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MARDI 8 SEPTEMBRE 2026139
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Santé·Article 1 sur 4

On croyait le carnet de santé suffisant pour suivre ses vaccins : la Cour des comptes veut tout basculer en ligne, et votre pharmacien y écrit déjà

Le carnet de santé papier, ce petit livret vert que l'on retrouve au fond d'un tiroir, n'a jamais vraiment fonctionné comme outil de suivi. La Cour des comptes vient de le dire officiellement — et propose de passer à autre chose.

MARDI 8 SEPTEMBRE 2026·Par Régis Mayer

Un petit livret vert à la couverture défraîchie, posé ouvert sur un tiroir en bois sombre, ses pages jaunies couvertes d'une écriture manuscrite illisible, baigné d'une lumière rasante de fin d'après-midi.
Illustration générée par notre rédaction.

La dernière entrée dans votre carnet de vaccination remonte à quand ? Pour la majorité des Français, la réponse est floue. Une date illisible, un tampon effacé, un rappel de tétanos dont on ne sait plus s'il date de 2009 ou de 2014. La Cour des comptes a publié en septembre son rapport sur la politique vaccinale nationale, et le constat est sans appel : la France ne sait plus qui est immunisé contre quoi. Ce n'est pas une question de mauvaise volonté individuelle. C'est une question de système.

Un outil conçu pour une autre époque

Le carnet de santé papier a été pensé dans un monde où l'on voyait le même médecin toute sa vie, où les vaccins se comptaient sur les doigts d'une main, et où l'on gardait ses documents dans un seul endroit. Ce monde n'existe plus. Les parcours de soins se sont fragmentés entre généralistes, spécialistes, pharmaciens, centres de vaccination. Chaque acteur inscrit — ou n'inscrit pas — dans son propre système. Le carnet papier, lui, reste chez le patient. Quand il ne l'a pas oublié chez lui.

Le rapport de la Cour des comptes pointe une conséquence directe : des couvertures vaccinales mal mesurées, des rappels manqués, des doublons inutiles. Pour certaines pathologies, comme la grippe ou le zona, les taux de vaccination chez les adultes de plus de soixante ans restent en deçà des objectifs fixés par les autorités sanitaires — non par refus, mais par manque de suivi. On ne vaccine pas ce qu'on ne voit pas.

Ce qui se passe déjà, sans que vous le sachiez

Ce que le rapport met en lumière, et que peu de gens ont remarqué dans leur quotidien : depuis 2021, les pharmaciens ont l'autorisation d'administrer un nombre croissant de vaccins. Grippe, Covid, zona, papillomavirus — la liste s'est allongée par décrets successifs. Et chaque injection réalisée en pharmacie est, en principe, enregistrée dans Mon Espace Santé, le dossier médical numérique déployé par l'Assurance maladie.

Mon Espace Santé existe depuis début 2022. Tous les assurés ont été automatiquement inscrits, avec la possibilité de se désinscrire. Le principe est simple : centraliser en un endroit accessible les ordonnances, les comptes rendus, les résultats d'analyses — et désormais, les actes de vaccination. En théorie, votre pharmacien y écrit déjà. En pratique, le taux d'alimentation spontanée reste inégal selon les professionnels et les logiciels qu'ils utilisent.

La traçabilité vaccinale ne peut reposer sur la mémoire du patient ni sur un carnet qu'il a peut-être perdu.

C'est précisément ce que la Cour des comptes veut systématiser. Le rapport recommande de rendre obligatoire l'enregistrement numérique de tout acte vaccinal, quel que soit le professionnel qui l'administre. Médecin, pharmacien, infirmier, sage-femme — chacun devrait alimenter un registre commun, interopérable, consultable par le patient et par les soignants autorisés.

Ce que cela change concrètement

Pour quelqu'un qui a soixante-cinq ans aujourd'hui, l'historique vaccinal est souvent un puzzle incomplet. Les vaccins de l'enfance ont été administrés par un médecin de famille qui a pris sa retraite. Le rappel du tétanos a eu lieu aux urgences après une blessure. La grippe est faite chaque automne, tantôt chez le généraliste, tantôt à la pharmacie du coin. Aucun de ces actes ne se retrouve forcément au même endroit.

Un registre numérique centralisé permettrait, en un coup d'œil, de savoir si le rappel du zona est à jour, si la prochaine dose de grippe est recommandée, si un voyage prévu nécessite des vaccinations spécifiques. Cela permettrait aussi au médecin traitant de ne pas redemander à chaque consultation ce que le patient ne sait plus lui-même.

La question de l'accès et de la confidentialité se pose légitimement. Mon Espace Santé fonctionne sur un principe de consentement : le patient contrôle qui peut consulter son dossier. Les données sont hébergées sur des serveurs soumis au droit français et aux règles européennes de protection des données personnelles. Le dispositif n'est pas parfait — aucun système de santé numérique ne l'est —, mais il existe, il fonctionne, et il attend d'être alimenté.

Prendre la main plutôt qu'attendre

En attendant que les recommandations de la Cour des comptes se traduisent en obligations réglementaires — ce qui prend du temps —, il est possible d'agir sans attendre. Se connecter à Mon Espace Santé via Ameli.fr, vérifier ce qui y figure déjà, et demander à son médecin ou à son pharmacien d'y ajouter les vaccinations récentes : c'est une démarche de quelques minutes qui peut éviter des années de flou.

Le carnet papier n'est pas mort au sens où il faudrait le jeter. Mais le considérer comme la référence fiable de son statut vaccinal, c'est se fier à une carte routière des années 1990 pour traverser une ville qui a changé trois fois de sens de circulation depuis.

Source : Senioractu.com.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

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