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MARDI 8 SEPTEMBRE 2026139
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Santé·Article 1 sur 4

Un adulte sur trois, annonce la campagne de l'Assurance Maladie : sauf qu'après 65 ans, l'hypertension touche deux personnes sur trois, et votre tension monte sans prévenir

Le chiffre d'un adulte sur trois masque une autre réalité : passé 65 ans, l'hypertension concerne deux personnes sur trois — et la moitié d'entre elles l'ignorent.

MARDI 8 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier

Un tensiomètre à brassard posé sur une table en bois usé, à côté d'une tasse de café encore fumante, dans la lumière oblique d'une fenêtre du matin.
Illustration générée par notre rédaction.

La campagne nationale de l'Assurance Maladie tourne en boucle depuis le début du mois : un adulte sur trois souffre d'hypertension artérielle. Dix-sept millions de personnes, annonce-t-on. Le chiffre est juste. Il est aussi trompeur — parce qu'il lisse une courbe qui s'emballe avec l'âge, et parce qu'il laisse entendre que le problème se distribue à peu près également dans la population. Ce n'est pas le cas.

Deux sur trois, pas un sur trois

Passé 65 ans, la prévalence de l'hypertension artérielle dépasse 60 %. Certaines études françaises et européennes la situent entre 65 et 70 % dans cette tranche d'âge. La moyenne nationale — un adulte sur trois — est donc une moyenne de jeunes adultes qui dilue la réalité des plus de 60 ans. Ce n'est pas un détail statistique. C'est la différence entre une campagne qui vous parle et une campagne qui parle de quelqu'un d'autre.

Pourquoi cette progression avec l'âge ? Les artères perdent progressivement leur élasticité. La paroi vasculaire se rigidifie — c'est ce qu'on appelle l'artériosclérose — et le cœur doit pousser plus fort pour maintenir le débit. La tension systolique (le chiffre du haut) monte, souvent sans que la tension diastolique suive. On parle alors d'hypertension systolique isolée, forme la plus fréquente après 60 ans, et longtemps sous-estimée parce que les médecins regardaient surtout le chiffre du bas.

Le silence comme symptôme

L'hypertension n'a pas de symptôme propre. C'est précisément ce qui la rend dangereuse — et ce qui explique qu'une personne sur deux, selon les estimations de l'Assurance Maladie elle-même, ignore encore son statut. Pas de douleur, pas de signal d'alarme, pas de moment où le corps dit quelque chose ne va pas. Les maux de tête et les bourdonnements d'oreilles que la légende populaire lui attribue sont inconstants, tardifs, non spécifiques.

Ce silence a un coût. L'hypertension non traitée abîme les organes cibles sur des années : les reins, le cœur, les vaisseaux cérébraux. Elle est le premier facteur de risque d'accident vasculaire cérébral, et l'un des principaux de l'insuffisance cardiaque et de la fibrillation auriculaire — pathologies dont la fréquence augmente précisément avec l'âge. Traiter tôt, c'est décaler ou éviter ces complications. Traiter tard, c'est gérer des dégâts déjà installés.

Ce que la campagne demande — et ce qu'elle omet

La campagne de l'Assurance Maladie repose sur un message simple : mesurez votre tension. C'est juste. C'est nécessaire. Mais le dispositif bute sur plusieurs angles morts.

Premier angle mort : la mesure isolée chez le médecin n'est pas toujours fiable. L'effet blouse blanche — cette élévation transitoire de la tension provoquée par le contexte médical — concerne environ 15 à 20 % des patients. À l'inverse, certaines hypertensions ne se manifestent qu'en dehors du cabinet. Les recommandations actuelles de la Société européenne de cardiologie et de la Société française d'hypertension artérielle insistent sur la mesure ambulatoire sur 24 heures (MAPA) ou, à défaut, sur l'automesure à domicile selon le protocole dit des trois mesures : trois fois le matin, trois fois le soir, pendant trois jours consécutifs.

Deuxième angle mort : les seuils ont évolué, et la campagne ne le dit pas clairement. Depuis plusieurs années, les sociétés savantes européennes considèrent qu'une tension supérieure à 130/80 mmHg mérite attention chez les personnes à risque cardiovasculaire élevé. Le seuil de 140/90 reste la référence générale pour déclencher un traitement, mais il n'est pas universel. Votre médecin adapte l'objectif à votre profil — antécédents, diabète, fonction rénale, âge.

Troisième angle mort : les médicaments antihypertenseurs sont efficaces, bien tolérés dans l'ensemble, et pourtant leur observance reste médiocre. Environ la moitié des patients traités n'atteignent pas les cibles tensionnelles recommandées — souvent parce qu'ils arrêtent ou oublient leur traitement dès que leur tension se normalise, confondant la cause et l'effet. La tension se normalise parce que le médicament agit ; elle remonte dès qu'on l'arrête.

Mesurer, oui — mais comment

Un tensiomètre de bras validé cliniquement coûte entre 30 et 80 euros. Les appareils de poignet sont moins fiables, sauf modèles récents avec validation spécifique. La position compte : assis, dos soutenu, bras au niveau du cœur, après cinq minutes de repos, sans café ni cigarette dans l'heure précédente. Deux mesures à une minute d'intervalle, on retient la moyenne. Si les deux bras donnent des résultats différents de plus de 10 mmHg de façon répétée, c'est une information à signaler au médecin — elle peut indiquer une asymétrie vasculaire.

Les pharmacies proposent des mesures gratuites. Elles sont utiles pour un premier repérage, moins pour un suivi rigoureux : l'environnement est rarement calme, la position souvent approximative.

Une tension qui se normalise sous traitement n'est pas une tension guérie. C'est une tension contrôlée — et la nuance change tout à l'observance.

La campagne de l'Assurance Maladie fait son travail de santé publique : elle rappelle un risque réel, elle pousse à agir. Ce qu'elle ne peut pas faire dans un spot de trente secondes, c'est expliquer que le chiffre d'un adulte sur trois ne vous concerne peut-être pas — et que le chiffre de deux adultes sur trois, lui, vous concerne presque certainement.

Source : senioractu.com.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

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