Bien-vivre·Article 1 sur 4
On pensait les personnes âgées en danger à partir de 35 degrés : une étude révèle que le seuil d'alerte officiel se trompe de 7 degrés
On a longtemps cru que le corps humain tenait jusqu'à 35 degrés de température humide. Une étude vient de montrer que ce seuil, mesuré sur des sujets jeunes, surestime de sept degrés la résistance des personnes plus âgées — et que nos protocoles d'alerte canicule n'en ont pas encore tiré les conséquences.
MARDI 18 AOÛT 2026·Par Fabrice Crozier
En juin dernier, la France a enregistré 5 764 morts en excès en l'espace de deux semaines de chaleur. Le chiffre est brutal, et il pose une question que les pouvoirs publics tardent à formuler clairement : les seuils d'alerte sur lesquels reposent nos dispositifs canicule sont-ils calibrés pour les bonnes personnes ?
Un chiffre hérité d'une physiologie de jeune adulte
Le seuil de 35 degrés — exprimé en température de bulbe humide, c'est-à-dire en combinant chaleur sèche et humidité de l'air — s'est imposé en climatologie comme la limite au-delà de laquelle le corps humain ne peut plus évacuer sa chaleur interne, même au repos, même à l'ombre. Au-delà, la transpiration ne suffit plus à refroidir la peau : l'hyperthermie s'installe, et les organes vitaux commencent à défaillir.
Ce chiffre a été établi à partir d'études conduites sur des sujets jeunes et en bonne santé. C'est là que le problème commence. Une étude publiée cette semaine a reproduit le protocole sur des volontaires plus âgés, et le résultat est sans ambiguïté : leur seuil critique se situe autour de 28 degrés de température humide, soit sept degrés en dessous du chiffre de référence. Sept degrés, c'est considérable. C'est la différence entre une journée d'été ordinaire et une alerte rouge.
L'explication physiologique est connue, même si elle est rarement traduite en politique de santé publique. Avec l'âge, les mécanismes de thermorégulation s'émoussent. La réponse sudorale est moins rapide et moins abondante. La sensation de soif s'atténue, ce qui retarde la réhydratation. La peau, moins vascularisée, dissipe moins efficacement la chaleur vers l'extérieur. Le cœur, souvent contraint par des traitements antihypertenseurs ou des pathologies chroniques, supporte moins bien l'effort supplémentaire que représente la lutte contre la chaleur. Tout cela était documenté. Ce qui manquait, c'était la traduction en seuil chiffré, opposable, utilisable dans les protocoles.
Ce que cela change — ou devrait changer
En France, le plan canicule national, refondu après la catastrophe de l'été 2003 qui avait causé près de 15 000 morts, repose sur des indicateurs météorologiques définis par Météo-France : des seuils de températures minimales et maximales, variables selon les départements, déclenchant les niveaux de vigilance. Ces seuils ont été affinés au fil des années, mais ils restent des températures sèches, mesurées en station, et ils ne distinguent pas les populations selon leur âge ou leur état de santé.
L'étude publiée cette semaine invite à repenser cette architecture. Si le corps d'une personne de soixante-dix ans commence à peiner dès 28 degrés de température humide — une valeur atteinte lors de journées que l'on ne qualifie pas encore de canicule —, alors les déclenchements d'alerte, les appels téléphoniques aux personnes isolées, l'ouverture des espaces rafraîchis, devraient intervenir bien plus tôt qu'aujourd'hui.
La question de l'humidité est ici centrale, et souvent sous-estimée dans le débat public français. On parle de degrés Celsius, on compare les maxima affichés sur les écrans de télévision, mais on oublie que 32 degrés à 80 % d'humidité relative — comme dans certaines régions côtières ou en nuit d'orage — sont physiologiquement plus dangereux que 38 degrés dans l'air sec du Midi. Les vagues de chaleur humide, encore rares en France métropolitaine, deviennent plus fréquentes avec le dérèglement climatique. Le sud-ouest de l'Europe en a fait l'expérience lors de plusieurs étés récents.
L'isolement, variable aggravante que les seuils ne mesurent pas
Les chiffres de mortalité excédentaire rappellent une réalité que les modèles thermiques ne captent pas : mourir de chaud, en France, c'est souvent mourir seul. En 2003, l'enquête menée après la catastrophe avait montré que les victimes étaient majoritairement des personnes vivant seules, dans des logements mal ventilés, sans climatisation, sans contact régulier avec un proche ou un professionnel de santé. La chaleur avait tué, mais l'isolement avait empêché d'intervenir à temps.
Abaisser le seuil d'alerte ne suffira donc pas si les dispositifs de veille ne sont pas dimensionnés en conséquence. Appeler une personne isolée quand le thermomètre dépasse 28 degrés humides suppose des listes à jour, des bénévoles disponibles, des mairies réactives. C'est une question d'organisation autant que de science.
Le seuil de 35 degrés avait été mesuré sur des jeunes gens. Il n'a jamais été conçu pour servir de référence universelle.
Ce que cette étude apporte, c'est une base scientifique pour exiger la mise à jour. Les protocoles d'alerte sont des choix politiques autant que des outils techniques. Ils peuvent être révisés. L'été prochain n'attendra pas.
Source : senioractu.com.
Article original : Lire la suite sur senioractu.com ↗