novembre 2024, et dont la CFDT demande qu'elle le soit en novembre 2025.
La revalorisation est traditionnellement indexée sur l'évolution des prix à la consommation, avec un mécanisme d'ajustement qui peut légèrement sur- ou sous-indexer selon l'état des réserves et les projections démographiques. En période d'inflation modérée, un gel d'un an représente un recul réel du pouvoir d'achat — faible en valeur absolue mensuelle, mais cumulé sur plusieurs années, il finit par peser.
Le paradoxe des réserves
C'est là que le débat devient plus vif. Les 91 milliards de réserves ne sont pas un fonds dormant : ils sont investis, ils produisent des rendements, et ils constituent le filet de sécurité du régime face aux aléas démographiques. Les gestionnaires du régime font valoir que la génération des baby-boomers arrive massivement à la retraite, et que les décennies à venir verront mécaniquement augmenter la masse des pensions à verser.
La CFDT ne conteste pas la nécessité de réserves. Elle conteste leur niveau actuel au regard de l'effort demandé. Six mois de prestations en réserve, c'est considérable — la plupart des régimes de retraite comparables en Europe visent deux à trois mois. Maintenir un gel dans ce contexte revient, selon elle, à faire supporter aux retraités d'aujourd'hui le coût d'une précaution dont bénéficieront surtout les cotisants de demain.
L'argument a une logique. Il se heurte à une autre logique, tout aussi recevable : un régime par répartition ne peut pas distribuer aujourd'hui ce dont il aura besoin dans vingt ans. Le débat n'est pas tranché — il est politique autant qu'actuariel.
Ce qui est certain, c'est que la décision de novembre prochain sera scrutée de près par des millions de ménages dont le budget dépend, pour partie, de ce que vaudra leur point Agirc-Arrco à la fin de l'automne.
Source : senioractu.com.
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